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« COLOMBIE - Bogota et Paris, deux villes pour un coeur ! »

Andrea Acosta se raconte, en toute liberté.

le 12 juin 2014, par Arnaud Galy

Paris est une école. Elle me fait penser aux auteurs célèbres qui ont basé leur formation artistique sur ce paradis culturel. L’un de plus inspirateurs du monde !


« La vie est un long champ à cultiver. Voyager, c’est y semer la diversité de la Terre. Voyager, c’est l’embellir des couleurs du monde. »

(L. Lesven)


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Andrea Acosta
Ph : Aimablement prêtée par A Acosta

Qui suis-je ? C’est la question que l’on se pose constamment en réflexion sur soi-même et sur notre rôle joué dans ce monde éphémère. Tout ce que je peux vous en dire est mon nom et quelques détails de ma vie. Colombienne, je suis née dans une ville de taille moyenne à 64 kilomètres de la capitale du pays : Bogotá. Je m’appelle Andrea fille unique de parents avocats, je suis professeure de français langue étrangère depuis quelques mois. Cette année, je me suis installée à Bogotá pour déployer tout mon savoir-faire dans le domaine de l’éducation supérieure dans une université, après des années d’études à Bogotá et à Paris. Cette recherche de travail s’est avérée plus compliquée de ce que je pensais. En Colombie, un poste dans l’éducation supérieure demande comme profil presque obligatoire une personne ayant de l’expérience dans le même système. Cela peut être presque impossible, parait-il, si l’on ne nous donne pas une première opportunité évidemment. Toutefois, j’ai finalement réussi à trouver un poste en accord avec mes attentes.

L’adaptation à cette nouvelle expérience a été pour le moins difficile, il faut savoir que Bogotá peut être une ville chaotique et hostile quand on n’a pas l’habitude, enfin plus l’habitude. Apprendre une routine quotidienne au milieu de moyens de transport au bout d’un collapse ce n’est pas très agréable. C’est une ville avec 8 millions d’habitants environ et le trafic catastrophique, voilà un mot qui le décrit parfaitement.

Le plaisir que je prends au jour le jour dans mon travail m’aide à surmonter les petits tracas de cette énorme ville. Au début, j’avais emménagé en collocation avec une vieille copine, mais traverser la ville, tous les jours matin et soir donc quatre heures en tout ne me plaisait pas. Ces quatre heures je les utilise maintenant pour rendre un travail de qualité plus près des sièges de l’université. En plus, je passe mon temps à parcourir le centre-ville où les traces de la colonisation donnent envie de marcher autant que possible.

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Bogota
Ph : Flickr - Tijs Zwinkels

« Le parcours de l’existence est un toboggan lancé, à toute allure qui parfois ralenti on ignore pourquoi »

Journal amoureux [Dominique Rolin]


Actuellement, je travaille au sein d’une institution d’éducation supérieure (1) assez grande en Colombie par le nombre de sièges distribués dans tout le territoire. Son histoire remonte aux années 70, ce qui lui accorde une tradition de 33 ans environ. À Bogotá, il y a à peu près une dizaine de sièges, et dans beaucoup de 32 départements il y a un siège, un établissement conventionné ou des étudiants à distances.

Cependant, ce sont des étudiants qui ne comptent pas avec beaucoup de ressources économiques, disons que c’est une université plutôt accessible à tous même si elle est privée. Cela me rappelle mes jours d’étudiante issue d’un milieu modeste, j’ai décidé de jouer mon sort et tenter l’éducation publique en sachant qu’à Bogotá seulement trois universités sont publiques. L’Université Pédagogique Nationale m’a accueillie en 2003 dans une sélection de 1% par 5000 aspirants semestre. J’y ai trouvé l’une de meilleures du pays dans le domaine de la didactique et de la formation des formateurs. C’était le début de ma carrière dans le monde de l’enseignement des langues. Il faut dire que j’adorais — j’adore toujours — les langues et en 2008 j’ai reçu mon diplôme en tant qu’enseignante d’anglais et de français.

Après des années à rêver de la langue de l’amour et d’imaginer la neige, la Tour Eiffel, les gens et d’aller voir ce à quoi cela ressemblerait, je suis partie avec la première opportunité et sans avoir douté une seconde de ma décision. La France m’a reçue en 2009, un après-midi en fin d’été, petit-matin en Colombie. C’était chaud comme ces jours de fin de septembre qui se veulent toujours en été même si les couleurs de la nature annoncent une rentrée en douceur au bel automne.

Je m’étais fixé le projet de faire mes études de Master puisque ma licence en Langues étrangères méritait forcement une expérience à l’étranger. Au début, c’était seulement le désir d’améliorer mes compétences linguistiques, mais au fur et à mesure Paris me tendait ses bras pour m’envouter et me faire rester quatre ans. J’ai commencé à suivre des cours de langue pour des étrangers, mais dès que j’ai pu j’ai postulé ma candidature pour commencer le Master à la Sorbonne (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3). On m’a proposé de passer un diplôme pour valider quelques cours préalables au Master.

En 2011, je suis finalement entrée au Master en didactique de langues spécifiquement en FLE. Je ne pouvais être moins plongée dans la langue, le métalangage et le langage. Je voulais apprendre cette belle langue, je l’ai fait et sous tous les angles. Quelques-uns que je ne savais même pas existants. La littérature, le théâtre, la musique, la culture, la géopolitique. La francophonie est vraiment entrée dans mes tiroirs lexicaux, eh oui, là où mon cerveau essayait de faire tout rentrer. Ce n’est pas que je ne suis pas « open-mind » mais à cet âge-là ma vision de monde n’était pas aussi consciente de l’existence d’autres mondes. Par monde, je fais référence aux grandes différences culturelles auxquelles je faisais face et qu’aujourd’hui me font penser à un autre monde.

Le FLE s’est transformé peu à peu d’une formation scolaire à un mode de vie. Je profitais mon temps libre à Paris pour faire comme les éponges, j’absorbais tout ce qui m’imprégnait de jour en jour et construisait cette vision. La langue française, la francophonie et le FLE, voici mes mots quotidiens à l’université. Nonobstant, le contexte cosmopolite de cette ville me permettait également d’interagir avec des personnes du monde entier en plus de faciliter mes escapades dans d’autres capitales européennes parfois un peu plus lointaines. Voilà une belle ville pour parler mes trois langues ! Une maternelle, une seconde — l’anglais — et le français qui ne m’est plus étranger. Vivre une langue dans le contexte réel est une expérience très enrichissante. Ce n’est pas impossible de l’apprendre ailleurs. Cependant, être entouré par la langue tous les jours et faire partie de la société qui la parle, accélère le processus considérablement et en tant qu’apprenants étrangers on devient clairement les acteurs sociaux qui prônent les approches didactiques de nous jours. Un autre des aspects positifs de ce type d’immersion c’est le fait de comprendre encore plus l’origine de certaines postures face à la langue, le mode de vie des locuteurs, les gestes et les traces de tout ceci dans le code en lui-même.

Une des choses des plus frappantes et que je n’imaginais pas c’est le pouvoir de la communication non verbale de la langue française. Les gestes et les articulations intentionnelles prennent souvent le dessus dans les échanges communicatifs que ce soit pour exprimer un état d’esprit, une sensation ou pour renforcer son discours. Le souffle d’ennui, par exemple, c’est pour moi l’un des plus comiques et le plus significatif des béquilles que j’ai vues. Au début, toutes ces petites choses que l’on ne repère pas d’un premier regard augmentaient dans ma perception et augmentait ma passion dans la découverte de cette langue. Paris serait ma grande porte ouverte pour ce faire.


« Respirer Paris, cela conserve l’âme »

Victor Hugo


Je ne regrette pas d’avoir choisi Paris. Ou bien, Paris m’a choisi,je ne sais pas, mais c’est sur je ne regretterai jamais Paris. Mes bases linguistiques ont pris forme là-bas et ma curiosité par cette langue m’a amenée à connaître davantage d’autres perspectives de la langue française. Je n’aurais pas mieux choisi la destination pour apprendre, la province à ses avantages et Paris, c’est Paris.

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Gabriel Garcia Marquez, autre amoureux de Paris !
Ph : Flickr - Paul Sedra

Paris est une école. Elle me fait penser aux auteurs célèbres qui ont basé leur formation artistique sur ce paradis culturel. L’un de plus inspirateurs du monde. Des écrivains, des peintres, des sculpteurs, etc. La ville au service de l’art. Même notre plus célèbre écrivain qui vient de décéder y a développé une partie de son génie. Gabriel Garcia Marquez, Nobel de littérature et exilé à plusieurs reprises a vécu à Paris et son réalisme magique à été sûrement influencé par cette ville, qui ne l’a pas été ?

Pendant ces quatre ans je me perdais dans une ville qui était, un livre, comme je l’entendais à la Fac par des profs passionnés par la littérature et par Paris de XVIIIe et XIXe siècles. Une expérience qui a formé mon caractère, modelé ma perception du monde et aujourd’hui me permet d’inviter mes étudiants d’aller vivre telle expérience.

Un premier hiver qui m’a bouleversée. « Un froid de canard » comme dit l’expression. Je n’imaginais point cette sensation ni n’arrêtais de contempler la neige lors de mon premier voyage à la montagne… En France tout était « ma première, mon premier...  » à chaque fois. Des découvertes et des vécus que je garderai dans mon esprit pour toujours. Tous les jours, je trouvais des perles, que ce soit des livres, des peintures, des sculptures, même des musées insolites. Chaque rue racontait une histoire, une façade, un jardin, je n’en finissais jamais. Étant si jeune je profitais des spectacles moins chers, voire gratuits. C’est ainsi que j’alimentais mon esprit avec n’importe quel spectacle de musique, de théâtre, d’opéra dans mon temps libre.


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Le Louvre toujours aussi attractif !
Ph : ZigZagthèque

Sans hésiter, je pouvais passer l’après-midi au Louvre ou des heures à contempler l’architecture dans la rue. Le château de Versailles est toute une expédition. Le marais des recoins amusants à voir. La Seine, un fleuve sans fin et assez romantique de jour comme de nuit. À Paris, il y a toujours quelque chose à faire, même si ce n’est rien faire c’est toujours intéressant, on ne s’ennuie jamais, le temps est en manque.


« Lorsque tu voyages, tu fais une expérience très pratique de l’acte de renaissance. Tu te trouves devant des situations complètement nouvelles, le jour passe plus lentement et, la plupart du temps, tu ne comprends pas la langue que parlent les gens. Exactement comme un enfant qui vient de sortir du ventre de sa mère. Dans ces conditions, tu te mets à accorder beaucoup plus d’importance à ce qui t’entoure parce que ta survie en dépend. Tu deviens plus accessible aux gens, car ils pourront t’aider dans des situations difficiles. Et tu reçois la moindre faveur des Dieux avec une grande allégresse, comme s’il s’agissait d’un épisode dont on doit se souvenir sa vie restante. »

(Paulo Coelho)


Me voici de retour en Colombie, après un voyage qui me laisse beaucoup d’expériences de vie, d’aventures, le plaisir d’avoir parcouru un vieux continent comme on appelle ici l’Europe. La France m’a ouvert les portes pour connaitre ses villes et pouvoir voyager également à d’autres villes européennes et même de vivre l’Americain dream. Bruges, Berne, Genève, Neuchâtel, Amsterdam, Rotterdam, Rome, Venise, Barcelone, New York... Le compte est intéressant. Voilà ce que j’appelle un esprit de voyage, j’adore. C’est une passion qui m’apprend beaucoup de choses. C’est impressionnant à quel point la pensée et les stéréotypes changent ou sont renforcés après un voyage. On acquiert les éléments pour parler avec la connaissance et encore, c’est difficile de tout appréhender même au milieu d’une nouvelle culture, la culture d’autrui. Malgré la subjectivité du regard qu’on construit, ces petites subtilités nous débarrassent de l’ignorance totale.

Quand je parle de ces expériences auprès de mes étudiants, il y a toujours une question qui émerge : pourquoi suis-je rentrée ? La passion avec laquelle je parle de tout ce chemin les rend curieux de mon choix d’être rentrée. J’essaie de m’expliquer et même moi je m’en doute. Je crois que malgré tout, j’avais le mal du pays et mon cœur était toujours avec ma famille et les miens. L’Europe sera toujours là et le moment venu je sauterai sur une opportunité de revenir le plus souvent possible. J’ai clôturé la période de mes études avec succès or je garde l’espoir de repartir bientôt, j’espère.

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Saveurs colombiennes !
Ph : Flickr - David Berkowitz

La Colombie est un autre univers et je commence à m’adapter à nouveau. C’est un style de vie assez simple, on vit au jour le jour. Il faut dire que la gastronomie peut être succulente sans comparer avec la française. Ce n’est pas meilleur, ce n’est pas pire. Elle est différente. Chaque région possède d’innombrables plats typiques très denses et variés, quand l’on est loin de chez soi, ce l’un des aspects qui nous manquent le plus, je pense.

D’autre part, c’est un pays du troisième monde ou en voie de développement comme je l’écoute fréquemment à l’étranger. Grâce à la famille et aux banalités du quotidien, je crois que nous ne voyons pas en tant que personnes identifiées par ces appellatifs. On s’est peut-être habitué, je ne pourrais pas en dire plus. Tout ce que je sais c’est qu’ici on peut être heureux avec le peu d’opportunités et les difficultés que l’on subit constamment. On a appris à «  faire une bonne tête au mauvais temps », évoque le proverbe populaire. C’est pourquoi la Colombie a été élue le pays le plus heureux parmi une cinquantaine de pays dans le monde, et ce, à plusieurs reprises. Je me disais souvent que le style de vie de la Colombie me manquait. Une fois ici j’ai été contrariée par certaines particularités de notre culture. Être en retard, faire les choses sous pression et au dernier moment, cela caractérise un Colombien. Nous n’avons pas d’agenda. Si oui, c’est un cahier pour prendre des notes, des numéros de téléphone ou simplement de répertoire téléphonique. Contrairement aux Européens, nous ne planifions rien qui dépasse un mois. Notre devise est le court terme.

Il m’a fallu une réadaptation à mon pays, à l’immédiateté, à la légèreté d’esprit. Ici on ne se complique guère. Les choses suivent un flux, lent ou rapide, le fait d’y penser ou de planifier longtemps à l’avance ne change rien. Tous ces détails compris et une manière de me prendre moins ferme m’ont permis au fil des jours de retrouver un style de vie en harmonie avec ma culture et oui, à nouveau. J’avoue que le travail en classe est ma passion et toutes ces vicissitudes ne sont que des expériences à surmonter pour gagner en maturité et reprendre conscience du contexte. Je suis pour le professionnalisme malgré des situations difficiles. La salle de classe devient pour moi un espace de catharsis où je suis ce que j’aime.

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Cerro el cable - Bogota
Flickr - DavidPLP

« Sans les mots, la France n’existerait pas. Elle est une construction de mots. La France et les Français se sont rejoints et compris par cette langue qui les constitue et exprime ce qu’ils sont. »

Adieu à la France qui s’en va de Jean-Marie Rouart [Jean-Marie Rouart]


Enseigner le français en Colombie c’est un défi. Les trois quarts d’apprenants le font pour le plaisir. L’anglais étant la langue étrangère obligatoire de tous les établissements scolaires, le français a été toujours la troisième langue plutôt facultative et assez rare au programme. À part les Indiens submergés en montagne ou dans la jungle, nous, les Colombiens sommes monolingues par excellence.

L’apprentissage de l’anglais est exclusivement académique et c’est devenu de plus en plus nécessaire pour les échanges internationaux reflétés dans le monde professionnel qui assure le statut de grandes entreprises nationales. L’anglais selon le Ministère d’Éducation nationale nous permet de jouer un rôle décisif sur la scène mondiale quant à notre développement. Pour vous dévoiler le déséquilibre d’enseignement entre les deux langues, je pourrais vous assurer sans crainte de tomber dans le mensonge que l’anglais est enseigné dans le 100 % des écoles publiques et privées ainsi que dans n’importe quelle faculté universitaire. Les écoles bilingues sont de plus en plus nombreuses et les instituts de langues se multiplient dans le pays. Bien que le français commence à prendre une place, sa popularité ne grandira pas tant que les accords de coopération linguistique, commerciale et politique n’évoluent pas en masse.

Aujourd’hui, la Colombie compte avec trois lycées français agrées par le Ministère, une vingtaine d’Alliances françaises et forcement les instituts de langue qui essaient d’atteindre toutes les langues possibles pour concourir coté commercial, côté qualité peut-être non. Selon le dernier recensement en 2005 la population est de 46 millions d’habitants environ. Pour ce faible nombre d’établissements qui dispensent les cours de français, il est possible d’affirmer que l’enseignement de la langue française n’est pas si répandu. Il y a quelques facultés de pédagogie où l’on apprend à enseigner les langues ou des formations qui demandent l’apprentissage d’une troisième langue. À mon avis, tant que nous n’aurons pas de relations internationales avec les pays francophones le gouvernement ne veillera pas à initier une une politique linguistique.

Même si je fais partie de cette minorité de résistants et d’amoureux de la langue française. C’est mon choix et je continue à croire qu’il y a beaucoup de choses à faire dans le domaine. Enseigner le français m’a permis d’ouvrir le spectre, de penser autrement, de comprendre les autres, ceux qu’on appelle les étrangers. Ici, là-bas, lors de mes voyages. Je comprends mieux. Dans une salle de classe, j’expérimente un besoin, presque une nécessité de faire rêver mes élèves. Ce n’est pas un besoin de les faire partir, mais de les faire voyager à un monde atypique et de vivre de nouvelles expériences. Se créer une image de Paris et de la langue française impossible à trouver en Colombie, un pays monolingue sans oublier les minorités linguistiques indiennes. Cette image ne serait-ce que subjective, je la partage avec mes plus de 200 étudiants pleins de souvenirs et des acquis fruits de mon quotidien en France.

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Bogota
Ph : Flickr - David Berkowitz

L’Amérique latine c’est toute une autre chose. Des différences culturelles que je vois avec chaque question posée en classe. Les étudiants sont curieux à propos des villes, des gens, des transports, des monuments et la question phare « si la langue française est si compliquée d’apprendre ?  » sans oublier les clichés, bien sûr. Au début, et au contraire d’une pensée collective, le niveau A1 est d’une complexité énorme. Submerger les apprenants dans un monde lointain, une nouvelle langue, s’adapter à 35 styles d’apprentissage (mes classes les plus nombreuses), et trouver un point de départ pour commencer cette aventure FLE peut s’avérer délicat.

Pour mieux connaitre ce public, il m’a fallu faire une analyse assez vaste. D’abord, il faut séparer les cibles, il s’agit de deux types de cible. D’un côté, ce sont des étudiants en affaires internationales qui suivent des cours de 1h 45 hebdomadaires par semestre. C’est vrai que ce n’est jamais assez pour un cours de langue et une heure de classe quand les cours se passent le soir et que les apprenants arrivent d’une longue journée de travail parfois est insuffisant. Les autres groupes appartiennent à ce qu’on appelle des cours d’extension. Ce sont des personnes qui veulent suivre des cours de langue avec des horaires plus intensifs intéressées par motivation individuelle. Ces étudiants sont exclusivement encadrés par le Centre de langues de l’université qui dispense également des cours d’anglais, d’italien, de japonais et autres menant à une certification.

Les approches utilisées pour les deux types de cibles sont évidemment différentes. La méthode privilégiée en classe est « VITE 1 » et « VITE 2 ». En rentrant dans la dynamique des classes, je constate tous les jours que le temps est très court. Le temps passe si vite que je n’ai pas le temps de faire tout ce qui m’a été appris. La théorie d’élaboration d’un cours de FLE parfois reste sur le papier. Un échauffement peut prendre une trentaine de minutes ou cinq minutes selon le groupe ou la grammaire inquiète tellement les apprenants que parfois il faut y passer un peu plus de temps de ce qu’on voudrait. Bientôt ce sera la fin du premier semestre de l’année et nous, les professeurs auront l’opportunité de faire des évaluations du processus ainsi que des propositions pour changer et améliorer notre performance et celle des apprenants. J’ai hâte d’avoir le temps de dérouler mes cours en tranquillité. Être contraint par le temps ou par une note c’est souvent agaçant. Il faut couvrir une unité du livre, un sujet de grammaire et préparer les examens toutes les trois semaines. L’apprentissage d’une langue même si c’est une cible captive doit se faire dans le plaisir du partage. Ce sera l’occasion de trouver de nouvelles approches pour surmonter quelques obstacles pendant cette première période. Tous les ressources audiovisuelles et documents que j’aime partager avec mes apprenants je le fais dans une modalité différente. Le laboratoire des langues est l’oasis, j’y trouve toutes les possibilités pour travailler en réseau, pour projeter des vidéos ou modifier l’approche à la grammaire. Internet est devenu de plus en plus une partie clé de mes cours que ce soit au Labo ou à la maison de chaque étudiant.

J’ai créé un blog avec le but de travailler les TICE. Je voulais un moyen de consigner toutes les petites choses qui avaient été à peine survolées le temps du cours. Au fur et à mesure, j’ajoutais quelques révisions pour les examens et actuellement je continue à travailler dessus pour pouvoir compiler toutes les ressources que les apprenants peuvent travailler en autonomie pour combler certains vides. La socialisation en classe me permet de voir ce qui marche et qu’ils préfèrent travailler. Ce site web est un microcontexte franco-français pour l’instant pour plonger les apprenants dans cette langue.

C’est un travail en changement permanent, je vois cet espace comme une page blanche que j’essaie de remplir. Cependant, je trouve que certaines ressources ont une date d’expiration alors hop ! je les change. La page d’accueil est une invitation à connaitre la langue française sous divers angles. La musique, la télévision, le journal et un petit aperçu littéraire de temps en temps sont au rendez-vous. Je cherche aujourd’hui des outils pour travailler la phonétique en autonomie pour proposer dans la rubrique « Phonétique », pour l’instant j’ai trouvé quelques vidéos sur YouTube et je fais emphase en classe. En tant qu’hispanophone, je connais les problèmes de prononciation classiques auxquels moi-même faisais face au quotidien. Le e muet, l’opposition s/z, le e ouvert ou fermé et tous les sons inexistants dans la langue espagnole. Je suis persuadée que ce travail de la langue comme structure ne va pas de soi. La culture, à mon avis, est le passeport des étudiants vers l’apprentissage de la langue. À vrai dire, je vois la culture comme véhicule et fin de cet apprentissage, les étudiants n’apprennent qu’un code. L’apprentissage est l’ensemble des efforts, nous ne travaillons pas un virelangue seulement pour apprendre un nouveau son. Ils en sont curieux sur ce que cela représente. La traduction est un moyen sécurisant, même si en tant que professeurs de langues, nous essayons de passer principalement par la compréhension. Pour illustrer ce propos, je raconte un de mes cours sur une unité thématique portant sur le lexique de la montagne, l’hiver, le ski, etc. Je me suis trouvée dans la difficulté de faire comprendre les concepts de luge et de verglas. Ce sont des concepts presque inexistants ou de l’ordre de l’intraduisible à l’espagnol colombien pour ne pas généraliser. Nous avons quelques chaines de montagnes avec de la neige toutefois les sports d’hiver nous sont méconnus. À part l’escalade, il est difficile de faire passer quelques concepts.

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Dessin : Aimablement prêté par A Acosta

Quand je prépare les cours, il y a même de typologies textuelles dont nous nous passons totalement et je doute l’approche à utiliser. La rédaction d’une carte postale est souvent très utile pour les premiers niveaux par la concision et le contenu du message. Or nous n’utilisons pas ce type de codes pour envoyer des messages, et le but est flou, car l’idée d’envoyer des messages pendant les vacances n’existe pas en tant que telle. Je demande aux étudiants de le faire quand même et les résultats sont plutôt artistiques, alors je me dis que je le proposerai si les objectifs linguistiques et communicatifs me le permettent. Ils sont plusieurs à reproduire la Tour Eiffel, l’Europe et rarement nos merveilles nationales et c’est un bon début pour qu’ils écrivent un paragraphe même si court. On aura bientôt fini le semestre et par la progression en production écrite je commence à voir le changement.

C’est un exercice satisfaisant pour démarrer une production un peu plus longue et en contexte que les phrases. Le détail drôle repose sur le format. Même si j’essaie de montrer le format sur une vraie carte postale et la distribution du contenu j’en reçois des feuilles A4 voire deux feuilles avec le message où les œuvres d’art le permettent.

Pour la Journée des langues, les étudiants ont travaillé par salles selon le projet et la langue. Un pourcentage considérable de mes 14 groupes a présenté un aperçu des pays francophones avec une grande place à la France. Il faut dire que pour les vrais débutants une production orale n’est pas évidente. Avec les niveaux un peu plus avancés, nous avons commencé le visionnage de courts-métrages en classe. C’est un peu plus rapproché du discours parlé, l’oralité n’étant pour l’instant que les enregistrements proposés par la méthode à un tempo lent et à un registre soigné. En raison de ces caractéristiques, j’essaie de varier les documents sonores et audiovisuels ainsi que familiariser les apprenants avec d’autres accents.

Pour terminer le semestre, j’ai invité les apprenants du niveau avancé à une soirée cinéma. Nous avons préparé un piquenique nocturne puisque les cours ont place dans la soirée. De 18 heures à 22 heures, je dispense deux blocs de 2 heures environ. Cette activité était une petite immersion dans la langue appuyée sur le film Amélie Poulain. Comme il y a trois ou quatre groupes, j’ai préparé le même film avec d’objectifs linguistiques différents. Les productions écrites attendues étaient en accord avec chaque niveau. Par exemple un résumé pour les plus avancés qui devaient employer le passé composé, une description des personnages pour ceux qui travaillent la description physique et morale ou bien un commentaire exprimant l’opinion positive ou négative. L’objectif plus général était de faire passer d’une certaine manière un regard diffèrent de la langue. La langue contexte vaut mieux que cent exercices de grammaire. Dans leurs productions écrites, j’ai remarqué que l’époque, les couleurs, les personnages et Paris ont touché quelques fibres auprès des apprenants et leur ont donné une sensation différente. Pour quelques étudiants seulement le fait d’entendre la sonorité de la langue était déjà une belle découverte.

Tous ces petits instants partagés avec eux me réjouissent et me font travailler davantage dans la recherche quotidienne de ressources appropriées pour que l’apprentissage de la langue soit un espace de divertissement et d’ouverture d’esprit.

« La Colombie, le seul risque est de vouloir y rester » Pour terminer ce recueil d’expériences qui me permettent de me présenter et de parler sur le français dans un milieu universitaire, je vous invite à visiter la Colombie. Il ne s’agit pas seulement du chaos de la capitale, mais de toute une diversité de climats, d’activités à faire. Les deux océans, les montagnes, les desserts, la gastronomie, etc. La Colombie est synonyme de richesse en biodiversité et culture. Nous sommes très loin des pays potences du monde toutefois les gens travaillent dur et affrontent avec de l’optimiste les situations aggravées par la corruption.

Quant à Bogotá, c’est une boite de Pandore. Les découvertes sont infinies. Cette ville peut être une grande ville, un peu froid dû à sa hauteur de 2600m. Cependant on se réjouit des vestiges de la colonisation et en même temps de son démarrage industriel et économique par rapport à d’autres capitales d’Amérique du Sud. Le centre historique est l’une des perles de l’architecture de la colonie. Les couleurs et les façades adornées par des balcons fleuris attirent l’attention des touristes, car elles accueillent une trentaine de musées et scénarios culturels. En plus des écoles, des universités et des établissements publics ou privés qui opèrent dans cette localité qu’on appelle La Candelaria. Je vous partage également un peu de la Colombie. Un pays aussi grand que la France, l’Espagne et le Portugal ensemble. Venez gouter un café, le meilleur au monde, au milieu des montagnes ou en ville entourés des personnes chaleureuses qui vous font rêver même dans des situations difficiles. On garde le sourire et l’espoir de devenir un pays développé grâce à l’infinité de ressources naturelles, minérales et surtout humaines qui feront un jour de ce pays un paradis complet ! La Colombie est ma passion, une passion combinée à ma passion pour l’enseignement du français.


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Monserrate / Bogota
Ph : Flickr - Arttesano


Notes :

1) Corporación Unificada Nacional de Educación Superior. www.cun.edu.co

 

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