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« Afrique et Vietnam - Femmes et développement durable et solidaire »

Par Nguyen Dac Nhu-Mai

le 25 janvier 2011

... La coopération Sud-Sud entre l’Afrique et le Vietnam s’est intensifiée depuis les années 2000 en particulier dans le domaine de l’agriculture. Les femmes africaines et vietnamiennes sont devenues les motrices de ces échanges...

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Hanoï - Vietnam
Ph : Alain Bordes

La coopération Sud-Sud entre l’Afrique et le Vietnam s’est intensifiée depuis les années 2000 en particulier dans le domaine de l’agriculture. Les femmes africaines et vietnamiennes sont devenues les motrices de ces échanges dans le contexte du développement durable et solidaire de la mondialisation. La coopération agricole symbolise la plus grande réussite de ces échanges en 2010, nous nous enquérons sur son essor dans les années à venir ?

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Hanoï - Vietnam
Ph : Alain Bordes

Au Vietnam, les femmes ont bénéficié de l’extension des structures agricoles améliorées. Selon les statistiques récentes du Ministère de l’agriculture, 84% des rizières sont aujourd’hui irriguées. Environ 93 % des communes sont accessibles par la route. Près de 70% de ces communes ont accès à l’électricité et 98% d’entre elles disposent d’écoles primaires, 92 % possèdent un dispensaire et 40% ont accès à une eau saine. Le gouvernement a pris l’engagement de mettre en place un cadre réglementaire efficace pour les infrastructures et de remédier aux problèmes d’approvisionnement qui subsistent dans les secteurs de l’énergie, du transport et de l’eau. Il entend moderniser les systèmes d’irrigation dans le but de réduire les risques associés aux barrages et encourager la diversification des cultures et les gains de productivité.

En Afrique, l’objectif étant de doubler les récoltes de riz en 10 ans (14 millions de tonnes à 28 millions de tonnes pour 2020), les femmes ont profité des mesures techniques de développement rural stimulant le rendement avec un grand nombre de parcelles d’essai engageant de nouvelles technologies, intégrant la gestion de l’eau à petite et à moyenne échelle, introduisant des équipements de transformation du riz à petite échelle. La création de liens entre les petits agriculteurs et les marchés du riz des programmes et des cadres politiques existants devient plus localisée. Ces partenariats avec toutes les parties prenantes dans le domaine agricole ou susceptibles de contribuer à une Révolution verte en Afrique ont ciblé de préférence les femmes productrices de riz afin d’alléger leur fardeau au quotidien. Elles représentent la fraction la plus importante (près de 51%) de la population au niveau de chaque pays dont environ 70% vivent en milieu rural. Dans l’agriculture, les femmes constituent près de 60% des actifs agricoles et sont présentes à toutes les phases des travaux agricoles où elles sont responsables de plus de 40% des labours, 70% du sarclage et des récoltes, 80% des semis et 90% des activités de transformation des produits agricoles. Par ailleurs, elles mènent leurs activités aussi dans le secteur informel et leur rôle dans les activités domestiques est prédominant sur celui des hommes.

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Ségou - Mali
Ph : ZigZagthèque

Avec l’Afrique, le secteur agricole vietnamien est devenu exportateur du savoir faire rizicole. Le transfert de techniques agricoles par la partie vietnamienne concourt à la garantie de la sécurité alimentaire et à la lutte contre la pauvreté de ce continent. Ce modèle contribue à l’enrichissement des relations de coopération Sud-Sud et de la solidarité entre les partenaires. Et c’est dans ce secteur que se développe l’auto suffisance alimentaire, notamment au Sénégal et au Mali dans le cadre des conventions triangulaires (Sénégal-Vietnam-FAO et Mali-Vietnam-Diaspora malienne de Montreuil) (1). Lancé en 1996 par le Programme spécial pour la sécurité alimentaire, les initiatives de Coopération Sud-Sud de la FAO donnent aux pays en développement les plus avancés (PPA) la possibilité de partager leurs expériences et leurs connaissances en agriculture et en développement rural avec les pays les moins avancés (PMA). Les PPA fournissent des techniciens et des experts qui travaillent pendant deux ou trois ans avec les femmes dans les zones rurales, les éleveurs et les communautés de pêcheurs, pour augmenter la productivité et améliorer l’accès à la nourriture. Le financement est réglé au cas par cas, mais comprend des contributions du pays coopérant, du budget régulier de la FAO et du pays hôte, dans certains cas en association avec les projets du Fonds fiduciaire. Pourtant, les investissements dans l’agriculture en Afrique devraient être ciblés sur la création d’un secteur dynamique de petits exploitants. Ainsi, un secteur rural actif pourrait susciter une demande de biens et services fabriqués localement qui, à son tour, stimulerait la croissance d’emplois non agricoles dans les services, l’agroalimentaire et la petite manufacture. Actuellement, l’agriculture, essentiellement à petite échelle, représente environ 30% du PIB des pays d’Afrique subsaharienne, et au moins 40% de leurs exportations. Dans plusieurs pays d’Afrique, l’agriculture joue un rôle encore plus important, avec 80% ou plus des recettes d’exportation. Or, la transformation de l’agriculture africaine ne serait possible que si le secteur agricole intervenait dans la production, la transformation et la commercialisation des produits agricoles. Par ailleurs, la création d’emplois ruraux éviterait l’exode des jeunes en Afrique et au Vietnam en quête de travail vers les villes.

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Ségou - Mali
Ph : ZigZagthèque

Lors des crises économiques (entre février et mai) de 2008, les femmes vietnamiennes ont créé des contacts avec leurs homologues africaines afin d’échanger leurs expériences et envisager des mesures urgentes pour affronter la pénurie alimentaire après les émeutes de la faim de plusieurs pays du Sud, notamment au Sénégal, Burkina Faso, Mozambique, Égypte, Algérie, Côte d’Ivoire, Mauritanie, Madagascar, Cameroun et d’autres pays. Ces émeutes ont suivi le cri d’alerte de la population qui n’a pas pu supporter l’envolée des prix des aliments de base comme le riz, l’huile l’arachide, les pommes de terre ou le blé. Le prix mondial du blé a presque triplé en trois ans, celui du riz a augmenté de plus de 50 %. Dans les ménages africains où l’alimentation représente jusqu’à 75 % du budget familial, ces hausses de prix ont eu des conséquences catastrophiques qui ont fortement contribué à faire passer des millions de gens sous le seuil de pauvreté. Certaines révoltes ont été conduites par des femmes qui, ne parvenant plus à nourrir leurs familles et confrontées à la faim de leurs enfants, sont sorties dans la rue pour manifester leur désarroi face à une situation économique les rendant encore plus vulnérables. La présence des femmes dans les émeutes de la faim a pu s’expliquer par leur rôle au sein du foyer. En tant que mères de famille, elles doivent subvenir aux besoins de leurs enfants dans des conditions qui sont devenues intolérables. D’autre part, elles sont particulièrement investies dans le commerce informel des denrées alimentaires (transport, transformation et vente aux détails des produits alimentaires) et la hausse des prix des matières premières agricoles les obligent à leur tour à augmenter les prix des produits de leur commerce. Ces hausses de prix ont provoqué des méventes généralisées, entrainant la faillite de plusieurs entreprises locales faisant des femmes-entrepreneurs, les doubles victimes de la crise.

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Ségou - Mali
Ph : ZigZagthèque

Sur le plan social, les femmes en Afrique comme au Vietnam jouent un rôle irremplaçable en tant que mère et épouse. Mais, en dépit de leur rôle dans les activités de production, elles sont l’objet d’un certain nombre d’exclusions et d’interdits sociaux qui en font les premières victimes de la pauvreté. En général elles sont plus vulnérables à plusieurs égards que les hommes à la pauvreté, une fragilité qui renvoie au manque de recours, à l’insécurité et à l’exposition à tous les risques y compris les effets pervers de la crise alimentaire (2). Étant donné le rôle pivot des femmes, non seulement comme mères et soutiens de famille, mais aussi comme agricultrices, à long terme, elles devraient détenir les clés de la sécurité alimentaire menant à l’auto suffisance alimentaire. Des perspectives considérables devraient être impactées en Afrique comme au Vietnam pour faire avancer l’autonomie des femmes et leur statut au sein de la société, surtout leur accès à la terre, au crédit et à tous les aspects de la création et de la reprise d’entreprise, une autre dynamique de dénouer les crises économiques et sociales (3) ?

P.-S.

1 - Nguyen Dac Nhu-Mai : La coopération Sud-Sud. Convention triangulaire Sénégal-Vietnam-FAO et Mali-Vietnam-Diaspora malienne de Montreuil dans le cas de la riziculture in Conférence de 55 Bandung 55, Université de Gadjah Mada, Yogyakarta, Indonésie, 26 10 2010.

2 - Massan d’Almeda : La crise alimentaire - du point de vue des organisations de la société civile - est l’effet pervers plus général de politiques empêchant la responsabilité de bien des décideurs. in AWID, 26 03 2010.

3 - Colloque Entreprenariat des femmes migrantes organisé par l’Association Bagneux au Féminin, Paris 30 11 2010.

 

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