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« DOMINIQUE LIDAR : FRANCE - LIBAN, la coopération décentralisée comme ouverture sur le monde arabe »

le 4 mars 2012


Dominique Lidar : Maire d’Odos, commune de 3500 hab. dans les Hautes Pyrénée (France), vice président du Grand Tarbes. De formation sciences po et essec, a dirigé des centres de formation professionnelle de 89 à 2005, de même qu’une société d’économie mixte en logement social de 2001 à 2010. Depuis 2010, mène des missions ponctuelles comme consultant pour pour un cabinet international franco-libanais (IBCC group), basé à Paris, Beyrouth et Tunis dans trois domaines d’expertise : la gouvernance territoriale, la formation professionnelle, et l’habitat social.


UN CONTEXTE QUI VALORISE LE LIBAN COMME PORTEUR D’UN MESSAGE UNIVERSEL ET D’UNE GRANDE ACTUALITÉ

Lors de sa visite au Liban en Mai 1997, le Pape Jean Paul II a rappelé que le Liban est plus qu’un pays, un message pour l’orient et l’occident, un message de paix et de réconciliation pour le monde entier.

Il ne faisait là que reprendre ce que pensent les libanais eux-mêmes de leur système de représentation politique si particulier. Les attaques contre le confessionnalisme politique auquel il est le plus souvent assimilé visent plutôt des attitudes politiques qui ne sont rien d’autre que l’expression d’un clientélisme ou d’un esprit factieux se servant du communautarisme religieux pour dissimuler sa vraie nature. Attitudes d’autant plus exacerbées, on l’a vu dans les différentes crises qui ont secoué le Liban, en 1840-1860, 1958, et 1975-1990, que l’État est paralysé et que les ingérences étrangères se font plus pressantes.

Ce système est fondé sur la reconnaissance institutionnelle de chacune des 18 confessions présentes sur le territoire libanais. 12 sont d’origine chrétienne, 5 d’origine musulmane, et 1, presque symbolique en nombre, d’origine israélite. Elles représentent tous les courants religieux qui se sont succédés au cours des siècles, schismes après schismes, et dont la plupart n’ont du leur sauvegarde qu’en se réfugiant dans les montagnes du mont Liban.

Du gouvernorat ottoman, en passant par le mandat français, la première république, jusqu’aux accords de Taëf, fondateurs de la 2ème république en 1990, la représentation politique paritaire, indépendante du nombre, entre les deux grands systèmes de valeurs que sont le christianisme et l’islam est à la base du pacte national qui garantit la traditionnelle convivialité entre chacune des confessions ou famille de pensée.

Loin d’être un archaïsme, cette reconnaissance institutionnalisée du phénomène religieux est un élément de stabilité politique et sociale qui s’exprime dans cette convivialité qui n’est rien d’autre que la capacité à vivre ensemble dans le respect de ses différences et de ses croyances.

Cette approche est éminemment difficile à admettre dans des États qui n’ont pu se constituer qu’en recherchant à tout prix l’homogénéité politique et religieuse. Ce qui est le cas de la plupart des États Nations qui se sont formés notamment en Europe du 17ème au 19ème siècle et qui ont substitué au 20ème siècle la laïcité à leur base religieuse initiale.

Michel Chiha, le philosophe du Pacte National, comme le décrit si bien cet autre grand penseur politique qu’est Michel Eddé, écrivait « Toucher, au Liban, à la représentation politique à base confessionnelle, c’est susciter les associations confessionnelles à base politique ». Ce qui revient à dire que refuser à une famille de pensée toute représentation politique, c’est vider le lieu normal de son expression, notamment le Parlement, d’une partie de sa substance et la transférer dans des lieux qui ne font pas partie du jeu démocratique, les églises ou toute autre assemblée. Ce qui ne veut pas dire non plus qu’une représentation politique équilibrée doive nécessairement se traduire par une représentation administrative et territoriale de même nature faisant fi de toute compétence ou expertise. On ne raisonne pas sur les mêmes plans. Dans un cas, l’absolu, c’est garantir la liberté de penser et de s’exprimer, dans l’autre, l’absolu, c’est l’obligation de respecter l’intérêt général et d’avoir le sens du service public.

En ce sens, de la capacité du Liban à faire vivre son Pacte National dans une région du monde où il est plus courant d’exclure que d’accepter l’Autre, va dépendre aussi la capacité d’un monde globalisé à respecter démocratiquement ses différences et ses cultures et à ne pas glisser imperceptiblement vers la création d’un nombre réduit de nouveaux « impériums » plus ou moins homogènes, à la suite du premier d’entre eux, à savoir les États-Unis.

La guerre d’Irak a été à cet égard un grand révélateur de même que les ondes de choc que ce pays continue toujours à produire. Au moment de la chute du mur de Berlin, on a beaucoup parlé de nouvel ordre mondial. De l’ère de l’affrontement entre deux blocs antagonistes on devait passer à l’ère d’un monde désormais sans Histoire et en voie d’unification. C’est peu de dire qu’il n’en a rien été, et que ce nouvel ordre est en fait largement dominé par une hyper puissance pour laquelle seule compte la sauvegarde de ses intérêts nationaux. Partant du principe que ce qui est bon pour elle est forcément bon pour le reste du monde.

C’est de ce point de vue que l’évolution de la situation politique libanaise et par extension de la traditionnelle question d’Orient doit être suivie avec attention et qu’au-delà de son intérêt économique immédiat l’acte de coopération avec une collectivité territoriale libanaise s’inscrit dans une dynamique qui le dépasse et qui rejoint l’idée qu’on peut avoir du rôle que doivent jouer l’Union Européenne et les autres organisations multilatérales sur la scène planétaire.

Plus une situation est complexe, et c’est le cas avec un monde globalisé, plus les problèmes qu’elle pose sont complexes et nécessitent pour être solutionnés des attitudes politiques empreintes de mesure et de sagacité.

Avec sa complexité multi séculaire, le Liban donne une leçon permanente de gestion d’une société aux multiples visages donnant lieu à autant de clivages parfois étonnants. Cette leçon et la valeur qui s’y attache est fondée sur l’expérience d’atrocités sans nom quand par malheur elle a été oubliée. A l’inverse, quand elle a été largement partagée et bien comprise, elle a donné lieu à un raffinement et à une douceur de vivre, nourris d’échanges et de coopérations, sans égal.


le 04 avril 2012

UNE COOPERATION DÉCENTRALISEE AVEC LE LIBAN, UNE CHANCE A NE PAS LAISSER PASSER.

Le Liban est un petit pays. 10 452 Km2 exactement. Un petit pays très montagneux. Ce qui fait que l’essentiel de ses plus ou moins 4 millions d’habitants se trouve concentré sur le littoral. Et pour tout dire à Beyrouth (40%). Un petit pays compliqué. Toujours au bord de l’effervescence.

LE LIBAN : CHATEAU D’EAU DU MOYEN ORIENT

Le Liban est un petit pays dont les principales richesses sont l’eau et l’histoire. Le Liban n’a pas de pétrole, du moins pas encore, mais c’est assurément le château d’eau du Moyen Orient. On comprend alors sans peine que ses voisins moins bien dotés par la nature s’y intéressent énormément. S’ils le pouvaient, et il leur est arrivé souvent de le pouvoir, ils en contrôleraient les sources. Quand ils ne le peuvent pas, ils essaient de s’arranger autrement. Par des investissements bien ciblés, par exemple. Cette richesse en eau lui donne de gros avantages dans le domaine agricole, bien sûr. Il ne faut pas oublier que le Liban constitue de ce fait une partie de ce qu’on appelle traditionnellement « le croissant fertile ».

Rien d’étonnant donc à ce que le schéma directeur d’aménagement du territoire libanais conçu au tout début du nouveau millénaire fasse du secteur agro alimentaire un secteur stratégique et prioritaire. On est loin ici d’un avenir à la « Monte Carlo » que certains verraient bien pour le Liban en pensant à ses banques et à son secret bancaire ou à ses hôtels luxueux du front de mer de Beyrouth.

Or rien de plus orthodoxe et de plus conservatrice que la Banque du Liban. Au moment des dérégulations à tout vat, la Banque centrale a su résister aux vents « libérateurs » soufflant sur les marchés financiers et conserver toute sa capacité d’intervention, pour ne pas dire sa lucidité, dans le domaine monétaire.

Elle n’agit ainsi pas seulement par l’intermédiaire des taux directeurs, mais également par le contrôle du crédit bancaire. La séparation entre banque de dépôt et banque d’investissement a été préservée et elle a su dissuader les établissements de la place de se laisser piéger par la spéculation sur les produits dérivés. Moyennant quoi, la livre libanaise est une monnaie sûre garantie par un des stocks d’or les plus élevés de la région et son directeur, Riad Salamé, nommé à la fin des années 90, vient d’être sacré une fois de plus meilleur banquier central du Moyen Orient et confirmé à son poste par le gouvernement Mikati constitué en Juillet 2011.

Au Liban, on sait ce que veut dire l’absence d’Etat et bien qu’on soit au pays de la libre entreprise et que les libanais soient très sourcilleux dés que leurs droits individuels leur semblent menacés, on y est unanime, au moins en apparence, pour réclamer la fin du « fromagisme » et une réforme de l’Etat, non pas pour l’amoindrir, mais pour le renforcer.

Le terme de « fromagisme » date de l’époque de ce grand réformateur et ancien commandement en chef de l’armée libanaise qu’a été le président Fouad Chéhab au début des années 60. Il désigne cette propension de la classe politique libanaise à se servir plutôt qu’à servir. Le phénomène n’est donc pas nouveau.

Il n’est pas insignifiant d’ailleurs que la lutte contre le « fromagisme » soit actuellement menée, là aussi au moins en apparence, par le Général Aoun, également ancien commandant en chef de l’armée libanaise, ex-Premier Ministre, chef du Courant Patriotique Libre (CPL), principale composante de la majorité aujourd’hui au pouvoir, le bloc du changement et de la réforme, et membre avec le Hezbollah du mouvement dit du 8 mars.

Pour Georges Corm, ancien ministre des finances du gouvernement El Hoss (1998-2000), essayiste très connu, il est en effet remarquable qu’alors que la plupart des Etats de la région ont fait l’objet de coups de force menés par les militaires, cela n’ait jamais été le cas au Liban et qu’au contraire la haute hiérarchie militaire libanaise se soit toujours montrée très soucieuse de légalisme et de défense de l’intérêt général. Il considère d’ailleurs que c’est dans les moments où elle a été affaiblie par la classe politique traditionnelle que le Liban a vécu ses heures les plus sombres faute d’avoir les moyens de pouvoir s’opposer aux ingérences extérieures et aux actes de terrorisme.

Pour compléter cette illustration de la complexité de la réalité libanaise, il faut revenir sur l’entente entre le CPL et le Hezbollah, entre des chrétiens et des chiites, entre d’anciens résistants à l’occupation syrienne et une milice au service de la Syrie. Notons d’abord que cette entente ne cadre pas avec la théorie du choc des civilisations et qu’elle a de quoi surprendre des esprits habitués à ne voir dans le Hezbollah que des terroristes surarmés jouissant d’une totale impunité et prêts à fondre sur l’Occident.

Cette entente s’explique déjà beaucoup mieux si on veut bien diminuer l’importance du clivage religieux et prendre davantage en compte celui qui sépare les pro-israéliens des anti-israéliens, de loin les plus nombreux. Pour beaucoup de libanais, l’ennemi, c’est Israël. A tel point qu’il est quasiment impossible d’entrer au Liban avec un passeport comportant un visa israélien.

Pour les libanais, Israel c’est plus de 30 ans d’occupation du Sud Liban et une région laissée totalement à l’abandon, ce sont des coups de force périodiques dans les zones frontières, et un blocage insurmontable du règlement de la question palestinienne. Autrement dit, l’insécurité et la précarité. De ce point de vue, le Hezbolllah s’est acquis une certaine légitimité en parvenant en 2006 d’abord à contenir l’offensive israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth puis à la repousser. Notons également qu’à cette occasion, le Hezbollah a bénéficié de l’appui logistique de l’armée libanaise réorganisée par l’ancien commandant en chef et Président de la république, Emile Lahoud, qui en a fait un des piliers de la doctrine définissant ses conditions d’emploi.

Quant aux relations avec la Syrie, elles épousent les contours de l’opposition dans la région des grandes puissances qui s’y affrontent par petits Etats interposés. Dés lors que les Etats-Unis soutiennent sans réserve Israël et que la Russie apporte son soutien à La Syrie dans la reconquête de son influence au Moyen Orient, beaucoup de nationalistes libanais, faute de pouvoir compter sur d’autres forces, sont tentés de se tourner vers la Syrie à partir du moment où celle-ci n’est plus présente de manière effective sur le territoire libanais. Orientation que vient toutefois grandement perturber les soubresauts d’un régime dictatorial aux abois dont la violence de la répression heurte la majorité des libanais et ébranle les alliances les mieux établie.

Tout cela pour dire que l’arbre ne doit pas cacher la forêt et que le libéralisme affiché, de même que le poids du secteur bancaire, ne doit pas effacer une demande forte pour plus d’Etat et une volonté non moins forte d’asseoir le développement économique du pays sur ses avantages stratégiques. Il en est ainsi de l’eau. Sa principale richesse. Il en est également ainsi de son patrimoine archéologique et confessionnel. Son autre richesse.

LE LIBAN : UNE HISTOIRE PLUSIEURS FOIS MILLÉNAIRE

Si le cèdre figure sur le drapeau libanais c’est que sa durée de vie et l’impression d’éternité qu’il dégage sont bien à l’image d’un pays à l’histoire plusieurs fois millénaire et hôte d’une multitude de confessions et de rites, dont certains très antiques et très secrets.

De tout temps, la montagne libanaise a ainsi servi de refuge, ses vallées de voies d’accès vers l’Orient profond, et ses rivages de comptoirs de transbordement vers l’Occident.

Tripoli, Byblos (ou Jbeil), Sidon (ou Saida), Tyr (ou Sour), Cana, Baalbek, autant de noms de cités dont les sonorités sont familières et renvoient aux images d’un passé mythique dont la pensée occidentale s’est inévitablement nourrie. Terre d’invasion et de passage, le Liban a vu se succéder au cours des siècles et des millénaires phéniciens, grecs, assyriens, babyloniens, égyptiens, romains, croisés, arabes, mamelouks, turcs ottomans, français, anglais, et il est très émouvant de voir les stèles commémoratives, dont l’une porte encore la marque de Nabuchodonosor 1er, que chacune des armées d’invasion a laissé à l’entrée de la vallée de Nahr El Kalb à quelques kilomètres au Nord de Beyrouth.

Rien d’étonnant donc à que le Liban soit parsemé de vestiges archéologiques et de monuments anciens, dont certains inscrits comme on peut l’imaginer facilement au patrimoine mondial de l’Unesco. Ces vestiges et ces monuments ajoutés à la beauté des paysages font du pays une destination touristique naturelle. Le schéma directeur de l’aménagement du territoire libanais a donc fait du secteur touristique un secteur aussi stratégique et important pour le développement économique du pays que le secteur agro-alimentaire.

Avant que les troubles en Syrie et leur éventuelle répercussion dans la région ne viennent en perturber la croissance, le nombre de touristes en visite au Liban venait d’ailleurs juste d’atteindre les 2 millions, soit l’équivalent de la moitié de la population, avant de retomber pour 2011 à 1,5 million. C’est dire le potentiel.

Les évènements de Syrie vont-ils se conclure sur une fin heureuse ou dégénérer dans un nouveau conflit régional impliquant Israël et l’Iran ? Difficile de se prononcer maintenant. On peut néanmoins espérer que le pire soit évité. A la différence de périodes antérieures, le Liban n’est en tout cas pas à l’heure actuelle un facteur de risque supplémentaire. Bien au contraire.

Le pays n’est plus occupé par des contingents extérieurs. Ses forces armées assurent discrètement mais efficacement la sécurité du pays. Quant au gouvernement aujourd’hui dirigé par Nagib Mikati, il a su montrer sa capacité à concilier l’inconciliable.

Aussi bien sur la scène intérieure que sur la scène extérieure. On l’a vu avec sa présidence remarquable, justement saluée à ce titre par l’ensemble des corps diplomatiques, du conseil de sécurité de l’ONU pendant les révolutions de Lybie et de Tunisie.

Malgré les critiques virulentes et les dissensions internes, comme il se doit au pays du cèdre. Il en est ainsi parce que l’ensemble de la classe politique est convaincue que la vacance du pouvoir serait la pire des choses, qu’aucun libanais n’a envie de revivre les horreurs de la guerre civile, et que le Liban se sent porteur d’un message universel.


le 04 mars 2012

La coopération décentralisée animée par les collectivités territoriales françaises est très développée au Liban. On y compte, en effet, près d’une trentaine d’actions menées dans tous les domaines de compétence propres à ces collectivités et dans pratiquement tous les cazas*. A cela, il faut ajouter qu’elle s’accompagne, l’un n’allant pas sans l’autre, par de nombreuses implantations d’entreprises françaises, pas loin d’une centaine, et par l’importance des sommes engagées par la France chaque année dans le pays. Rien que pour ce qui la concerne, l’AFD, l’Agence Française pour le Développement y a distribué, ou investi, 1, 125 milliard d’euros au cours des 12 dernières années. A l’échelle du pays, c’est considérable. Or loin de s’atténuer, les risques sont en train de s’y accroître. La crise syrienne est de moins en moins contenue et s’invite chaque jour un peu plus dans les débats internes. De son côté, Israel est tenté de profiter d’une moindre présence des Etats unis sur la scène internationale liée aux prochaines élections présidentielles pour affaiblir l’Iran par une attaque préventive et, en faisant d’une pierre deux coups, en diminuant en même temps les capacités offensives du Hezbollah. Dans ces conditions qui donnent à penser que décidément la région est « impossible », plutôt que de continuer à y investir, ne faudrait-il pas plutôt commencer à se désengager du Liban et à se concentrer sur des régions finalement plus porteuses ? A notre avis, ce serait une grossière erreur.

* : district libanais

LA COOPÉRATION DÉCENTRALISÉE AU SERVICE DU CO-DÉVELOPPEMENT.

A l’origine de toute action réussie de coopération décentralisée, il y a toujours une personne ou un groupe de personnes fortement motivé pour aider un autre groupe de personnes à améliorer ses conditions de vie dans un pays déshérité ou émergent pour lequel ce groupe ou cette personne éprouve une forte attirance. Sans cette motivation et cette attirance qui se traduisent par des liens affectifs réciproques, il est très difficile de lancer et surtout d’entretenir une action de coopération décentralisée.

La coopération décentralisée, c’est ce qui permet aujourd’hui à des collectivités territoriales ou à leur groupement de nouer des relations institutionnelles autonomes avec d’autres collectivités ou autorités locales situées dans des pays en voie de développement ou non. La forme primaire de cette coopération est le traditionnel jumelage. Quand elle a pris un certain essor, elle peut aller jusqu’à la représentation permanente dans le pays de coopération. C’est le cas, notamment, de la région Ile de France au Liban.

Si le fondement de l’acte de coopération est désintéressé, ses conséquences sont éminemment politiques, économiques et sociales. Raison pour laquelle au fil du temps, la France pionnière au niveau européen dans le domaine de la coopération décentralisée s’est progressivement dotée d’un cadre juridique qui l’institutionnalise par les articles L 1115-1 à L 1115-7 du CGCT et en fait un auxiliaire incontesté et reconnu de la diplomatie nationale. C’est ce qu’a rappelé récemment, en mai et juin 2011, le ministre des Affaires étrangères en réponse à des questions écrites de parlementaires qui s’en inquiétaient.

D’abord, réservée à l’échelon régional par la loi de décentralisation du 2 Mars 1982, la coopération décentralisée s’est progressivement élargie à l’ensemble des collectivités territoriales ou à leurs groupements et a vu notamment ses moyens renforcés par les lois du 9 Février 2005, dite Oudin-Santini, et du 2 Février 2007, dite Thiollière. Quant à la réforme des collectivités territoriales prévue par la loi du 16 décembre 2010, finalement, elle ne remet guère en cause les dispositions des lois précédentes.

La loi Oudin-Santini donne désormais la possibilité aux collectivités territoriales ou à leur groupement d’affecter aux actions de décentralisation spécialisées dans les domaines de l’eau, de l’assainissement, ou de l’énergie, jusqu’à 1% de leur budget annexe. Quant à la loi Thiollière, elle en a défini de manière précise le cadre conventionnel et délibératif, tout en lui préservant une grande souplesse liée aux situations d’urgence ou à l’intérêt local. Enfin, les appels à projet réservés à la coopération décentralisée par l’État et l’UE se sont multipliés. Le résultat, c’est aujourd’hui, près de 12 000 actions de coopération internationale menées par 4789 collectivités territoriales françaises en partenariat avec 9939 collectivités ou autorités locales étrangères dans 141 pays.

Une coopération réussie a ainsi d’importantes conséquences sur des plans où s’entrecroisent, voire s’affrontent, de nombreux intérêts. Sur un plan politique, elle se traduit par une remise à plat des perceptions que les uns peuvent avoir des autres. Dans une région comme le Moyen Orient, où il est facile de s’en remettre aux simplifications largement popularisées par la théorie du choc des civilisations, cela peut se traduire par un renversement complet des perspectives et par une nouvelle lecture, plus réaliste, plus complexe aussi, des évènements qui s’y produisent.

Sur un plan économique et social, les effets sont considérables. Ils ne concernent pas seulement le pays ou la région objet de la coopération, mais aussi le pays ou la région qui apporte son assistance. Créer de nouvelles infrastructures, plus performantes, ou mettre en place en place les conditions d’une nouvelle administration, grâce à l’assistance technique et financière qui peut être apportée aux porteurs de projet du pays de coopération, c’est bien évidemment accroître ses capacités à développer ses propres richesses et par voie de conséquence sa capacité à s’intégrer dans le concert des nations.

Pour les territoires qui apportent l’assistance technique et financière, les effets sont non moins importants. Dans une économie mondialisée, aucune activité économique n’est à l’abri d’une autre activité de même nature située à l’autre bout de la planète et plus compétitive.

Dans un tel environnement, si on veut éviter la désertification économique des territoires ou leur hyperspécialisation qu’entraînent le manque de protection réglementaire ou une recherche de compétitivité essentiellement, ou principalement, fondée sur la réduction des coûts sociaux et environnementaux, il faut bien envisager des stratégies territoriales adaptées.

En effet, si une entreprise peut sans état d’âme envisager une délocalisation pour améliorer sa compétitivité et ses rendements, il n’en est pas de même pour une collectivité territoriale.

A tel point, que placées au pied du mur, on a vu des collectivités territoriales faire des sacrifices budgétaires considérables pour garder sur leur territoire des entreprises menacées de disparition. Souvent, malheureusement, en pure perte. Une coopération décentralisée bien comprise peut être un bon moyen d’éviter d’en arriver là et de préserver le potentiel économique d’un territoire.

A partir des liens noués entre collectivités à l’occasion des partenariats crées dans le cadre d’une coopération décentralisée, une meilleure connaissance de ce que chacun peut apporter à l’autre s’instaure en effet quasi spontanément. Cette spontanéité peut de surcroît être dirigée et renforcée si on veille à cibler la région de coopération en fonction des complémentarités régionales et à y développer les missions commerciales conformes aux intérêts bien compris des uns et des autres.

Enfin, en s’inscrivant forcément dans la durée, les mécanismes mis en place sont beaucoup moins lourds à supporter budgétairement qu’une intervention décidée dans l’urgence d’une situation sociale délabrée. Élément qu’il convient de ne pas prendre à la légère dans une période de contraction des budgets publics sauf à se satisfaire des conséquences du délabrement. ( à suivre...)


 

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