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« Benin, le village souterrain d’Agongointo »

Par Tiphaine Deraison

le 5 mai 2010

Bohicon, escale urbaine dans le département du Zou, est située à 115 km de Cotonou*. Elle révèle un site étonnant au cœur d’une importante végétation : le village souterrain d’Agongointo. Un village datant du 18e siècle, appelé également « Ahouando » (en langue fon, le plus important dialecte du Bénin), qui signifie littéralement « trou de guerre »). Découvert en août 2008, le site a été transformé en musée, actif depuis avril 2009. Il reste cependant inconnu de la population béninoise. Pour le découvrir, il vous faudra demander à un Zemidjan*, le Motel Fifatin qui est le seul repère pour accéder au site. Mêlant histoire, biodiversité, pédagogie et artisanat, le village souterrain est un site unique qui fait découvrir un aspect dominant de l’histoire du Dahomey.

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Théodore Atrokpo, guide d’un site exceptionnel
Ph : Tiphaine Deraison

La région de terre rouge abrite des vestiges archéologiques tout à fait particulier où les fouilles sont toujours actives. Comme l’explique Théodore Atrokpo, le guide du village souterrain, ce type de maisons souterraines se retrouve dans d’autres lieux, mais la particularité de celles de Bohicon est qu’elles constituent un ensemble de 7 hectares. Ce village fait donc partie d’un ensemble de 1600 maisons, éparpillées sur le territoire d’Abomey*. Le musée est construit sur un modèle traditionnel. Des cases aux toits de paille accueillent les objets trouvés lors des fouilles. « L’histoire ou plutôt la légende, raconte Théodore, dit que ces maisons souterraines servaient de stratégie de guerre et de cachette pour les soldats du roi Agadja qui a régné de 1711 à 1742 ». Mais il est fort probable, selon le guide, qu’elles ont été construites avant l’intronisation du roi Agadja. On n’en connaît pas la date exacte.

Une visite aux multiples visages

La salle des maquettes indique le plan de visite du musée. Sous la conduite du guide on emprunte une piste traversant la végétation. Les maisons avaient été taillées et creusées à l’intérieur de la forêt pour être dissimulées. Les très petites entrées sont cachées par des arbres et des plantes et arbres qui ont des vertus médicinales. Là au coeur des autels vaudou ont été construits et entretenus depuis l’époque. Le musée a également conçu un site de jeux pour enfants afin d’attirer les plus jeunes et les intéresser à l’histoire du Dahomey. Il tente aussi de réhabiliter certains jeux traditionnels comme l’Awalé et de sensibiliser à l’écologie et à la biodiversité grâce l’aménagement d’un parc naturel.

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Théodore Atrokpo dans le « trou de guerre »
Ph : Tiphaine Deraison

De surprise en surprise

Le village souterrain est une découverte unique, personne ni même la tradition orale, n’avait connaissance de ces villages souterrains. Même les livres d’histoire ne mentionnent pas leur existence. Pourquoi ? Théodore explique que selon lui l’histoire du Dahomey fut écrite par le colon français et qu’il n’avait pas connaissance de l’existence de ces techniques guerrières. C’est lors de la construction d’une voie, pour désengorger le trafic du centre ville de Bohicon, que fut découvert ce village. Durant le bétonnage de la voie en construction, une machine s’est affaissée dans le sol. Les Danois, qui avaient financé cette route, ont alors compris que le trou avait été creusé par l’homme et qu’il se raccordait aussi à d’autres pièces plus petites. Devenu « abri de référence » depuis l’incident, les Danois et le département d’archéologie de l’université d’Abomey-Calavi engagèrent des recherches appronfondies.

Techniques guerrières

Les maisons souterraines varient les unes des autres. Elles sont accessibles par des trous dans le sol, d’à peine 2 mètres de diamètre. Puis par un système d’escaliers creusés dans le sol. La descente se fait jusqu’à la chambre principale. L’escalier n’allant pas jusqu’au sol, il faut parfois sauter plusieurs mètres avant d’arriver. « Tout un chacun ne pouvait y avoir accès, d’où son utilisation militaire, il fallait être très élancé, et bien entraîné pour y accéder, surtout pour sauter et s’accrocher lorsque l’on voulait remonter à l’extérieur », souligne Théodore. La première chambre donne sur d’autres chambres secondaires dont le nombre varie. Les maisons ont également des profondeurs différentes suivant le sol et les capacités de la maison. Elles n’ont qu’une seule entrée pour éviter à l’ennemi d’envahir tout le village souterrain. Les entrées sont donc étudiées pour poser le plus de difficultés aux ennemis. « Pour accéder au trou d’entrée, il faut d’abord passer par des plantes épineuses, qui repoussent et les hommes et les serpents » raconte Théodore.

La vie sous la terre

Pour visiter la maison souterraine, une fermeture cerclée et cadenassée a été installée pour remplacer les moyens de sécurité du passé. Lorsque vous descendrez au cœur d’une de ces maisons, vous n’y parviendrez que par une échelle, car les encoches dans le sol en perpendiculaire sont bien trop physiques. La profondeur d’une maison est de 7,50m. La descente dans le noir vous plonge dans l’esprit d’un soldat du roi aux aguets. Le noir qui vous entoure, traduira le quotidien de ces guerriers du passé. Vous ressentirez peut-être cette peur de l’inconnu et de l’ennemi. Notre guide explique de nouveau : « Il faut pouvoir voir sans être vu, lors d’un combat au corps à corps. Les soldats vivaient ici, ils sortaient pour manger et dormaient dans les chambres secondaires. Ils communiquaient par des petits trous dans les parois des chambres, car cela évitait l’effet d’écho et l’on ne pouvait ainsi être entendu de l’extérieur. » Les maisons étaient creusées dans une terre constituée d’argile et de fer. On voit encore les marques des outils rudimentaires comme les pioches et pierres taillées qui ont creusé cette structure ronde. Les chambres secondaires qui tournent autour de la chambre principale, sont ovales et constituent un ensemble. Avec l’huile rouge (komiomé) ou huile de palme on éclairait la maison. L’hypothèse d’une chambre secondaire faite pour récupérer l’eau de l’infiltration existe aujourd’hui. On retrouve souvent de l’eau de pluie filtrée par le sol dans les maisons. Les habitants des alentours croyaient d’ailleurs que ces maisons étaient des puits. Les soldats avaient-ils pour autant prévu une chambre à cet effet ? « Nous ne sommes pas certains de cela, ajoute le guide, précisant que tout le site est resté intact et qu’on a fait que dégager et mis l’électricité. »

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Creusé dans la terre rouge
Ph : Tiphaine Deraison

…Et culte Vaudou

Les premiers habitants de cette région, étaient de religion Vaudou. Beaucoup d’autels sont donc présents sur le site du village souterrain. Pour les populations de la localité, ce site est resté un lieu de culte vaudou, toujours utilisé. Une des maisons souterraines porte également un Totem, qu’il vous sera demandé de respecter. La visite de la maison est interdite à tous ceux qui portent des vêtements ou des objets couleur rouge. On ne connait pas la cause de cette légende. Le savoir des anciens s’arrête là. Le musée nécessite donc des recherches même sur des points de la culture Vaudou. La visite se poursuit alors vers l’autel du Dan. La divinité de la prospérité est un arbre entouré d’un ficus étrangleur. Un temple Tohossu est installé depuis et permet, selon le culte, de rester en communication avec un individu divinisé. Ce temple est toujours la propriété d‘une famille béninoise qui vient périodiquement accomplir les rituels ancestraux. On visite ensuite des autels du culte vaudou comme celui du Vaudou Hawé et celui de la divinité Ayizan protectrice des marchés et du commerce. L’autel est constitué d’un Iroquo et d’un ficus, non étrangleur. On traverse quelques salles d’exposition sur les objets de la vie quotidienne, retrouvés dans les maisons souterraines. Les jarres aux formes différentes servaient à boucher des tombes souterraines et les outils donnent la preuve qu’on y travaillait le fer avant l’arrivée des colons. Une cinquantaine d’objets sont exposés sur les 300 retrouvés. Le musée allie donc l’histoire du site à celle du culte Vaudou, indissociable de de la culture traditionnelle du Dahomey.

* Cotonou : capitale économique du Bénin.

* Zemidjan : une moto-taxi au Benin et au Togo.

* Abomey : siège du royaume historique d’Abomey.

* l’Awalé : jeu de stratégie se jouant avec des graines.

 

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