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« Belgique - La question francophone »

Par E. Bauwens et E. Fonck de l’Association pour la Promotion de la Francophonie en Flandres

le 24 mai 2010

La Belgique tangue ! L’incompréhension et la rivalité entre Francophones et Néerlandophones est au coeur de cette tourmente ! Un point sur la situation des francophones en Flandres avant les élections en juin.

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Combien de francophones en Flandres ?
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Les citoyens ont, en démocratie, le droit de se prononcer sur des données exactes et claires. Or, depuis que, pour répondre à une exigence flamande, le volet linguistique du recensement décennal a été supprimé, personne ne peut savoir exactement combien de francophones il y a en Flandre. Dossier classé « Top Secret » par la classe politique flamande.

Nous apportons, nous, la réponse : 367.000 ! En effet, par souci de vérité, pour en avoir le cœur net, nous avons demandé à Dedicated Research de procéder à un sondage. Il s’est effectué du 8 au 22 septembre 2009 sur un échantillon de 2.535 personnes résidant dans les cinq provinces de Flandre.

367.000 personnes sur une population totale de 6.161.600 Flamands (5,9% de la population) ! Peut-on encore prétendre qu’il n’y a pas de minorité francophone en Flandre ?

Ont été reprises comme francophones dans le sondage, les personnes qui ont déclaré que leur langue maternelle était le français et celles qui ont déclaré avoir, à la fois, un de leurs parents francophone et parler parfaitement le français.

Leur répartition provinciale donne les résultats suivants : dans le Brabant flamand 166.456 individus, en Flandre occidentale 80.534, en Flandre orientale 54.931 et 39.461 pour la Province d’Anvers. En queue, le Limbourg avec 25.627 francophones. Indépendamment du sondage, ces proportions dans la répartition régionale sont corroborées par les chiffres d’une grande entreprise belge, auxquels nous avons eu accès.

Lors du dernier recensement linguistique officiel de 1947, les chiffres étaient respectivement : Brabant flamand* : 51.726, Flandre occidentale : 82.260, Flandre orientale : 37.773, Province d’Anvers : 38.145, Limbourg : 15.477. Au total : 225.381 pour une population, à l’époque, de 4.616.181 Flamands.


Bilinguisme de fait

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Les nationalistes flamands ne cessent de reprocher aux francophones habitant en Flandre de ne pas vouloir s’intégrer. Comprenez : qu’ils ne veulent pas apprendre le néerlandais. Pas de chance ! Une écrasante majorité de francophones habitant en Flandre (83,1%) disent parler le néerlandais. Dans le Brabant flamand (il s’agit essentiellement de francophones de la périphérie), 3 francophones sur 4 disent parler le néerlandais. « Ah ! » s’écrieront les sceptiques. « Ils disent parler le néerlandais, mais est-ce bien vrai ? »

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Revenons au français. Notre étude a fixé des critères objectifs en délimitant cinq niveaux de connaissance. Et 24,7% des personnes interrogées déclarent se débrouiller en français dans des situations simples. 37,4% utilisent la langue dans des situations courantes, 18,2% le parlent bien, 9,4% connaissent parfaitement la langue et… 10,3% ne la parlent pas.

Très révélateur de l’intérêt que les Flamands portent au français et à la culture française : 33,3% des personnes interrogées utilisent le français, ne fût-ce qu’occasionnellement au travail et 11,9% à la maison. 54,1% regardent la TV ou écoutent la radio en français. 41% lisent des livres ou des journaux en français 45,3% vont voir de temps à autre un film de cinéma en français et 23,8% participent à des activités culturelles en français (conférences, spectacles, visites).

L’enquête en déduit que 58,5% des personnes interrogées s’intéressent à la culture francophone. En retirant de ces chiffres les 5,9% de francophones qui vivent en Flandre, on peut en conclure qu’un Flamand sur deux marque un intérêt pour notre culture. Contrairement à ce que l’on dit parfois du côté francophone, c’est une preuve d’ouverture et non un repli sur soi.


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Mauvais calcul

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Les plus machiavéliques parmi les nationalistes flamands prêchent la patience. Ils comptent sur le facteur « temps » pour régler le problème. Pour eux ces satanés francophones sont des vieux qui vont bientôt s’éteindre.

Hélas ! Encore une mauvaise surprise : l’étude a comparé les âges des francophones et des néerlandophones. Il apparaît que le groupe 25-34 ans est légèrement supérieur chez les francophones (17,3 % contre 16%) et le groupe des 35-44 ans est nettement supérieur chez les francophones (30,8% contre 19%). Or, c’est dans ces tranches d’âge qu’on a des enfants. Les francophones sont donc loin de s’éteindre en Flandre. « Pot vol blomme » (forme polie de « God verdomme ! »), c’est le juron que lancera sûrement Bart De Wever quand il prendra connaissance de toutes ces données ?

Nous avons donc brisé un tabou historico-politique et on peut enfin y voir clair. Et les irréductibles du nationalisme flamingant, s’ils devaient contester la valeur du présent sondage, n’auraient d’autre alternative que de rétablir le recensement linguistique. Qui ne ferait que confirmer les résultats de notre étude. Fini de tourner en rond : il est temps de regarder la réalité en face et de marcher vers l’avenir.

Messieurs les négociateurs : à vous de jouer !


Le Mouvement flamand reconnaît la minorité francophone en Flandre

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La reconnaissance et la protection de la minorité francophone en Flandre est un des points clés, si pas le point clé, auquel il faut apporter une solution si l’on veut régler définitivement le contentieux communautaire entre Flamands et francophones.

Quelle est la position des hommes de sciences et des intellectuels flamands face aux nationalistes qui prétendent qu’« il n’y a pas de minorité francophone en Flandre » ?

La question a toute son importance lorsqu’on sait que ce sont les nationalistes flamands qui dominent la vie politique au nord du pays. Ils ont entrainé le gouvernement flamand à s’engager à ne pas ratifier la convention-cadre sur la protection des minorités nationales, privant du même coup les francophones qui vivent en Flandre des droits les plus élémentaires.

La réponse, nous l’avons trouvée dans l’Encyclopédie du Mouvement flamand (1) dont la première édition date de 1973. Complètement réactualisée en 1998, la Nouvelle Encyclopédie du Mouvement flamand (2) bénéficie depuis du soutien officiel du ministère de la Communauté flamande.

L’évidence

Ouvrons le deuxième volume de la première édition à la page 1562 pour y découvrir un texte de 14 pages consacré aux francophones en Flandre, avant les 17 pages réservées aux Flamands en Wallonie, le tout regroupé sous l’appellation « Minorités linguistiques ».

Oui vous avez bien lu ! Il est écrit noir sur blanc « Taalminderheden » (Minorités linguistiques) en guise de titre général et « Franstaligen in Vlaanderen » (Francophones en Flandre) comme intitulé de la première partie.

Le ton est donné dès le début (nous traduisons) : « Qu’il y ait en Flandre, depuis de nombreux siècles, une petite minorité francophone, est un fait établi ». Même chose dans l’édition de 1998, page 2964 du troisième volume, cette fois. La formulation a été légèrement revue, mais elle garde toute sa pertinence : « En Flandre, il y a, depuis des siècles, une petite partie de la population qui est francophone ».

Examiné à la lumière de la résolution 1301 de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, à propos de la protection des minorités en Belgique, le texte du Mouvement flamand apparaît comme un véritable plaidoyer en faveur de la reconnaissance par la Flandre de sa minorité francophone.

Les Mythes

Le développement historique est plein d’enseignements. Enfin, les faits font ressortir l’énorme contrevérité selon laquelle l’aristocratie d’abord, la bourgeoisie ensuite, auraient obligé le petit peuple de Flandre à apprendre le français. Selon l’encyclopédie flamande : « Lorsque la Belgique fut instituée, les défenseurs du néerlandais, pour autant qu’ils existaient, se trouvaient devant une tâche pratiquement impossible : défendre une langue impuissante. Durant les débats au Parlement et dans les décrets qui devaient préparer le vote de la Constitution, il a été clairement souligné qu’à ce moment il n’existait encore en Belgique qu’une série de dialectes flamands et que ceux qui les parlaient ne se comprenaient pas toujours ». Sans le recours au français, il était impossible de rédiger un texte officiel compréhensible sur tout le territoire du jeune pays. Il s’en est suivi, bien entendu, que l’usage du français s’est imposé de facto et pas du tout par une volonté délibérée d’« impérialisme linguistique » de la part des francophones.

Autre mythe grossier que les intellectuels flamands ont le courage de dénoncer : les francophones trouvent en dessous de leur dignité d’apprendre le néerlandais. Là aussi, l’encyclopédie relève que « les francophones en Flandre, qui aujourd’hui sont pour la plupart bilingues, se sont adaptés (à l’exception de la périphérie et des Fourons) au changement de circonstances mais, comme l’explique le journaliste et politicien Luc Beyer de Rycke, ils veulent rester ce qu’ils sont : des francophones en Flandre ».

Combien sont-ils ?

Depuis qu’en 1947 le volet linguistique du recensement décennal a été supprimé, sous la pression des politiciens flamands, on ne sait plus avec exactitude combien de francophones vivent en Flandre. « Leur nombre actuel est évalué à environ 200.000, soit 3,5% de la population flamande (sans compter l’arrondissement Hal-Vilvorde où, selon l’étude de Guido Tastenoye »Vlaams-Brabant in de wurggreep van Europa« (1991, p. 200), on dénombre environ 110.000 francophones). Dans la Région flamande il y aurait donc au total (en ce compris l’arrondissement Hal-Vilvorde) environ 300.000 francophones soit 5% de la population. » Cette estimation corrobore ce que nous affirmons depuis le début. Selon le sondage que nous venons de faire réaliser par Dedicated Research, le nombre de francophones en Flandre s’élève à 367.000.

L’encyclopédie poursuit ensuite par la description aussi minutieuse qu’exhaustive de la présence des francophones en Flandre. Quasiment quartier par quartier en ce qui concerne Anvers et Gand. Vient le tour des associations culturelles, puis celui de la presse francophone. Ses débuts, son apogée mais aussi, hélas, son déclin avec la disparition de ses principaux titres : « Le Matin », « La Métropole » et « La Flandre libérale », de même que « Le Courrier du littoral » et « Le Courrier de Gand ». L’étude se termine par la liste des auteurs francophones qui en dit long sur leur importance culturelle et leur apport au rayonnement de la Flandre. L’Encyclopédie du Mouvement flamand a le mérite de ne pas les avoir ignorés.

L’absence de protection

En guise de conclusion, épinglons le point essentiel, justifiant à lui tout seul la position du Conseil de l’Europe qui mentionne la Belgique parmi les pays qui « ont des minorités significatives qui doivent être protégées et dont les droits ne sont pas officiellement reconnus ».

Sur ce point, l’analyse livrée par l’encyclopédie est très claire : « Lorsque la Flandre est devenue la région la plus riche de Belgique, le prestige du néerlandais augmenta. Le néerlandais devint un atout à tous les niveaux, économique, démographique, politique et social. A partir de ce moment-là, des facteurs très importants commencèrent à jouer contre les francophones : une Communauté flamande de plus en plus prospère, pas de protection juridique à part celle de leurs droits individuels, pas d’instances propres, pas de subventions de leurs manifestations culturelles ».

Voilà bien le nœud du problème : l’absence de protection juridique de la minorité francophone en Flandre.

Il est urgent que la Flandre tienne compte de l’avis de ses intellectuels et de ses scientifiques. Qu’au lieu de poursuivre dans une voie sans issue, elle se rende à l’évidence. Qu’elle reconnaisse et protège enfin sa minorité francophone. Elle n’en sortira que grandie !

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P.-S.

Retrouvez les « Nouvelles de Flandres » :

http://www.francophonie.be/ndf

 

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