
- La pointe des Poulains
- Ph : ZigZagthèque
Carnac et ses mystérieuses mégalithes puis la presqu’île de Quiberon sont les derniers sites à découvrir avant de quitter la terre ferme du Morbihan et de s’embarquer pour 45 minutes de traversée vers Belle-Ile-en-Mer. Le Palais, le port d’entrée de la petite île, est dominé par la citadelle Vauban qui rappelle l’importance stratégique du lieu quand Anglais et Espagnols avaient des vues sur le royaume de France. Le bateau accoste le long d’une rangée d’hôtels et de boutiques colorés et pimpants. Promeneurs d’un jour, expatriés heureux de retrouver l’air du pays ou îliens partis quelques heures sur le continent, tous semblent ravis de poser le pied sur Belle-île ! Sans doute, éprouvent-ils un sentiment que connut une illustre résidente du temps passé : Sarah Bernhardt.

- Une île de carte postale !
- Ph : ZigZagthèque
Une Belliloise peu ordinaire !

- S. Bernhardt, vitrail au musée de la citadelle
- Ph : ZigZagthèque
Belle-Ile-en-Mer n’a pas oublié cette illustre tragédienne qui parcourait le monde avec sa troupe pour y jouer le répertoire français. Anglais, Américans ou Australiens se pressaient afin d’écouter Phèdre*, l’Aiglon* ou la Dame aux camélias*tandis que les la presse française tombait sous le charme de celle qu’on appelait « la divine » ! Sarah Bernhardt, talentueuse, provocatrice et libre mena une vie toute dévouée à son art. Son anticonformisme lui fut souvent reproché par les « hommes en place » à la Comédie Française ou parmi les « gens » de théâtre soucieux de l’ordre établi. Mais la puissance de conviction et l’attraction qu’elle exerçait sur le public eurent raison des grincheux ! Cette femme pressée accompagnée d’une véritable tribu composée de ses enfants, d’admirateurs, d’intimes et d’artistes trouvait le repos à Belle-Ile-en-Mer. À partir de 1894, chaque été, elle éprouva le besoin de laisser de côté le tumulte de la vie parisienne et la frénésie des tournées à l’étranger. Le fortin bâti à la pointe des Poulains, un bout du monde majestueux, fut son paradis. Elle aménagea pour elle le bâtiment militaire prévu pour défendre l’île et fit construire une maison pour ses invités. Peu à peu elle acquit d’autres villas alentours. Les fêtes estivales étaient seulement troublée par le bruit des vagues fracassées sur les falaises déchiquetées et rythmées par l’incessant mouvement des marées. Un phare, des mouettes et le vent étaient les partenaires de jeu de celle que ses amis surnommaient « l’infatigable » et qui aimait à se reposer en ce lieu. Un repos dans un environnement sauvage, tapissé d’herbe rase ou seuls poussent quelques tamaris malmenés par les embruns... loin des mondanités !

- Comme si rien n’avait changé...
- Ph : ZigZagthèque
Comment les Bellilois pouvaient-ils juger cette présence insolite sur les terres. Pour répondre à cette question, il suffit de jeter un œil sur le journal l’Excelsior du 21 août 1912. Ce jour là, Sarah Bernhardt fait la une. L’actrice n’y présentait pas son dernier rôle joué à Paris devant une salle enthousiaste. On la voyait entourée d’une foule souriante lui faisant la fête. Elle était à Belle-Ile-en-Mer parmi ses admirateurs portant canotiers ou coiffes traditionnels. Humbles paysannes ou pêcheurs et petits commerçants ou notables de l’île la considéraient comme une des leurs malgré les gouffre social qui les séparaient.

- en Pierrot assassin...
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« La bonne fée des Bellilois » ne manquaient jamais d’apporter son aide aux plus démunis et compatissait avec les familles qui perdaient un des leurs en mer. En 1912, si les Bellilois la fête c’est pour la remercier d’avoir mis en place et financé une coopérative boulangère en période de famine sur l’île. Une attitude généreuse qui n’étonnait pas ses proches qui l’avait déjà vu se mettre au service des Parisiens en 1870 en abandonnant les planches pour revêtir l’habit d’infirmière. Plus tard, en 1914, trop âgée et handicapée pour se mêler activement à la guerre elle ne cessait de parcourir les lignes de front pour réconforter les Poilus. C’est sans aucun doute cette capacité à s’émouvoir du bonheur comme du malheur des autres et son ambition permanente de jouer avec conviction des rôles au théâtre comme dans la vie qui firent d’elle une personnalité à part dans ce tournant du 19e au 20e siècle.
Faire connaissance avec « l’infatigable »
Aujourd’hui, à la pointe des Poulains, rien n’a réellement changé. Le Conservatoire du Littoral est en charge de la protection du site et doit l’animer de façon à faire vivre la mémoire de la tragédienne. Si le paysage est comme éternellement gravé dans le granite, le fortin a eu besoin d’un aménagement rappelant l’univers rococo du début des années 1900.

- Une reconstitution fidèle...
- Ph : ZigZagthèque
Les nombreuses photographies prises par les amis de Sarah Bernhardt lors des étés de fêtes servirent à reconstituer un décor digne d’elle. Quoi de plus étonnant que cette bâtisse militaire battu par les vents, meublée comme l’appartement d’une « femme du monde » rue de Rivoli ou Place des Vosges à Paris ! Les portraits costumés sur papier jauni, les vêtements en dentelle, les porcelaines fines, les verres en cristal... À cent mètres de là, dans la villa des Cinq parties du monde, une autre scénographie attend le visiteur. Ce lieu autrefois aménagé pour loger les amis de passage est devenu une délirante et fantasmagorique évocation de la vie de Sarah Bernhardt. La voix de Fanny Ardent accompagne le visiteur au milieu d’un capharnaüm de marionnettes géantes et de mises en scène enfantines retraçant la vie de l’âme du lieu vue par les yeux de sa petite-fille Lysiane. Une muséographie qui ne manque pas de culot mais qui laissera sur leur faim les plus rigoureux !

- Le Palais, porte d’entrée de l’île
- Ph : ZigZagthèque
Aujourd’hui, Belle-Ile-en-Mer
C’est la plus grande île bretonne. Elle vit du tourisme et de la présence des propriétaires de maisons secondaires. La population d’environ 5000 habitants est multipliée par 10 à la saison estivale. Sa singularité tient dans sa forte activité agricole. Belle-Ile-en-Mer est peuplée de paysans et de commerçants plus que de pêcheurs. Pourtant, contrairement à Sein ou à Ouessant, Belle-Ile-en-Mer n’est pas dangereuse à approcher en bateau. Mais les maraîchers et les éleveurs ont trouvé là une terre riche et un climat tempéré propices à leurs activités. Il n’est pas rare de rencontrer des Bellilois allergiques à la mer ! Les vaches, elles, paissent tranquillement dans les grands pâturages qui recouvrent l’île. Elles ont pour compagnie des multitudes de mouettes et plus bizarrement des colonies de lapins et de faisans. Compter les faisans vus dans une journée est un jeu qui amuse tout ceux qui découvrent l’île pour la première fois. De faisans en lapins on traverse Belle-Ile-en-Mer...

- La citadelle
- Ph : ZigZagthèque
Le Palais avec ses petits ports de pêche et de plaisance sont calés au pied des remparts de la citadelle Vauban. Un monument militaire qui abrite une magnifique salle de maquettes de voiliers et de d’antiquités de marine. Le musée historique de Belle-Ile-en-Mer occupe une grande partie de la citadelle. On y trouve pêle-mêle une collection de tableaux immortalisant les falaises et les ports de l’île ; des souvenirs des personnalités venues ici pour leurs loisirs ou contre leur gré comme Arletty ou Sarah Bernhardt et Messali Hadj, leader de la résistance algérienne envoyé à Belle-Ile-en-Mer en résidence surveillée et dont le musée conserve une photo et les babouches ! Des remparts de cette citadelle austère, le contraste avec la ville colorée est criant. Les échoppes de vêtements pour marins, les galeries de photographies illustrant les phares bretons et les boutiques de produits gastronomiques de la mer sont légion. L’écluse s’ouvre et se ferme au rythme des voiliers ou bateaux à moteur plaisance qui vont et viennent, le marché quotidien de légumes et de crustacés anime la petite place aux bords des quais, les pêcheurs « du dimanche » équipés comme si ils partaient en expédition à Terre-Neuve, un peintre installant son chevalet sur la digue... tout contribue à donner à Le Palais une sensation de douceur de vivre. Une sensation encore accentuée à Sauzon, au nord de l’île. Ici, on n’est pas loin de la carte postale... le mur rose pastel d’un restaurant sur les quais et le parfum épicé d’une cassolette de Saint-Jacques qui s’échappe d’une fenêtre d’un autre situé un peu plus loin, la tranquillité des amoureux des arts qui déambule de galerie d’art en boutiques d’artisanat... tout est tranquille. Si éloigné du tumulte des vagues qui se fracassent sur les aiguilles de Port Coton peintes par Monet en goguette sur l’île. Un contraste dont madame Sarah Bernhardt venait aussi profiter.





