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« Cinéma - Festival francophone de films courts. Vaulx-en-Velin (France) »

Des images pour des maux

le 27 janvier 2010, par La rédaction de ZigZag

A Vaulx-en-Velin, à l’est de Lyon, le mois de janvier est synonyme de salles obscures et d’ouverture d’esprit. Eteignons la lumière et jetons un regard engagé sur des oeuvres qui ne le sont pas moins !


Un ami est parti

Delphe Kifouani

(Sénégal – 2008 – Fiction – 21’)

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Un ami est parti - Production :GSARA asbl

On est tous l’étranger de quelqu’un. Au beau milieu d’un campus universitaire (Saint-Louis - Sénégal) un jeune congolais s’aperçoit avec un étonnement douloureux qu’un africain à la peau noire peut se sentir étranger dans un campus au Sénégal. Il vient de la brousse et non de la savane ; il est petit trapu et non élancé ; il n’est pas habitué à saluer sans cesse ses congénères alors qu’ici le rite est indiscutable ; les Dieux des uns et des autres n’ont pas les mêmes codes et n’exercent pas les mêmes contraintes... dans ses interrogations qui peuvent sembler anodines d’autres étudiants lui emboitent le pas : comme cette jeune Ivoirienne qui regrette que les Sénégalais ne mangent pas comme elle. Chaque différence, fondamentale ou anecdotique, est source de malaise et d’angoisse. On est tous l’étranger de quelqu’un. Delphe Kifouani pousse son constat au plus profond en interrogeant ce jeune danseur, étranger chez lui, au sein de sa famille qui le délaisse car la danse n’est pas le critère d’appartenance. Et si chacun peut se sentir étranger sur son propre continent, dans son propre pays, dans sa propre famille pourquoi ne pas tenter la grande aventure : l’exil. Comme cet étudiant convaincu qu’il partira pour l’Europe quel qu’en soit le prix ; pas en pirogue car il a promis à sa mère de ne pas succomber à cette folie ; quitte à être un étranger autant l’être jusqu’au bout et là qui sait...


Terre des hommes

Ky Nam le Duc

(Canada – 2009 – Fiction - 23’)

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Terre des hommes - Production : Travelling distribution

Une histoire de libre-arbitre. Il a tout pour attirer l’œil des policiers, une femme et un homme, alors qu’il fait tout pour passer inaperçu. Histoire banale d’un type sans papier, sans soutien, sans moyen mais avec un but : changer de vie en espérant que Montréal soit la ville du renouveau. Mais les « flics » font leur boulot et l’épingle. Il font leur boulot... ni plus, ni moins. On les sent épuisés face à un système qu’ils ne comprennent plus. On est bien loin du Québec souriant des cartes postales et des étendues de paysage aux couleurs chatoyantes. Ici, tout est glauque, c’est l’hiver gris de la vie réelle. Les « flics » sont engoncés dans leurs uniformes, leur bureau est sombre comme un parking souterrain. Derrière une vitre sans teint, le « pauvre type », Mexicain de son état, passe son coup de téléphone légal sous les yeux des « flics » qui sont presque aussi mal à l’aise que lui. Une histoire de libre arbitre. Pour une raison qui ne nous est pas totalement dévoilée, la « femme flic » couverte par son collègue décide qu’une loi, si elle n’est ni juste, ni morale, ne vaut pas d’être appliquée à la lettre. Sachant très bien à quoi s’en tenir concernant son propre avenir dans la police, elle décide d’offrir à l’homme une chance de plus d’atteindre son but et l’aide à s’échapper. Désobéissance civique, conviction personnelle, libre arbitre...


Waramutseho

Bernard Auguste Kouemo Yanghu

(Cameroun – 2009 – Fiction – 23’)

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Waramutsho - Production : Courte échelle prod / Horizon d’Afrique

Comment dire l’inavouable, peut-on avouer l’indicible ? Rwanda, Hutu et Tutsie, Tutsie et Hutu, le pays des mille collines et sa trop célèbre radio... tel est le macabre décor invisible qui hante chaque réplique, chaque regard. Mais le Rwanda et le drame « en direct » qui s’y est abattu en 1994 ne sont jamais présents à l’écran. Seules quelques images de journaux télévisés... bien peu en rapport de l’horreur gravée à jamais dans les mémoires et dans les consciences. Alors, pourquoi ce film ? Pour poser une question qui dépasse le cas rwandais : Comment dire l’inavouable, peut-on avouer l’indicible ? Les deux amis, presque deux frères, partis pour étudier parviendront-ils à se dire, à s’écouter, à accepter. Au pays, leurs familles ont rompu le lien d’amitié et l’une a massacré l’autre. Comment le dire, peut-on le dire ? Et si il fallait une tierce personne pour le faire ? Qui plus est une jeune femme blanche qui l’espace d’un instant vient se mêler de ce qui ne la regarde pas et permet à la vérité d’éclater. Rôle mineur à l’écran, rôle majeur dans le scénario. Presque malgré elle, la jeune femme se fait accoucheur de l’indicible.


Il était une fois l’indépendance

Daouda Coulibaly

(France/Mali – 2008 – Fiction – 21’)

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Il était une fois l’indépendance - Production : Trace visuelle production

L’indépendance, pour quoi faire ? Il n’est pas simple de s’inventer une vie à soi après avoir vécu sous la domination d’un pays colonisateur. Choisir son avenir est-il plus difficile voir plus dangereux que supporter la soumission ? La page blanche qui reste à écrire n’est-elle pas le défi le plus ardu ? Après quelques images et sons d’archive qui ancrent le film dans l’enthousiasmante période des indépendances africaines, le film nous présente un bien curieux couple d’ermites consacrant sa vie à Dieu. Celui-ci, tellement satisfait de la foi de ce duo abrité dans sa caverne, propose à l’homme de réaliser trois vœux. Le messager divin est une marionnette rituelle. Le conte tourne au cauchemar dès lors que l’homme, conseillé par sa femme, prend son destin en main et choisit les termes des vœux. Comme les pays nouvellement libérés, le couple prend sa vie en main et découvre que choisir n’est pas chose aisée et peut même s’avérer redoutable. Ni Dieu, ni la femme, ni l’homme ne sont à l’abri d’une erreur d’aiguillage. Une erreur qui, parfois, conduit le trio à la case départ... L’indépendance pour quoi faire ? Beau sujet de philosophie pour le baccalauréat !


Juste un pitch

Eric Raynaud

(France – 2008 – Fiction – 24’)

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Juste un pitch - Production : Blackfeet pictures

Tout commence par une leçon de bétise : Un mélange d’ignorance et d’un pitoyable sentiment de supériorité. La victime en est Sanjay, un jeune scénariste indien parlant la français avec un raffinement que les policiers de l’aéroport prennent presque pour une provocation. Sanjay est natif de Pondicherry, un pan d’histoire de la France et de l’Inde qui a échappé à ses interlocuteurs ! Plongée dans les sous-sols de l’aéroport, des couloirs obscurs ou s’entassent des russophones du Caucase et tout ceux que la misère pousse en terre promise. Sanjay, lui, n’est pas poussé par la misère. Il vient négocier un scénario, la photo de sa copine prise dans le portefeuille montre une beauté désirable, ses costumes sont mieux taillés que les uniformes... on frôle la caricature et on se dit que le film en fait un peu trop... sauf que, à ce moment là, le film bascule totalement dans la caricature, voire la farce, et que l’effet d’exagération est jubilatoire. Sanjay, en tout bon scénariste « bollywood » émeut son monde en racontant son scénario. Bingo... il gagne un visa de deux ans à condition qu’il accepte de réécrire une partie de son oeuvre selon les recommandations de l’officier qui pleure sur son épaule. Malaise... faut-il rire ou pleurer. Les deux ! Tout commence par une leçon de bétise, tout finit de même, entre les deux une triste réalité vécue chaque jour dans les sous-sols des aéroports d’ici et de là-bas...


Le Cri de la mer

Aïcha Thiam

(Sénégal – 2008 – Fiction – 26’)

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Le cri de la mer - Production : CIRTEF/RTS

Yaye Bayam Diouf habite Thiaroye-sur-Mer, sur la côte sénégalaise. Le rêve, non ? La beauté de l’Atlantique et son horizon d’espoir, les poissons frais débarqués des pirogues, les jeunes hommes longilignes et musculeux qui s’affairent sur le port, les touristes porteurs de devises qui consomment les fruits gorgés de sucre... Le rêve, non ? Sauf que ce rêve, le fils de madame Yaye Bayame Diouf n’en voulait plus, comme 81 compagnons d’infortune. Leur rêve, à eux, c’était les îles des Canaries et l’Europe. Pour un autre horizon, des devises gagnées à envoyer au pays, des pommes et non des mangues ; ils se sont embarqués et ont coulé. Fin de l’histoire, pour eux. Début de l’histoire pour la mère, pour les mères et les épouses. Madame Yaye Bayame Diouf les représente ici. Elle parle, face à la caméra, toute en douceur mais pétrie de convictions. Sa vie est un combat à deux rounds : convaincre les jeunes de rester au pays et de ne pas se mettre en péril pour la quête d’un hypothétique horizon dégagé ; créer au village des activités rémunératrices afin d’aider les veuves et les mères désespérées à nourrir ceux qui restent. Pour cette femme et ses « soeurs » le travail est comme une thérapie de groupe, une thérapie contre les chiffres froids et les absences froides. Contre les effets d’un rêve qui fait tourner les têtes des jeunes hommes longilignes et musculeux. Autour de l’association, 370 jeunes hommes manquent à l’appel...


Nebraska

Valéry Schatz

(France – 2009 – Fiction – 2’)

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Nebraska

Au pays des films courts il en est qui sont vraiment très courts ! Aussi courts que les idées qu’ils exposent sont courtes… Nebraska compte parmi ceux-là. Non pas que le scénario ou le talent du réalisateur soit mis en cause, bien au contraire. Le sujet est en lui-même une courte vue ! Saviez-vous que l’état du Nebraska ,aux USA, permet à des parents ,épuisés par leur rôle quotidien, d’abandonner, en toute simplicité, leur progéniture prête à être adoptée ? Valéry Schatz dénonce avec une concision extrême ce texte que des « hommes de loi » ont pondu, sans doute, avec la satisfaction du devoir accompli. Un couple explique sans détour à son enfant dans une poussette que… voilà, c’est fini, il doit se débrouiller ! 2 minutes d’humour noir… ou plutôt non, 2 minutes de la vraie vie d’un grand pays qu’on dit civilisé !

P.-S.

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La rédaction de ZigZag remercie chaleureusement les organisateurs du festival et Rachida Bouchama pour leur accueil convivial et efficace.

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