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« Chopin vu par George Sand »

Extraits de « Histoire de ma vie »

le 1er juillet 2010

De 1838 à 1847, Sand et Chopin ont formé un couple étonnant, parfois détonnant ! Les mots de George Sand décrivant leur année à Majorque au début de leur liaison...

George Sand

EXTRAITS de « Histoire de ma vie »


Le génie de Chopin est le plus profond et le plus plein de sentiments et d’émotions qui ait existé. Il a fait parler à un seul instrument la langue de l’infini ; il a pu souvent résumer en dix lignes qu’un enfant pourrait jouer, des poèmes d’une élégance immense, des drames d’une énergie sans égale. Il n’a jamais eu besoin de grands moyens matériels pour donner le mot de son génie. Il ne lui a fallu ni saxophone ni ophicléides pour remplir l’âme de terreur ; ni orgues d’église, ni voix humaines pour la remplir de foi et d’enthousiasme. Il n’a pas été connu et il ne l’est pas encore de la foule. Il faut de grands progrès de l’art et de l’intelligence pour que ses œuvres deviennent populaires (…) Mozart seul lui est supérieur, parce que Mozart a en plus le calme de la santé, par conséquent la plénitude de la vie.


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La chatreuse de Valldemosa

(Parlant de la chartreuse de Valldemosa)

C’est là qu’il a composé les plus belles de ces courtes pages qu’il intitulait modestement des Préludes. Ce sont des chefs-d’œuvre. Plusieurs présentent à la pensée des visions de moines trépassés et l’audition de chants funèbres qui l’assiégeaient ; d’autres sont mélancoliques et suaves ; ils lui venaient aux heures de soleil et de santé, au bruit du rire des enfants sous le fenêtre, au son lointain des guitares, au chant des oiseaux sous la feuillée humide, à la vue des petites roses pâles épanouies sur la neige. D’autres encore sont d’une tristesse morne, et en vous charmant l’oreille, vous navrent le cœur.


(Parlant des Préludes)

Il y en a un qui lui vint par une soirée de pluie lugubre et qui jette dans l’âme un abattement effroyable. Nous l’avions laissé bien portant ce jour-là, Maurice et moi, pour aller à Palma acheter des objets nécessaires à notre campement. La pluie était venue, les torrents avaient débordé ; nous avions fait trois lieues en six heures pour revenir au milieu de l’inondation, et nous arrivions en pleine nuit, sans chaussures, abandonnés de notre voiturin à travers des dangers inouïs. Nous nous hâtions en vue de l’inquiétude de notre malade. Elle avait été vive, en effet, mais elle s’était figée en une sorte de désespérance tranquille, et il jouait son admirable prélude en pleurant. En nous voyant entrer, il se leva en jetant un grand cri, puis il nous dit d’un air égaré et d’un ton étrange : « ah ! je le savais bien que vous étiez morts ! »

« Quand il eut repris ses esprits et qu’il vit l’état où nous étions, il fut malade du spectacle rétrospectif de nos dangers ; mais il m’avoua ensuite qu’en nous attendant, il avait vu tout cela dans un rêve, et que, ne distinguant plus ce rêve de la réalité, il s’était calmé et comme assoupi en jouant du piano, persuadé qu’il était mort lui-même. Il se voyait, noyé dans un lac ; des gouttes d’eau pesantes, et glacées lui tombaient en mesure sur la poitrine, et quand je lui fis écouter le bruit de ces gouttes d’eau en effet en mesure sur le toit, il nia les avoir entendues. Il se fâcha même de ce que je traduisais par le mot d’harmonie imitative. Il protestait de toutes ses forces, et il avait raison, contre la puérilité de ces imitations pour l’oreille. Son génie était plein de mystérieuses harmonies de la nature, traduites par des équivalents sublimes dans sa pensée musicale et non par une répétition servile de sons extérieurs. Sa composition de ce soir-là était bien pleine de gouttes de pluie qui résonnaient sur les tuiles sonores de la chartreuse, mais elles s’étaient traduites dans son imagination et dans son chant par des larmes tombant du ciel sur son cœur.


(Parlant de ses explorations nocturnes dans la chartreuse)

Au retour de mes explorations nocturnes dans les ruines avec les enfants, je le trouvais à dix heures du soir, pâle devant son piano, les yeux hagards et les cheveux comme dressés sur la tête. Il lui fallait quelques instants pour nous reconnaître. Il faisait ensuite un effort pour rire, et il nous jouait des choses sublimes qu’il venait de composer, ou, pour mieux dire, des idées terribles ou déchirantes qui venaient de s’emparer de lui, comme à son insu, dans cette heure de solitude, de tristesse et d’effroi.

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Sand et Chopin par Delacroix - 1838

Ecrit de Solange, la fille de George Sand

Sous les doigts souples de la petite main pâle et frêle de Chopin , le piano devenait une voix d’archange, un orchestre, une armée, un océan en furie, une création de l’univers, une fin du monde. Quelle majesté divine ! Quelle puissance des éléments, quels cris de désespoir ! Quels chants de triomphe ! Quelle grâce suave, quelle tendresse angélique, quelles infinies tristesse ! Quelle marche funèbre ou triomphale ! Quels rayons de soleil sur les fleurs épanouies, sur les fleuves scintillants, sur la vallée de citronniers embaumés. Quelles larmes au fond du cloître humide ! Quels hennissements impatients du cheval de guerre, quel combats de paladins ! Quelles danses villageoises ou seigneuriales, quels menuets interrompus par le cliquetis des armes ou le canon de la citadelle. Et quelles mélancoliques gouttes de pluie tombant une à une sur les dalles du jardin de la cellule !

P.-S.

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La Chatreuse de Valldemosa - éditions Payot
Auteurs : Bernadette Chovelon et Christian Abbadie

Les extraits sont tirés du livre "La Chartreuse de Valldemosa.

 

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