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« Cinéma - Festival francophone de films courts. Vaulx-en-Velin (France) »

La francophonie vue par les réalisateurs

le 27 janvier 2010, par La rédaction de ZigZag

A la suite du festival de Vaulx-en-Velin, la rédaction de ZigZag a envoyé trois questions identiques à certains réalisateurs participants. Nous publierons les réponses de chacun dès qu’elles nous parviendront... Parole libre !

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Ky Nam Le Duc

Ky Nam Le Duc - Terre des Hommes

Selon vous, lors d’un festival, quel sens particulier donne le mot « francophone » ?

Le mot francophone désigne toute entité dont la langue parlée est le français. Lors d’un festival de film « francophone », on peut donc s’attendre à ce que les films soient en français ou, du moins, qu’une partie des dialogues de ces films le soit. 

Avez-vous le sentiment que le cinéma francophone appartient au cinéma mondial, sans plus, ou que ce mot « francophone » traduit ou impose une échelle de valeur, un style ou un message spécifiques ?

Le plus grand pays de la francophonie étant la France, on peut s’attendre à ce qu’une manifestation « francophone » soit accompagnée des préjugés et affects qu’on attribue généralement à ce pays et aux Français. Mais parce qu’il n’existe pas réellement de festival « anglophone », on ne peut que constater que la « francophonie » n’existe que parce qu’elle n’a pas pu prévaloir lors de l’ère colonialiste. Sinon, elle serait devenu lingua franca... Personnellement, je ne pense pas que la langue traduise davantage une échelle de valeur que la provenance nationale d’une oeuvre, d’un film. Bien que plusieurs pays utilisent encore le français, je ne pense pas que la réalité française, ivoirienne et québécoise puissent participer à une bouillabaisse « francophone » du simple fait de leur langage commun. Il n’y a pas de cinéma francophone. Il y a un cinéma pour chaque pays, mais au-delà de ça, il y a surtout un cinéma pour chaque continent individuel qu’est l’auteur, le réalisateur, le cinéaste. En ce sens, je trouve Michael Haneke frère de Bruno Dumont, peu importe leurs idiomes. Selon moi, rassembler des films sous l’étiquette « francophone » relève du domaine de la classification alimentaire. Ce n’est qu’une méthode d’archivage arbitraire qui possède autant de style et de message propre à elle que la méthode Dewey de classification des livres.

La francophonie est-elle un obstacle à la diffusion dans le monde ? Cela conduit-il à occuper des niches ? Si oui... l’assumez-vous ou est-ce un problème réel pour votre évolution professionnelle ?

La francophonie n’est pas un obstacle, mais elle n’est pas non plus un catalyseur. À défaut de me répéter, je considère maladroites et vaguement impérialistes toutes les manifestations de la « francophonie », ce commonwealth dont la dernière heure de gloire a sonné plusieurs siècles auparavant. Certainement que dans le futur, une telle communauté aura autant de pertinence culturelle que le regroupement des langues indo-européennes. Les haitiens ont autant de misère à se faire comprendre des québécois que ceux-ci des français ce qui rend la diffusion de ces films « francophones » dans la « francophonie » presque impossible sans la présence de sous-titrage. Il n’y a donc pas de niches à occuper dans la francophonie. Mais cela ne nuit en rien à l’évolution professionnelle d’un cinéaste, dont la matière première n’est pas forcément le langage, comme c’est le cas pour un écrivain. Le cinéma de par sa nature même s’est d’abord affiché comme un médium aphone. Qu’on se souvienne des films muets, de Chaplin, de son efficacité. On observe une tendance à ce retour dans le cinéma mondial (même français), une dérive vers des personnages muets et ténébreux, un élagage des dialogues, un dénudement volontaire, presque pieux. Est-ce la mondialisation d’une angoisse contemporaine, d’un syndrome post-millénaire ? Je ne sais pas parce que je ne suis pas historien, ni critique de cinéma. Je ne suis qu’un cinéaste d’origine vietnamienne qui travaille en québécois en Amérique du Nord et qui espère rejoindre d’autres gens que lui-même, peu importe leur provenance.


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Eric Raynaud

Eric Raynaud - Juste un pitch

Selon vous, lors d’un festival, quel sens particulier donne le mot « francophone » ? 

C’est l’occasion de rencontrer des gens issus du monde francophone, avec chacun leur caractère particulier, mais aussi une forme de communauté d’esprit qui donne au festival un aspect familial qui est très agréable.   Avez-vous le sentiment que le cinéma francophone appartient au cinéma mondial, sans plus, ou que ce mot « francophone » traduit ou impose une échelle de valeur, un style ou un message spécifiques ?

La dimension francophone apporte incontestablement un plus. Elle traduit l’idée du respect des identités culturelles non anglo-saxonnes. C’est également l’occasion d’exprimer des valeurs associées à la France, comme l’égalité, ou plus généralement l’attachement aux valeurs universelles.

La francophonie est-elle un obstacle à la diffusion dans le monde ? Cela conduit-il à occuper des niches ? Si oui... l’assumez-vous ou est-ce un problème réel pour votre évolution professionnelle ? 

Clairement, si on vise un marché mondial, c’est un obstacle. Mais c’est aussi un challenge et une obligation de qualité pour franchir cet obstacle. Cela dit, je pense que le cinéma francophone peut parfaitement survivre à l’intérieur de son propre cadre “naturel” qu’est la francophonie.


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Andreas Fontana

Andreas Fontana – Cotonov Vanished

Selon vous, lors d’un festival, quel sens particulier donne le mot « francophone » ?

À mon sens, cela dépend beaucoup du contexte. Le mot « francophone » acquiert une portée différente qu’il soit assigné à un festival en Suisse, en Belgique ou en France. En Suisse par exemple, la population francophone est minoritaire ; assurer la valeur francophone d’un Festival reviendrait à exclure les autres langues nationales, et donc à affirmer une revendication politique et culturelle forte.

Avez-vous le sentiment que le cinéma francophone appartient au cinéma mondial, sans plus, ou que ce mot « francophone » traduit ou impose une échelle de valeur, un style ou un message spécifiques ?

Est-ce qu’un film expérimental muet tourné à Marseille est un film francophone ? Est-ce que quand Bruno Dumont ou Arnaud Desplechin tournent un film aux États-Unis, ils changent d’échelle de valeur, de style ou de message parce que les acteurs parlent anglais ? D’une certaine manière, je dirais que la francophonie est une communauté d’intérêt qui n’a rien à voir avec le cinéma, même s’il y a des films francophones.

La francophonie est-elle un obstacle à la diffusion dans le monde ? Cela conduit-il à occuper des niches ? Si oui... l’assumez-vous ou est-ce un problème réel pour votre évolution professionnelle ?

Si tous les festivals du monde décidaient de restreindre la compétition des films à une communauté linguistique spécifique, je pense qu’il y aurait un petit problème de cloisonnement… et donc de diffusion. Maintenant, un festival francophone, c’est un peu un festival à thème, et donc c’est une niche, mais ça ne pose pas vraiment problème, à mon sens. Et depuis que les sous-titres existent, nous sommes sauvés pour ce qui concerne la diffusion…

 

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