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« Maroc - Abdelkader Djemaï, le séjour de Matisse à Tanger  »

Extraits de « Zorah sur la terrasse » - Seuil

le 13 septembre 2010, par La rédaction de ZigZag

Pour écrire « Zorah sur la terrasse » Abdelkader Djemaï a travaillé comme un artisan ! Pétrissant, tricotant, découpant délicatement sa matière première, il nous offre un récit qui hésite entre fiction et histoire. Tanger, Oran, Matisse, son propre grand-père, la prostituée Zorah devenue modèle du peintre, tout s’entremêle et se confond. Ecrites par petites touches, articulées grâce à un esprit d’escalier érudit et singulier, colorées par les titres des tableaux peints par Matisse, les pages décrivent le début du 20e siècle d’un pays qui s’offre généreusement à ses visiteurs...

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Abdelkader Djemaï

Pour vous distraire à Tanger, jadis occupée aussi par les Portugais et les Anglais, vous avez emporté avec vous des livres et votre violon, un instrument que vous aimez beaucoup, comme Delacroix. Peut-être avez-vous joué dans votre cabine ou sur le pont du Sar Ridjani. Si vous n’étiez pas peintre, vous pourriez, direz-vous au photographe Brassaï, gagner votre vie en devenant musicien ambulant.

Avant de manier, à la fin de votre existence, les ciseaux pour « tailler dans le vif de la couleur » de papier gouachés, vous aimez également palper, sentir et découper les tissus. Car, pour vous, les matières doivent, comme les couleurs, « remuer le fond sensuel de l’homme ». Vous devez sans doute regretter de n’être pas allé à Fès, une ville discrète et raffinée. Vous auriez rencontré, dans le fondouk de Jiaf, les fabriquants de tapis et les tisserands dans leurs antiques ateliers aux ombres claires où l’on trouve toujours des théières et des cruches d’eau fraîches.

Près de là, vous auriez pu également voir de l’une des terrasses du quartier des tanneurs, les dizaines de cuves aux fortes odeurs disposées comme sur une palette multicolore. Elles ne ressemblent pas à celles du Nord, votre région trop vite et trop fortement industrialisée et dont l’une des couleurs dominantes est le noir des fumées d’usines. (page 28, 29)


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Henri Matisse

Durant ces séjours, vous vous intéresserez aussi à l’artisanat, aux costumes et à l’architecture mauresque.

J’ignore si vous appréciez la cuisine locale, mais je sais que c’est surtout votre inspiration que vous voulez nourrir en étant exigeant et persévérant dans votre travail.

Au cours des sept mois passés au Maroc – votre plus longue résidence à l’étranger – vous produirez, entre les premières et les dernières lueurs du jour, entre la boue et la fébrilité, la chaleur et l’angoisse, une vingtaine de toiles et une soixantaine de dessins, de carnets et d’études qui compteront dans votre riche oeuvre.

En bon père de famille, malgré votre « horreur d’écrire », vous échangez souvent avec vos enfants et vos proches. Vous donnez aussi de vos nouvelles à vos amis restés en métropole et à vos collectionneurs, Sergueï Chtchoukine et Ivan Morosov, qui vivent en Russie. Le pays des hautes neiges, de Dostoïevski et des icônes aux figures hiératiques que vous aviez vues, en octobre 1911 à Moscou, lors d’une exposition sur l’art byzantin. (page 43)


La ville est petite comme la chambre 35 où l’odeur forte de térébenthine et d’huile de lin imprègne votre draps. On peut en faire le tour assez vite. Vous croisez des officiers de marine dans leurs jolis uniformes, des voitures rutilantes, des fiacres avec des chevaux à pompoms, des courtiers endimanchés, des gouvernantes anglaises et de richissimes Américaines descendues des luxueuses demeures nichées dans les collines.

Vous qui êtes plutôt un homme discret et pas très bavard, vous n’avez pas choisi de venir ici pour assister à ce spectacle ou pour faire la causette avec les résident étrangers. Ce n’est pas non plus pour vous déguiser en touriste ébahi ou ensommeillé, capricieux ou blasé. Ce qui vous importe ce sont les gens de ce pays que vous respectez. Votre matériel sous le bras vous partez alors à la recherche de lieux, de vestiges, de visages, d’atmosphères, de vêtements, de parfums, de sons qui pourraient vous aider à peindre.

Vous évoluez aussi au milieu des odeurs de fleurs, de peupliers, de salpêtre, de brochettes, de soupes aux fèves, d’encens, de kif, de benjoin, et, bien sûr, comme celles de la mer qui respire à côté. Comme à Lille ou à Saint-Quentin, les mauvaises odeurs ne manquent pas aussi. Les ordures sont enlevées à dos de mulet et l’hygiène laisse souvent à désirer. (page 46, 47)


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Zorah sur la terrasse - Henri Matisse
Musée Pushkin. Moscou- Russie

Vous avez fini par rencontrer Zorah et vous insistez pour qu’elle pose pour vous. Elle ne parle pas français, mais vous avez tout de suite compris qu’elle vous a dit « non ». Elle a dû vous répondre avec une voix calme et en rougissant un peu, car je la crois timide et bien élevée. (page 65)


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Abdelkader Djemaï

Zorah sur la terrasse

Seuil - 2010

 

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