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« ANNIE PILIBOSSIAN - Une passerelle entre l’Arménie et la France »

le 5 avril 2011

Annie Pilibossian

Présidente de l’ACAM : Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée

Professeur FLE

Collaboratrice à l’Année Francophone Internationale



le 22 février 2012

LA COMMUNAUTÉ ARMÉNIENNE DE BULGARIE - ENTRE HISTOIRE ET MODERNITÉ

Les relations arméno-bulgares puisent leur amitié séculaire de la similitude des destinées et de la communauté d’intérêts politiques et culturels entre les deux peuples. On peut dire que la communauté arménienne de Bulgarie a traversé les siècles en sauvegardant son identité, grâce à l’amitié qui la lie au peuple bulgare. Les relations culturelles entre les deux peuples sont très anciennes.

C’est l’Arménien Photius qui fut le maître et le guide spirituel du philosophe Cyrille, créateur en 865, avec son frère Méthode, de l’alphabet dont la plupart des peuples slaves se servent aujourd’hui. Mais bien avant la création de l’alphabet cyrillique, les premières informations historiques concernant la formation de l’État bulgare se trouvent chez les historiens arméniens. Sur le plan historique et d’après les archives nationales bulgares conservés jusqu’à nos jours, on distingue trois principaux flux migratoires d’Arméniens vers les terres bulgares. Les plus anciennes colonies arméniennes se seraient installées sur ces terres à partir du Ve siècle, lorsque l’Arménie était divisée entre les Perses Sassanides et l’Empire byzantin. La deuxième vague de migration date du XVIe-XVIIe s. à l’époque de l’Empire ottoman. La Bulgarie, annexée en 1396, fait partie de l’empire jusqu’en 1878. L’arrivée massive des émigrants est due à l’exil forcé, à la famine, aux épidémies qui sévissent en Arménie orientale et occidentale, elle aussi tombée sous domination ottomane, comme la Bulgarie. Les deux peuples subissent le même sort. Progressivement, des communautés arméniennes se forment dans les grandes villes bulgares, notamment à Sofia, à Roussé, à Choumène, à Silistra, à Haskovo. Dans toutes ces agglomérations, les Arméniens bâtissent des églises, avec des écoles attenantes privées. Ils tiennent des commerces, travaillent dans l’artisanat, créent des associations culturelles et caritatives. Autrement dit, tous les moyens sont utilisés à la sauvegarde de l’identité nationale.

A la libération de la Bulgarie de l’occupation ottomane en 1878 et avec la promulgation de la Constitution de Tarnovo, les Arméniens se voient attribuer le statut de communauté autonome avec des avantages sociaux non négligeables. Au moment du recensement officiel en 1884, ils totalisent le nombre de 4300, ils ont leurs représentants élus auprès des autorités locales. Dans cette atmosphère propice commence le troisième flux migratoire vers les terres bulgares. Suite aux massacres en Arménie occidentale entre 1894-1896, plus de 300 000 Arméniens trouvent la mort. 20 000 réfugiés arrivent d’Istanbul et de ses environs, transportés sur des bateaux, accueillis avec sympathie et compassion de la part des autorités, ainsi que de la population locale. La dernière vague d’émigration, la plus massive a lieu en 1922, conséquence de la guerre gréco-turque. Le petit nombre d’Arméniens survivants du génocide de 1915-1918, à peine rentrés chez eux, se voient obligés de nouveau à abandonner leurs foyers et leurs biens. Alors, ils trouvent asile en Bulgarie, seul pays européen, dont le gouvernement, avec la bénédiction du roi Boris III (dernier roi en exercice), autorise l’ouverture de ses frontières avec la Turquie, afin d’accueillir 25 000 rescapés. D’après les chiffres officiels du recensement de la population du Royaume de Bulgarie en 1926 sur le territoire du pays vivent 36 568 Arméniens.

Dès la fin du 19e s. les Arméniens de Bulgarie se voient attribuer le statut de communauté autonome avec des avantages sociaux non négligeables. Ils mènent une vie communautaire bien organisée, avec un penchant particulier pour les associations culturelles jusqu’en 1944. Avec l’instauration du système communiste, toutes les organisations à caractère « ethnique » sont dissoutes, leur diversité est amenée à sa plus simple expression, contrôlée par l’unique organisation, créé pour la circonstance - « Erevan », avec un seul journal hebdomadaire du même nom, qui existe toujours. Les écoles arméniennes passent sous contrôle de l’état, au lieu d’enseigner l’arménien occidental (c.-à-d. la langue du pays), les élèves apprennent l’arménien de l’Arménie soviétique, c. à d. une orthographe « soviétique » imposée, spécialement promulguée en URSS par une loi dès 1922. La situation évolue à partir de 1961, lorsque toutes les écoles des minorités ethniques vivant sur le territoire bulgare sont fermées, y compris les écoles arméniennes. Ce n’est qu’après les changements démocratiques de 1989, survenus dans tous les pays de l’ex-bloc soviétique, que l’église apostolique arménienne reprend son rôle de réunificateur. L’école rouvre ses portes à Plovdiv et dans les autres villes, l’Université de Sofia accueille la faculté des lettres arméniennes. Une majeure partie des anciennes organisations recommencent à fonctionner librement. Les fêtes traditionnelles et religieuses arméniennes retrouvent naturellement leur place dans le calendrier annuel. Il est à noter que la Bulgarie n’a pas officiellement reconnu le génocide arménien, mais dans toutes les villes où vit une communauté arménienne des monuments khatchkars sont érigés en hommage aux victimes de la première tragédie du XXe s. Chaque année le 24 avril le peuple commémore en chants et prières les âmes des défunts, souvent en présence des autorités locales et des médias. Pour compléter le tableau des flux migratoires, signalons qu’à partir des années 1994-2000, faute d’une orientation politique, économique et fiscale claire de l’ex-Arménie soviétique, des milliers de familles migrent spontanément vers tous les pays de la diaspora arménienne, y compris vers la Bulgarie. Il n’existe pas de statistiques officielles concernant ces migrants, on pense que leur nombre initial est approximativement de 20 000 personnes. Certains continuent vers l’ouest, utilisant les transports aériens, d’autres se dispersent dans les villes bulgares et gagnent leur vie en faisant du commerce, de l’artisanat, ou font des études poussées.

Dès la fin du XIXe s. les Arméniens jouent un rôle considérable dans presque tous les domaines de la vie professionnelle, politique et artistiques. Ils s’y appliquent le plus dans le développement du commerce et de l’artisanat, où ils excellent dans la qualité du travail fourni. Ainsi, ils exercent les professions de horlogers, joaillers, bijoutiers, menuisiers, photographes, vendeurs de café, tailleurs, chapeliers, cordonniers, denteliers, tisserands de tapis persans etc. Ils sont fondateurs ou co-fondateurs des premières fabriques bulgares de tapis, de tissage de soie, participent à la modernisation des industries du tabac, du textile, de la pelleterie, de la fonderie. Avec l’avènement des nouvelles technologies, les petits-enfants des maîtres artisans se perfectionnent dans l’architecture, l’ingénierie, la médecine, l’enseignement, l’informatique. Sur le plan communautaire, l’église apostolique arménienne, les écoles et la cellule familiale jouent un rôle incontournable pour la sauvegarde de l’identité nationale. Les partis politiques traditionnels arméniens tiennent eux-aussi une part importante dans la vie de la communauté. Plusieurs associations à caractère social ou caritatif sont créées - Croix Rouge, Union des Femmes arméniennes, Comité d’aide à l’Arménie, UGAB, HOM, Homenetmen. Leur priorité absolue est de venir en aide aux émigrés orphelins. Parallèlement, fonctionnent des organisations culturelles. Dans le domaine artistique, la vie de la communauté arménienne se caractérise par une intense activité associative.

Dès le début du XXe s. le nombre des chorales mixtes, des ensembles instrumentaux ou des troupes de théâtre et de danse augmente considérablement. Le mouvement de scoutisme est important. Il est intéressant de noter la grande diversité de journaux, de magazines et des brochures en langue arménienne pendant la seule période 1884-1944, près de 200. À l’aube du troisième millénaire, la jeune génération contemporaine, héritière d’un passé communautaire extraordinairement riche, songe à sauvegarder son identité et maintient la diversité des activités associatives. Elle ressente le besoin de connaître ses origines, son passé historique, la civilisation et la culture arméniennes. Mais, avec seulement deux écoles hebdomadaires dans tout le pays (à Sofia et à Plovdiv) et quelques cours d’arménien les samedis dans les autres grandes villes, les jeunes Arméniens ne parlent plus ou très peu la langue maternelle, ne pratiquent presque plus la lecture, ni l’écriture de l’arménien, un moyen d’expression difficile pour eux. Alors, ils lisent des livres, soit des traductions littéraires, soit des écrits scientifiques en bulgare et feuillettent les journaux hebdomadaires bilingues, dont il n’en reste que deux : Vahan et Erevan. Une fois par semaine la chaîne de télévision bulgare SKAT diffuse une émission d’une demi-heure en langue bulgare sur la communauté arménienne. La conception, ainsi que la présentation de cette émission, confiées à un journaliste arménien, est regardée dans le monde entier, jusqu’en Australie, les Etats-Unis d’Amérique et le Canada. Ajoutons les adresses des sites Web : www.arminbg.org et www.hayastan-bg.com, qui proposent des informations gratuites, toujours actualisées, uniquement en langue bulgare. L’internaute peut y trouver des bulletins concernant l’actualité de la vie communautaire, ainsi que la liste des organisations arméniennes du pays. Certains liens proposés renvoient vers des sites domiciliés en Arménie, d’autres – vers les sites des églises arméniennes bulgares. Ces dernières ont fait des efforts considérables pour être à jour dans ce qui se fait actuellement, presque chacune d’elle possède son propre site au contenu proposant des notes historiques, des actualités, un agenda etc.

Aujourd’hui en Bulgarie vivent entre 20 et 25 000 Arméniens. Ils ont réussi l’intégration dans la vie économique, sociale et culturelle de leur pays d’adoption, tout en conservant leur identité, grâce au rôle primordial et incontournable de la cellule familiale, ainsi qu’à la solidarité de la vie communautaire, tous deux imprégnés du souvenir intarissable de la patrie, de la foi, de la langue et des traditions séculaires.


le 5 avril 2011

La francophonie en Arménie

La jeune république d’Arménie célèbre cette année le 20e anniversaire de son indépendance. Le plus européen des pays du Caucase concilie harmonieusement liens historiques séculaires et amitié avec la France. Pour les touristes et les voyageurs, le peuple arménien est renommé pour son hospitalité accueillante. Point d’étonnement alors, si la francophonie a connu un développement rapide, même si le pays est membre associé à l’OIF depuis trois ans seulement. Au mois de mars, les journées de la francophonie se transforment en mois de la francophonie. Le coup d’envoi des festivités est donné par le ministère arménien des affaires étrangères et l’ambassade de France. Ainsi, le 17 mars dernier, des hommes politiques, des ambassadeurs accrédités des pays francophones, des responsables de vingt localités arméniennes, tous les acteurs de la francophonie, y compris des artistes français, d’origine arménienne, en déplacement dans le cadre des fêtes, sont conviés à participer à des agapes en l’honneur de la langue et de la culture françaises. Au fil des jours, pas moins de cent cinquante manifestations sont prévues, dont des expositions, des concerts de jazz, des pièces de théâtre, des films français pour émerveiller les spectateurs. Les rues de la capitale Erevan s’animent par la joyeuse cordée des élèves et des étudiants, qui manifestent leur attachement à la culture française. Des affiches publicitaires annoncent un festival, des concours, des compositions musicales chantées par un chœur d’enfants. Quelques entreprises françaises, installées en Arménie sont complices à la programmation, elles s’investissent largement auprès des organisateurs. La télévision publique arménienne consacre une Semaine du cinéma français, en proposant des films sous-titrés, afin d’élargir le cercle des spectateurs. Soixante quinze personnes bénéficient des cours de français, dispensés pour les cadres arméniens. Une vingtaine d’enseignants participent aux cours de formation de professeurs de français au Centre régional des maîtres de l’OIF à Bucarest (Roumanie), main dans la main avec des collègues d’autres pays d’Europe orientale. Cette année, le point d’orgue des festivités du 18 mars fut le gala de la francophonie, avec la participation de la célèbre chanteuse belge Lara Fabian. Dans le cadre des journées de la francophonie, l’université française en Arménie, qui fête cette année le 10e anniversaire de sa création s’est vue doter de la chaire Léopold Sédar Senghor, grâce à Michel Guillou, président du réseau des chaires Senghor et fondateur de l’Agence universitaire de la francophonie. Le 16 mars dernier, lors de la cérémonie inaugurale, le recteur Guillou a souligné dans son discours le nécessaire développement de véritables communautés d’apprentissage réseautées, afin de stimuler et soutenir l’enseignement supérieur en langue française dans les établissements universitaires du monde. Au moment de la publication de cet article dans la presse francophone, les festivités ne sont pas terminées, elles durent jusqu’au 21 avril dans plusieurs régions du pays, qui vibrent encore à l’heure française.

 

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