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« « Công Binh », la longue nuit indochinoise »

Plus qu’un film...

le 7 février 2013, par Nguyen Dac Nhu-Mai

Quel impact ces hommes ont laissé dans la mémoire collective de la jeune génération en France et au Vietnam ? Pourquoi leur cas ne serait-il pas partie intégrante du combat du droit citoyen ?


Le film « Công Binh, la longue nuit indochinoise » de Lâm Lê va certainement impacter sur le cœur des Vietnamiens d’ici et d’ailleurs en général et ceux de la deuxième et troisième génération en particulier.

Il nous semble utile d’apporter quelques observations sur cet intérêt galvanisé par un sujet sombre et oublié de l’histoire des relations entre le Vietnam et la France.

A l’heure, où les deux pays commémorent les 40 ans des Accords de paix sur le Vietnam et l’année croisée, « Công binh » pourrait se transformer en « công bình ». Mais suffit-il de mettre un accent grave sur le -i- pour que ce mot devienne égalité, voire justice ? La magie linguistique du quốc ngữ pourrait-elle faire avancer les mouvances des objectifs de la politique française et de la diplomatie vietnamienne ?

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Lâm Lê
Ph : Aimablement prêtée par Nguyen Dac Nhu-Mai

Lâm Lê et son équipe du tournage souhaitent que le film soit « à la hauteur de la dignité des hommes » qui ont donné à la France toute leur jeunesse et/ou une partie de leur vie, pour venir au secours de la mère patrie. Ces quelques hommes, « rares rescapés » portaient un numéro. Les revoir apparaître au soir de leur vie, à 93, 94, 95, 103 ans, et raconter leur parcours, parfois dans un français impeccable (certains d’entre eux ont appris un métier ou sont intégrés à la vie française en fondant une famille) est très impressionnant. Certains racontent en ironisant sur les détails du voyage du Vietnam à Marseille ou encore l’incompréhension des « chefs militaires », ces colons français plus âpres au vol qu’au partage des aliments en ces temps de guerre. Ils ont eu faim. Ils ont mangé ce qu’ils ont trouvé sur leur passage, à la Libération, des herbes, du pissenlit, des détritus des poubelles.

A ce jour combien sont-ils encore dispersés dans les villages vietnamiens de Nghê An à Thanh Hoa, Ninh Binh en passant par les mégapoles de Hanoi, Hue, Danang et Hochiminhville ? La parution de l’édition bilingue des Travailleurs indochinois requis. Parcours 1939-1952, Editions Danang 2009, par l’historienne Liêm -Khê Luguern, a permis de les sortir de l’oubli. Un travail titanesque et vigilant d’une Vietnamienne de la deuxième génération à la conquête de la vérité historique.

Quel impact ces hommes ont laissé dans la mémoire collective de la jeune génération en France et au Vietnam ? Pourquoi leur cas ne serait-il pas partie intégrante du combat du droit citoyen ? Que pouvons nous faire légalement pour qu’ils soient indemnisés par la France ?

Aucun des quelques 20.000 ouvriers non spécialisés (ONS), venus au total du Vietnam n’a obtenu de pension pour les années travaillées en France durant lesquelles ils touchaient moins du dixième du salaire d’un ouvrier français. Aucun des rapatriés au Vietnam n’a touché de pension. Tous ces ONS ont été recrutés en 1939, la plupart de force par le Ministère (des Colonies) du Travail pour les usines d’armement françaises. Au départ, l’immense majorité ne savait ni lire ni écrire. Ceux d’entre eux qui possédaient quelque rudiment de lecture et d’écriture du quốc ngữ servaient comme interprètes. Partis serrés comme des sardines, malades pendant la traversée du canal de Suez, ils ont fait le voyage dans de pénibles conditions. Cette partie de leur histoire a été largement passée sous silence et que, espérons- le, les divers prix obtenus par le film de Lâm Lê et le soutien des régions Ile-de-France et Provence, Alpes Côte d’Azur, l’Agence nationale pour la cohésion sociale des chances, Le Fonds Images de la diversité -Acsé-CNC… vont permettre de donner de la dignité à ces hommes. Selon Linda Lê, « leur parole vient du plus profond d’eux-mêmes, ils disent ce qui, à un moment de l’histoire de la France, a fait d’eux des proscrits, mais ils le disent sans pathos ».

Cependant, pour quelques uns d’entre eux le destin a été bouleversé car ils ont découvert les paysages haut en couleur de la Provence, les belles forêts, les chevaux de la Camargue. Paysans dans le cœur, quelques uns vont aider les Camarguais à cultiver le riz. Ceux là ont pris racines à Arles et dans les environs. Leurs descendants, enfants de la deuxième génération nés en France, comme Joel Pham et d’autres, vont chercher à suivre les us et coutumes de leurs pères. Une douzaine de ces pères requis ont reçu une médaille à Arles - le 19 novembre 2009, une récompense pour avoir rendu service en plantant le riz en Camargue et en récoltant le sel après la Libération.

Dans ce film, M. Le Van Phu (médaillé à Arles en 2009 et décédé récemment) a rappelé que « L’intégration des travailleurs indochinois à la liste des bénéficiaires du décret de janvier 1974 est donc une décision politique ». La revendication des travailleurs rapatriés a été faite dans les années 80 par MM. Lê Van Phu et Dang Van Long, de l’Union Générale des Vietnamiens de France (UGVF) avec la création d’un Comité de soutien aux anciens travailleurs et tirailleurs Vietnamiens en France, qui a lancé en 1989 un appel public afin de sensibiliser l’opinion à cette question. Le porte parole du Comité était le chirurgien Jean-Michel Krivine. En 1990, le comité a évalué la liste des ONS survivants au Vietnam à 5 ou 600. La revendication initiale était le paiement d’une retraite complémentaire pour ces survivants, estimée à 250 francs par mois soit 3000 francs par personne par an. Militaire ou civil ? Statut indéterminé à ce jour. Le dossier a circulé de service en service du ministère de la solidarité, de la santé et de la protection sociale à la direction de la sécurité sociale au ministère de la défense pour arriver entre les mains du ministère des finances et du budget (ministère Bérégovoy). Depuis 1990 le dossier a continué à circuler entre les mains de MM. Michel Rocard et Michel Charasse. Comme les responsables ne sont plus les mêmes ou mutés dans d’autres ministères, espérons que la France va ouvrir ce dossier à l’occasion de la coopération décentralisée et des 9è Assises à Brest, en juin 2013.

Toujours est-il que le combat de ces « Công binh » est un combat du droit, un combat citoyen et la solidarité à l’égard de ces travailleurs indochinois requis devrait continuer pour que la France les « reconnaisse ». Pas simplement par l’octroi d’une médaille, d’une plaque commémorative, mais leur rendre ce qu’elle leur « devait » en argent bien comptant !.

Ce film se situe entre la chronique politique et la fiction sociale avec les charmes de la communication cinématographique animée par Lâm Lê et sa jeune équipe de tournage.

Nous souhaitons que « Cong Binh, la longue nuit indochinoise » soit un film de combat pour le droit à la dignité. Ainsi, la page de l’histoire entre la France et le Vietnam ne serait plus dissimulée honteusement mais remise à jour dans la mémoire collective non seulement dans les deux pays mais encore dans tous les pays des « droits de l’homme ».

 

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