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« FRANCE – Luberon : Saveurs, couleurs et conscience à partager ! »

Pour un tourisme intelligent, vert et ocre !

le 18 juin 2013, par Arnaud Galy

Portrait d’un Luberon singulier et attachant qui partage son Histoire, ses charmes et des valeurs universelles. Bien-être assuré !


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Le Mont Ventoux veille sur le Luberon...
Ph : ZigZagthèque

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Gordes, quelle atmosphère !
Ph : ZigZagthèque

Le Luberon est une de ces régions françaises que les célébrités et les personnes fortunées aimeraient se réserver ! Seulement voilà, ce fantasme n’est point réalisable en démocratie ! Tout le monde peut donc profiter des paysages que ne renierait pas Tolkien, des champs de lavandes peuplés de garnisons d’abeilles travailleuses et indispensables, des bienfaits de la cuisine débordante de légumes sucrés marinés à l’huile d’olive et des villages colorés accrochés aux falaises d’ocre. Devant tant de délices visuels ou gustatifs, l’Homme autochtone pourrait se laisser aller à la facilité et vivre de la manne touristique, sans trop se poser de questions embarrassantes. Oui, mais voilà, il se trouve ici de belles personnes pourvues d’une conscience ! Même si le Paradis n’est pas de ce monde,le Luberon s’en approche !

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Asperges de Provence sur le marché d’Apt
ph : ZigZagthèque

C’est le milieu de la matinée à Saignon, village sur les hauteurs d’Apt. Tout en longueur et en langueur monotone il tarde à se réveiller. Qu’elle est loin l’agitation bon enfant qui enrobe le marché d’Apt. Ici, point de melons de Cavaillon odorants ni de tombereaux de cerises fraichement cueillies, encore moins d’étalages de fruits confits ! Dans une ruelle où jamais le soleil ne pénètre, enfin la preuve d’une activité... un parfum de vanille titille les narines. Les futurs clients du salon de thé vont se régaler d’une pâtisserie délicatement aromatisée ! Sur le sol de la ruelle traine un papier jeté ou tombé d’une poche. C’est une invitation à venir à Apt, un soir prochain, pour tout apprendre du fonctionnement des SEL : Système d’échange local. Tout un programme...


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Saignon, loin du tumulte !
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La première personne rencontrée à Saignon est un curieux bonhomme, mal fagoté, qui a tout compris au ¼ d’heure de célébrité cher à Andy Warhol ! Il est installé sur le pas de sa porte, son chien dort sur une chaise longue, un bazar hétéroclite est étendu par terre et sur une table bancale. La scène provoque l’œil du touriste en balade, équipé d’un appareil photo ou d’un téléphone. Et là, surprise ! Une affichette en carton prévient que la prise de photographies est interdite sauf à donner 5€... Mise en scène tragi-comique qui prend l’Autre pour un crétin ! Derrière l’affichette se cache la proposition faite aux Parisiens, aux Chinois et aux Autres d’immortaliser l’image qu’ils se font du plouc villageois. Autrement dit : Vous fantasmez sur l’image d’Épinal d’une France d’autrefois, vieillotte et passéiste, et bien, moi, je vous la vends pour 5€, regardez bien mon installation de type « art contemporain  ». À sourire ou à pleurer... Cerise sur le gâteau, un voisin du bonhomme mal fagoté, ayant vu arriver un dit crétin, fait l’annonce à voix haute : « Prépare-toi, voilà un photographe !  »

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Jean Luc Daneyrolles dans sa « grainothèque »
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La seconde personne rencontrée est l’opposé, tout l’opposé : La générosité et l’engagement sur le long terme, la négation du Warholisme ! Voilà Jean-Luc Danneyrolles et son « potager d’un curieux » ! Curieux mais tellement convaincant. Jean-Luc est un militant qui a de la mémoire et de la suite dans les idées. Que dire de lui sans trop le réduire à des images convenues ? Qu’à 6 ans déjà il voulait être jardinier. Mais attention, pas jardinier du type OGM, chimie et gros tracteurs ! Un jardinier protecteur de la biodiversité, à la limite de la légalité car toujours en lutte contre les industriels de la semence qui veulent s’approprier «  le vivant ». Ce rêve de petit garçon est devenu réalité. Bien qu’ayant suivi des études universitaires en biologie il n’a pas succombé à la folie de l’agriculture intensive qui domine depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Depuis 1985 il est installé ici où il cultive et chérit les légumes et les fleurs de toutes sortes. Rien ne l’agace plus – euphémisme – que voir la diversité des espèces se réduire comme peau de chagrin. Son obsession personnelle, c’est la graine ! Il en est dingue et dans son jardin comme dans sa « grainothèque » on trouve tout ce qui effraie les Monsanto, Pioneer et autres géants de l’uniformisation : de la laitue oreille du diable et de la laitue reine des glaces ; de la tomate zapotek rouge et de la tomate blanche du Québec ; de la courge du Siam et du pastel des teinturiers. Des centaines d’espèces qui traduisent la richesse du vivant et que l’on retrouve dans le livre de chevet de Jean-Luc : «  le Potager d’un curieux » écrit par Auguste Pailleux et Désiré Bois en 1892, période pic de la diversité qui annonçait la fin proche de la société rurale. Mais n’imaginez pas que Jean-Luc soit un nostalgique romantique fantasmant sur une époque qu’il n’a pas connue. Bien au contraire, son projet est résolument tourné vers l’avenir ! Une « maison de la semence » est en gestation pour mieux transmettre le savoir-faire, la connaissance et les 400 sortes de graines amoureusement conservées ici ! Voilà le défi à relever...


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Ugo, de hautes études pour que vive la biodiversité
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La relève, Emily et Braden venus du Canada
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Alors Jean-Luc ouvre ses portes à de jeunes successeurs. Peu à peu son aventure potagère personnelle prend une forme associative, d’autres militants retroussent leurs manches l’espace d’un moment ou sur le long terme. La maisonnette bruisse d’une jeunesse diplômée, consciente, engagée qui ne craint pas de jouer sur la ligne jaune qui sépare la légalité de l’illégalité ! Le paradoxe de ce déséquilibre instable dans lequel vivent les jardiniers curieux de Saignan est que l’INRA est partenaire de certaines actions. Pour pimenter la vie déjà riche de la petite équipe l’Institut a confié 120 espèces de piments « aux curieux » pour une plantation militante ! L’INRA, Institut National de la Recherche Agronomique fricote avec des gens hors la loi ! N’est-ce pas là la confirmation que les lois sur « le vivant » sont d’une stupidité infinie ! Constat confirmé par Jean Luc Daneyrolles dans un texte qu’il a largement semé sur la toile : « Quand les lois violent les femmes et les hommes, la désobéissance civile n’est pas un choix, c’est une détermination naturelle, une obligation non prévue dans l’existence, alors on va continuer à semer et récolter nos graines contre vents et marées, lobbies et répression, on va continuer parce qu’on a pas le choix. »

Jouer collectif contre les intérêts privés de quelques uns est la ligne de conduite de Jean-Luc et de ses jeunes acolytes. Parfois, ce jeu collectif le mène au Maroc, en Tunisie ou au Sénégal afin de rencontrer, écouter, former des paysans et des jardiniers confrontés aux « ukases » des industriels de la semence. N’oublions pas qu’un texte, le Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture (TIRPAA) reconnaît que le paysan a le droit d’échanger, de planter et de replanter les semences qu’il souhaite ! Un traité combattu par l’industrie et peu défendu par bien des états... alors que vive le jardin d’un curieux ! Montons sur les hauteurs de Saignan le découvrir. Pour une poignée d’euros, achetons des graines, plantons les sur nos balcons ou dans nos jardins, participons à la bonne marche du lieu et surtout contribuons à la préservation de la biodiversité !


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Le vignoble vu depuis Gordes
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… œnotourisme en Ventoux

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Un vignoble AOC - appellation origine contrôlé
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La bataille du vin fait rage ! Si de nouveaux pays s’ouvrent à la dégustation, créant ainsi des marchés d’exportation, les pays producteurs sont, eux aussi, de plus en nombreux. Les consommateurs nomades butinent en Italie, au Chili, en Californie, en Australie, en Algérie ou en Moldavie... Si on ajoute les campagnes d’informations sur la santé ou sur la prévention routière et les millions d’euros dépensés en promotion par les fabricants de boissons sucrées à bulles, chacun voit bien que rien n’est simple au pays des vignerons ! Accroître la qualité de la production est certes le premier outil pour conserver la clientèle mais ce n’est pas suffisant. Il faut abattre de nouvelles cartes : l’œnotourisme en est une de choix. Et sur ce plan, les vins de le cave TerraVentoux ont pris une longueur d’avance sur leurs concurrents décrochant en 2013 une place sur le podium du Prix national de l’œnotourisme.


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Mont Ventoux, objectif lune !
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Ici la géographie est reine ! Nous ne sommes plus vraiment en Luberon, plutôt au pays du Ventoux. Cela a son importance à cause des AOC (Appellation d’Origine Contrôlée).

Mont Ventoux... Mont Ventoux... à quoi associez-vous celui qu’on appelle facétieusement, « le mont chauve » ? Au Tour de France, évidemment ! Qui n’a pas en tête ces images de cyclistes en sueur grimpant les derniers lacets du col, bouche ouverte, dans un décor lunaire privé de végétation ? Difficile d’imaginer un vignoble, tout là haut, à 1912 mètres, battu par les vents et la tête dans les nuages. En revanche, au pied, dans la vallée, c’est une toute autre histoire. Là, les vignerons prennent la tête du peloton ! Dans la cour de la cave TerraVentoux ce ne sont pas des vélos de compétition qui attendent les touristes épicuriens. Ce sont des vélos électriques ! Mais aussi, des solex électriques et mieux encore, pour les moins sportifs, une voiture électrique ! Encore faut-il être un brin sportif pour entrer et sortir de la dite voiture mais là n’est pas la question... Ici, la découverte du terroir se fait sur le mode « développement durable », il n’est pas question de sillonner le vignoble en pétaradant joyeusement et en crachant des particules de diesel ! D’autant plus que l’UNESCO a estampillé le Mont Ventoux... réserve de biosphère. Chic, non ?

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Gabriel Valverde, l’œnotourisme comme mission...
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Revenons à la e.voiture, la Renault Twizy : Deux pédales, un bouton marche avant et un bouton marche arrière, un itinéraire cartographié à disposition et roulez ! En silence ! Un silence tellement étonnant que Gabriel Valverde, le responsable de l’œnotourisme à la cave TerraVentoux, insiste sur le fait que personne ne vous entend arriver ! Gare aux cyclistes, aux enfants, aux automobilistes et aux chiens... le silence peut parfois être dangereux ! Comme l’abus de vin. C’est pourquoi une fois parti au volant de la rigolote Twizy, les dégustations proposées n’ont pas pour mission de vous faire virer au rouge !

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TerraVentoux, des vins à l’image de leur terroir
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Une gorgée de blanc au parfum fleuri assis sur le rebord de la fontaine du village de Flassan ; une gorgée rosée dégustée dans le lit d’ocre d’une rivière asséchée depuis les années 30 à cause de l’irrigation des terres ; un soupçon de rouge accompagnant le panier repas débordant de produits locaux : terrines truffées, cerises, fromages, fougasse... La quantité de gorgées de vin est à l’appréciation de chacun ! Cela dit, n’oublions pas que le soleil tape parfois durement sur les crânes et que l’itinéraire couvre une vingtaine de kilomètres de routes sinueuses et secondaires. Elles conduisent au cœur des 700 hectares du vignoble. Un paysage façonné par la polyculture traditionnelle : des cerisiers et des abricotiers à profusion, des chênes truffiers plantées sur de petites parcelles, des vignes alourdies par les grappes de muscat du Ventoux pour les amoureux du raisin de table et, naturellement, les vignes qui appartiennent aux 170 producteurs coopérateurs.

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Renault Twizy... de l’électricité dans le moteur !
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Parfois la Twizy s’emballe et le compteur monte à 45 km/h sans sourciller mais au fond pourquoi aller si vite ? Pourquoi ne pas profiter pleinement du paysage offert, tantôt calcaire tantôt argileux ; tantôt caillouteux tantôt ocré... partout un vent léger balaie les vignes, jamais le violent mistral chanté par Pagnol ne s’abat sur la plaine du Ventoux. Ce vent suffisant pour assécher les vignes, juste ce qu’il faut, permet de n’utiliser qu’à très faible dose les traitements. Ici, on est raisonné, voir biologique ! Comme la Twizy  !


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Gordes, la transparence de la pierre...
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Une identité couleur d’ocre !

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Le sentier des ocres à Roussillon
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La grande aventure de l’ocre en Luberon a commencé il y a 140 millions d’années quand la Provence d’aujourd’hui était immergée. La mer s’est retirée depuis 80 millions d’années laissant un sous-sol aux couleurs lumineuses dont l’homme a su tirer avantage. Exploitable à ciel ouvert ou grâce au creusement de galeries ces filons ont définitivement marqué l’histoire géologique et humaine du Luberon. L’âge d’or industriel de l’ocre est révolu mais le souvenir de Jean Étienne Astier plane encore au dessus du clocher rouge de l’église de Roussillon et des sentiers pédestres qui s’enfoncent dans les anciennes carrières. Lui qui, en 1780, fut le premier fabriquant d’ocre, mettant au point le processus de séparation du sable et de l’ocre. Encore balbutiante, l’économie de l’ocre en pays d’Apt allait exploser, un siècle plus tard, avec l’arrivée du train. En 1880, une vingtaine d’usines exploitaient les filons du massif de 20 km de longueur sur 5 km de largeur. Indispensable à la fabrication du caoutchouc et du linoléum l’ocre connut alors son heure de gloire. Un temps où les hommes travaillaient durement, la peau transpirante teintée de rouge ou de jaune. Il était alors impossible de garder le col de chemise immaculé lors du bal du samedi soir. Une stigmatisation dont les premiers à utiliser l’ocre, les artistes des grottes de Lascaux en Dordogne, par exemple, n’avaient que faire !


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Le sentier des ocres à Roussillon
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Les galeries de la mine de Bruoux
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Mais l’exploitation de l’ocre du Roussillon s’est lentement éteinte. La chimie, les pigments de synthèse et les produits dérivés du pétrole eurent le dernier mot... Les usines fermèrent les unes après les autres à partir de 1940. Transformées en champignonnière comme la mine de Bruoux sur la commune de Gargas ou simplement abandonnées. Aujourd’hui l’ocre pourrait être, seulement, un argument touristique comme un autre. Se balader dans le «  Colorado provençal » à Rustrel, sur le Sentiers des ocres à Roussillon ou dans les impressionnantes galeries souterraines de la mine de Bruoux - débarrassées des champignons mais pas des chauves-souris ! - est magique. À chaque instant les promeneurs sentent le souffle des fées et des gnomes qui peuplent ces endroits et les plus imaginatifs sont effrayés à l’idée qu’un Apache leur demande de présenter un passeport ! D’autres, plus sensibles, entendent les bruits réguliers du pas des ânes qui transportaient les blocs de sable et d’ocre mêlés et celui des pioches frappant les falaises. Mais le tourisme n’est pas tout... il ne suffit pas de créer un parking à voitures à proximité d’une ancienne carrière d’ocre, de fixer un droit d’entrée et gérer l’endroit pour que « ce tourisme » soit de qualité ! Une plus-value est demandée, exigée même, par le dit touriste. Et c’est ce qu’ont compris les animateurs du Conservatoire des Ocres de Roussillon, installé dans une ancienne usine de transformation, appelée l’usine Mathieu.


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Conservatoire des ocres, une lumière si envoûtante !
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Conservatoire des ocres, tout pour la transmission du savoir...
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L’idée est simple, en apparence : Le Conservatoire des ocres est une entreprise qui s’inscrit dans un mouvement joliment utopique, celui de l’économie solidaire à vocation culturelle. « Économie solidaire », presque un oxymore ! Pourtant, ici, tout le monde y croit et les douze salariés ne cessent d’apporter la preuve qu’une telle initiative à l’avenir devant elle. Certains assurent les visites commentées de l’ancienne usine, histoire de décortiquer, pour le plus grand nombre, l’aventure industrielle, technologique et humaine générée par l’ocre ; d’autres animent la boutique où l’on trouve la littérature pertinente pour se former à l’art d’utiliser les ocres et les pigments dans la décoration et l’aménagement de son habitat. Boutique où l’on peut acheter les pigments venus du Luberon, de Chypre ou d’Italie... ; les derniers, plus cachés, assurent des formations aussi diversifiés que « création d’ambiance colorée », « esthétique et psychologie de la couleur », « techniques à l’eau des maîtres anciens », dorure à la feuille d’or » ou « enduits décoratifs à la chaux  »... au delà de l’ocre, le Conservatoire s’attache à informer et former les publics à tout ce qui touche à la couleur et la lumière. Quelle belle mission !


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Roussillon, le village au coeur d’ocre !
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Voir en ligne : Carnet d’adresses pour réussir votre séjour en Luberon

P.-S.

Faut-il encore une photographie pour vous donner l’envie de "Luberonner !?

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Gordes plonge sur le vignoble du Luberon !
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