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« BURKINA FASO – FESPACO, cinéma et politique ! »

Entretien avec Colin Dupré, historien du FESPACO.

le 18 avril 2013

« FESPACO, une affaire d’État(s) » est une plongée au cœur de l’histoire du plus grand festival de cinéma en Afrique. Une observation microscopique autant que macroscopique !


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FESPACO, au coeur de Ouagadougo.u
Ph : Sputniktilt - Wikimedia Commons

Avant de parler du FESPACO et du cinéma africain, deux mots sur vous et sur l’éternelle histoire de l’œuf et de la poule. Est-ce le cinéma ou l’Afrique qui est à l’origine de votre travail ?

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Colin Dupré, historien et auteur de « FESPACO, une affaire d’Etat(s) ».
Ph : Mylène Kokel

Sans aucun doute c’est le cinéma qui est à l’origine de tout ça. Mais mon intérêt pour l’Afrique a très vite rattrapé ma cinéphilie, dès le lycée, peut-être même le collège. Et puis en Terminale, faisant partie de l’option cinéma et audiovisuel, nous sommes partis au Burkina, pour le Fespaco. Mon option et le ciné-club d’un lycée Ouagalais (le Lycée Nelson Mandela) étaient jumelés. Nous partions quinze jours à Ouagadougou durant le Fespaco, et une délégation du ciné-club venait en France pour participer à un festival de cinéma les Rencontres Lycéennes de Vidéo. Voilà comment tout a commencé. Mais ce sont mes études d’histoire qui ont véritablement de lier l’Afrique et le cinéma dans mon parcours, car si le jumelage avec le ciné-club constitue bien l’étincelle, ce n’est qu’une fois arrivé en Master que j’ai pu vraiment travailler sur ces deux domaines.

Un historien travaille sur des sources, quelles sont les vôtres pour cette plongée de 40 ans dans le cinéma, la politique et la culture burkinabés et africains ?

Les sources utilisées sont avant tout des archives imprimées. Qu’elles soient au Siège du Fespaco, au Centre Culturel français (devenu depuis Institut français), au chez des particuliers. C’est d’ailleurs les lacunes très importantes des fonds d’archives officiels qui m’ont poussé à me mettre en contact avec des particuliers. Une partie importante de mes sources est constituée d’article de presse depuis 1969. Ensuite, évidemment, les archives imprimées ne me donnant pas entière satisfaction, il a fallu que je développe mes recherches autour des sources orales, et c’est la raison pour laquelle j’ai réalisé des entretiens avec une quinzaine de personne. Qu’ils soient cinéastes comme Gaston Kaboré, journalistes comme Clément Tapsoba ou Abdoulaye Diallo, ministre et ancien Délégué Général du Fespaco comme Filipe Savadogo, etc. A côté de ces sources j’ai aussi, bien évidemment, été amené à construire une bibliographie solide et très complète car le sujet est somme toute assez complexe et il me fallait entrevoir tous les aspects de cette Histoire.

Comment le Burkina a-t-il pu s’imposer à ce point dans l’univers du cinéma africain ?

Je pense que si le Burkina a pu s’imposer à ce point, c’est d’abord par l’engagement de passionnés de cinéma qui ont créé un festival populaire et attrayant en 1969. Ensuite, évidemment, c’est en raison de l’implication et du volontarisme des gouvernements successifs au Burkina, qui depuis 1969 se sont tous mobilisés pour le Fespaco. Et si le Burkina a une telle place dans le paysage cinématographique africain et mondial, c’est en grande partie à cause du Fespaco. D’ailleurs en 1969 quand la première édition est lancée, il n’y a pas encore de réalisateurs de cinéma burkinabè ! Ensuite, les autorités ont pris certaines mesures en faveur du cinéma au Burkina, de sorte que le pays a été l’un des premiers à avoir une réelle politique cinématographique. L’apogée de ce dynamisme cinématographique, autour du Fespaco et de la politique culturelle du pays se situe incontestablement durant la révolution de Thomas Sankara. Ouagadougou devient à ce moment précis la capitale du cinéma en Afrique et récupère toutes les structures de cinéma du continent. Aujourd’hui c’est moins le cas et l’Afrique du Sud est en train de prendre petit à petit la place du Burkina…

« FESPACO, une affaire d’Etat(s)... pouvez-vous nous éclairer sur ce titre à plusieurs niveaux de lecture ? En quoi le FESPACO n’est pas seulement un festival de cinéma ?

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Le Fespaco, une affaire d’Etat(s). Colin Dupré.
L’Harmattan.

La réponse se trouve dans le sigle même de FESPACO (Festival Panafricain de Cinéma de Ouagadougou). C’est aussi un sigle à double lecture, car s’il est panafricain, c’est aussi un festival burkinabè. Et je pense que cette double caractéristique est au cœur des enjeux du Fespaco. Par définition c’est un festival panafricain. Ses sélections, ses orientations et ses thèmes sont au cœur de l’idéologie panafricaine. La manifestation est ouverte à tous les cinéastes du continent et même de la diaspora, c’est un panafricanisme élargi. Les rencontres professionnelles nourrissent lors de chaque édition des réflexions sur l’état des cinémas africains, sur les politiques publiques en direction du cinéma dans les pays du continent, sur le rôle des cinéastes, pour ne citer que ces exemples. Cela permet au Fespaco d’être un phare pour les cinémas africains et un tremplin pour ces cinéastes. C’est l’un des fondements de la manifestation avec l’aspect populaire qui en est le second. Le Fespaco est donc panafricain sans aucun doute.

Mais ce titre fait surtout référence aux affaires politiques qui sont liées au Fespaco. Car le festival est une manifestation éminemment politique. C’est l’outil principal de la diplomatie culturelle du Burkina, mais il est aussi lié aux affaires de politique interne, faisant de ce festival une affaire d’État pour le Burkina, et une affaire d’États en Afrique. Il est une véritable vitrine pour le « pays des hommes intègres ». Dans l’histoire de ce festival, les autorités burkinabè ont toujours utilisé la manifestation pour diffuser leurs idées, être une vitrine positive du pays et placer le Faso sur la scène culturelle internationale. L’État burkinabè a toujours défendu et soutenu le Fespaco et il en est le principal bailleur. Le Fespaco est, en outre, placé directement sous la tutelle de l’État burkinabè. En ce sens c’est une affaire d’État (au singulier). Jamais durant les 44 ans d’existence du festival, les gouvernements successifs n’ont remis en question le Fespaco. Jamais. C’est un élément central dans l’histoire du Burkina. Il est aussi un focus sur les relations géopolitiques entre le Burkina et les autres pays africains. Un lieu et une période où tous les deux ans se concentrent toutes les questions diplomatiques et politiques du moment. Les cinéastes utilisent aussi le Fespaco comme une tribune, notamment au moment de l’affaire Norbert Zongo ou encore du coup d’État en Mauritanie. Le Fespaco est un festival panafricain au cœur des enjeux géopolitiques, et en ce sens il est une affaire d’États (au pluriel). Cette année ce fut le cas avec le Mali notamment, d’abord parce que le Burkina est frontalier, mais aussi parce que c’est un événement médiatique dont tout le monde profite pour s’exprimer. Ce titre illustre parfaitement ce que j’ai voulu faire avec ce livre, c’est-à-dire traiter l’histoire culturelle et politique du continent africain et du Burkina Faso à travers l’histoire des cinémas africains et du Fespaco.

En Afrique, un grand festival ne peut-il être que politique ?

Politisé non, sous tutelle de l’État certainement. En tout cas, ce qui est certain c’est qu’il serait difficile à un festival qui se séparerait de l’État de fonctionner correctement. Le système associatif est très développé dans certains pays, mais c’est loin d’être le cas partout, et le problème majeur d’un festival qui ne serait pas lié à l’État serait l’aspect financier. Mais c’est une réponse d’ordre général qui n’est absolument pas vraie partout. Par exemple le festival de Louxor fonctionne en grande partie grâce à une fondation, et l’État Egyptien n’est qu’un partenaire parmi d’autres.

Né avec la fin de la période de décolonisation comment le FESPACO vit-il la mondialisation et l’ère numérique ? Quel est son horizon ?

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Jusqu’à présent, la mondialisation n’a pas autant profité au Fespaco que cela aurait dû. Mais sans mondialisation, le festival n’existerait pas puisque par définition c’est un évènement international. Mais je pense que le potentiel n’est pas exploité à son maximum. Il est aussi important de noter que la multiplication des festivals de cinémas africains nuit au Fespaco. Non pas parce que la multiplication en tant que telle est une mauvaise chose, mais bien parce que le Fespaco manque de professionnalisme, en partie causée par le copinage et le manque de formation. Ainsi, un cinéaste préfèrera se rendre dans un festival mieux organisé… De plus, et cela rejoint la seconde partie de votre question, le Fespaco a complètement raté son entrée dans l’ère numérique. Ce qui est un vrai problème pour les cinéastes ! La quasi-totalité des réalisateurs africains tourne leur film en numérique, la post-production se fait en numérique, et le Fespaco continuait à demander des copies de films en 35mm ce qui induisait un coût de 15000 € minimum pour transférer le film sur la pellicule. Face à la pression des professionnels du cinéma, le DG du Fespaco a cédé et accepté de présenter des films en numérique. Mais cette année encore plusieurs films ont été éliminé de la compétition parce qu’il n’était pas sur le bon support ! C’est une règle héritée de l’époque où le 16mm faisait son apparition, puis la VHS, et évidemment le Fespaco n’en voulait pas. Avec l’arrivée du numérique le festival n’a pas compris ce qui se passait et a raté le coche. Il va falloir encore du temps au festival pour rattraper son erreur. Mais cela implique une modernisation des salles de cinéma, et cela a un coût très élevé. Le Fespaco n’est pas le seul fautif et c’est toute l’industrie cinématographique en Afrique qu’il faut moderniser. Vaste chantier(1).

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Ambiance dans Ouagadougou pendant le FESPACO
Ph : Helge Fahrberger - Wikimedia Commons

Que manque-t-il aux cinémas africains pour quitter le registre des festivals et des niches et conquérir les publics, comme le cinéma coréen (ou asiatique) a su le faire depuis 20 ans ?

D’abord il faudrait que naisse une véritable industrie cinématographique indépendante en Afrique, avec tous les secteurs et les circuits que cela implique, sans être court-circuitée par des structures françaises ou européennes qui phagocytent les initiatives locales et empêche la création de vrais circuits cinématographiques. Il manque des étapes dans ces circuits. La distribution, la production, l’exploitation, etc. tous ces aspects de la vie d’un film sont à un moment ou à un autre captés par des entreprises occidentales. Il est nécessaire d’avoir de vrais laboratoires de postproduction africains, il est nécessaire de voir apparaitre de vraies maisons de production, de vrais distributeurs, etc. Le développement des cinémas africains passera par une indépendance financière et industrielle. Et l’aspect financier est une autre caractéristique déterminante.

Ensuite, et c’est un élément décisif, il faudra que les États africains s’impliquent dans le cinéma. Sans l’État, le cinéma français en serait réduit à pas grand-chose, si le CNC ne faisait pas son travail, il est probable que le cinéma français soit complètement insignifiant au niveau mondial. Les États ont un grand rôle à jouer, et on voit bien l’exemple du Burkina qui a pu développer le cinéma grâce à l’implication de l’État. C’est aussi en termes de liberté d’expression et de création que les gouvernements ont un rôle important. Comment peut-on voir l’émergence d’un cinéma Camerounais puissant et en plein développement si les réalisateurs sont censurés, ou comme le récent exemple de Richard Djimeli qui a été kidnappé et torturé (2) ? Tant que des gouvernements oppresseront la création des artistes en Afrique le problème demeurera et évidemment cela constitue une première étape sine qua non au développement d’une véritable industrie.

L’exemple de la Corée est symptomatique. Depuis 20 ans il existe une vraie industrie en Corée depuis la fin du régime militaire. D’abord parce que la création s’est libérée, ensuite parce que des maisons de productions ont émergé, parce que les professionnels coréens ont collaboré avec d’autres industries cinématographiques asiatiques comme Hong-Kong. Ensuite c’est encore une fois parce que l’État encourage ce secteur puisqu’il est obligatoire pour les salles de cinéma de diffuser des films coréens 146 jours par an, soit 40 %, depuis 1986.

Revenons à vous... vers quoi vous dirigez-vous maintenant que ce travail consacré au FESPACO est terminé ? Est-il terminé ?

J’ai actuellement plusieurs projets en cours. Plusieurs articles vont paraitre, dont un sur le chantier du numérique en Afrique. En ce qui concerne ce travail sur le Fespaco, je pense qu’il est terminé, mais qui sait ? Peut-être qu’en 2069 le Fespaco existera encore et moi aussi, et que je me lancerai dans un tome 2, de 2009 à 2069 ! Pourquoi pas !

P.-S.

Notes :

(1) : Cette question sera décortiquée dans un article à paraitre courant mai 2013 dans la revue Inaglobal.

(2) : Une pétition a été créée à cette adresse : https://www.lapetition.be/en-ligne/...

 

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