Il était une fois une terre de rencontres et de partenariat de Lorient à l’Orient-extrême dans le contexte du développement durable et solidaire de la mondialisation.
Au cœur de la Bretagne sud, les mots Degemer mat e Bro an Oriant convergent vers l’hybridation de Sinh sản tàn tật tại Việt Nam (Naissances et handicap au Vietnam). Ces mots ont pris une connotation humaine pour être la passerelle entre deux nations, la France et le Vietnam et le corps médical du département du Morbihan et des provinces de Khánh Hòa et Kien Giang et du Centre Hospitalier de Bretagne-sud (Lorient) et de la Maternité Phu San Tu Du (HCMV), à l’initiative de l’APPEL.
Il nous est agréable de retenir de ce mois de mai 2011 à Lorient quelques évènements en particulier consacrés à l’Histoire (10/05), à la Coopération Santé France-Vietnam, à la musique traditionnelle vietnamienne ((12/05), à la Rencontre régionale et aux Identités plurielles, métissage et création (13/05) et à la Fête de la Bretagne (14-15/05).
Histoire, géographie, économie et stratégie politique
Du point de vue historique, la genèse du pays, les différents jalons, les guerres et les perspectives économiques, scientifiques et politiques ont été remarquablement retracés par Daniel Hémery dans Les Vietnamiens dans l’histoire de 1558 à 2011. La structuration de la nation, le tournant de la colonisation française après Điện Biên Phủ (1954), la guerre du Vietnam versus les Etats-Unis d’Amérique, la réunification du pays (1976) et la reconstruction depuis les années 80 d’ouverture (Đổi Mới au 6è congrès du PCV de 1986) sont les périodes les plus importantes à souligner. Si les Vietnamiens ont subi une influence chinoise de dix siècles, il faut signaler l’impact et le rejet de la civilisation de l’Empire du Milieu à travers les écrits, la presse et les médias aussi bien au Vietnam qu’à l’étranger. La langue nationale est le Quốc ngữ et il est à noter les langues et dialectes parlées par les 54 minorités habitant le pays.
Du point de vue géographique, la carte indique que c’est un pays d’Asie du Sud-Est, entouré à l’ouest par le Laos et le Cambodge et au nord par la Chine. Il a la forme d’un S étiré et est constitué de trois grandes régions, au Nord, Bắc Bộ avec comme villes principales Hanoi et Haiphong ; au centre, Trung Bộ avec Huê et Da Nang ; au sud, Nam Bộ avec Hô-Chi-Minh-Ville (Saigon). Les guerres versus la France et les Etats-Unis d’Amérique ont beaucoup détruit faune et flore. L’écocide impacté par l’agent orange/dioxine déversé par l’aviation américaine (1961-1971) a laissé un environnement géographique pollué à reconstruire.
Du point de vue économique, depuis l’année 2000, un décollage économique a pris forme puisque le taux de croissance réel du PIB passe de 4,7 % en 2001 à 7,8 % en 2007, même s’il est redescendu à 5,3 % en 2009 à cause de la crise économique mondiale, est remonté en 2010 à 6,8%. L’agriculture engendre 51,8% des emplois totaux. Le secteur des services en occupe 32,7% et celui de l’industrie 15.4% (2009). Les deltas au nord et au sud cultivent surtout le riz. Produit de base alimentaire, il est aussi un produit d’exportation, le Viêt Nam devenant le deuxième exportateur mondial de riz après la Thailande. Les ressources minières et l’industrie lourde se concentrent vers le Nord. Le principal produit d’exportation, le pétrole, représente 20 % des revenus du commerce extérieur, principalement grâce au gisement de pétrole au large de Vung Tau. Un quart de pétrole importé aux Etats-Unis d’Amérique proviendrait du Vietnam ce qui pourrait expliquer son importante position dans cette région, aussi bien économique que stratégique.
Du point de vue stratégique, le Viêt Nam fait partie de la Coopération Économique Asie Pacifique (APEC) ainsi que de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis le 11 janvier 2007. Il est membre de l’Association des Nations du Sud-Est asiatique (ANASE en français) que l’on désigne plus souvent par le sigle anglais d’ASEAN (Association of Southeast Asian Nations). Cet organisme créé en 1967 par cinq États de la région, regroupe dix pays de l’Asie du Sud-Est, outre les États fondateurs (Indonésie, Malaysia, Philippines, Singapour et Thaïlande), il compte également Brunéi (1984), le Vietnam (1995), la Birmanie, le Laos (1997) et le Cambodge (1999).
L’objectif du mois de mai 2011 à Lorient a été de présenter de nouvelles ententes de coopération entre la Bretagne et les provinces de Khánh Hoà et de Kiên Giang.

- Claudie Moysan et Thuy Trang...
- Ph : aimablement prêtée par les organisateurs
Coopération décentralisée Santé France-Vietnam
Ce colloque national organisé par la Fédération Hospitalière de France (FHF), le CHBS-Lorient et l’APPEL avec le soutien de l’Agence Française de Développement (Ministère des Affaires Etrangères), la ville de Lorient et l’Ambassade du Vietnam en France, a réuni les acteurs du terrain et les « financiers officiels ». Cette réunion fait suite aux échanges de la rencontre de Paris du 13 octobre 2008 au siège de la FHF pendant laquelle a été fait un état des lieux de la coopération hospitalière entre les deux pays. Le colloque est divisé en 2 parties, l’actualité de la coopération France-Vietnam dans le domaine de la santé (le matin) et vers des réseaux de compétences Hôpitaux, collectivités territoriales et ONG (après-midi). L’actualité de la coopération France-Vietnam dans le domaine de la santé a été présentée par le panorama de la coopération avec le Vietnam (Ministère des Affaires Etrangères, Agence Française de Développement et Ecole des hautes Etudes en santé Publique). Le médecin responsable de la délégation vietnamienne a fait un bilan des réalisations des équipes françaises travaillant à HCMV (hôpital Tu Du) en néonatologie, au service d’imagerie et les différentes missions de « Suivi de l’enfant fragile » et des techniques en médecine périnatale. Il a aussi souligné les performances réalisées dans les centres d’enfants déficients sensoriels au Centre Nguyễn Đinh Chiểu (HCMV) des enfants malvoyants dans le cadre du programme « Naissances et handicap ». Par ailleurs, la formation médicale, la psychomotricité chez l’enfant et les stages du département d’obstétrique à Khanh Hoà ont été fortement soulignés. Concernant le point de vue des acteurs du terrain, nous avons écouté l’après-midi, les expériences morbihannaise (CHCS APPEL CG56) du réseau hospitalier Sud-Est Asiatique (REHASE), de l’ADCV de Limoges et le programme « eau et santé ». Avec un cofinancement du département du Morbihan, l’APPEL coordonne l’équipement en un système performant d’eau propre de neuf dispensaires dans le district de Khánh Vinh, sous l’autorité du Service de la Santé (Sỡ Y Tế).
Par ailleurs, à titre d’exemple, les récents efforts menés par le Vietnam dans le domaine de la lutte contre le SIDA sont essentiellement financés par la coopération internationale à la manière du programme ESTHER porté par la France. Cette aide va s’estomper avec la progression du niveau de vie de la population. Le Vietnam devra continuer la construction de son système de santé en s’appuyant à la fois sur les administrations publiques et les investisseurs privés car malgré des progrès rapides, les infrastructures hospitalières et les compétences du personnel médical sur place ne permettent pas encore de couvrir l’ensemble des besoins. Le pays fait très largement appel aux bailleurs de fonds internationaux pour financer le développement du secteur médical. La France est à ce titre un partenaire de longue date.
Rencontre régionale : Vers de nouvelles coopération entre la Bretagne et le Vietnam.
Suite aux 8è Assises de Haiphong en novembre 2010 et en prélude aux 9è Assises de la coopération décentralisée France-Vietnam à Brest en 2013, cette rencontre se propose une réflexion régionale et multidisciplinaire sur de nouvelles pistes de coopération entre la Bretagne et les provinces du Vietnam. Invitant l’ensemble des acteurs bretons de cette coopération, cette réunion inaugure la « Fête de la Bretagne » à Lorient et s’inscrit dans la journée « Echanges, métissages, création et identité culturelle ». Le tour de table de la rencontre régionale a permis de savoir « qui fait quoi au Vietnam ». Cependant, il semble que les énergies humaines s’épuisent ainsi que le financement dans les projets à long terme.
Coopérant avec un partenaire lointain dont les liens affectifs et professionnels perdurent, il est à souhaiter que les Bretons et l’ensemble des partenaires de la coopération décentralisée se penchent aussi sur la santé des « victimes de l’Agent orange/ dioxine » et soutiennent leur combat dans les 28 points chauds à décontaminer et en particulier dans les provinces du centre (Nghệ An et Khánh Hòa). Ces victimes avec l’Association pour les Victimes de l’Agent orange/dioxine (VAVA) continuent de lutter contre l’impunité des Etats-Unis d’Amérique et des 37entreprises américaines productrices de la dioxine (dont Monsanto et Dow Chemical) et demandent que ces pollueurs deviennent payeurs.
Musique et Théâtre
Musique du Vietnam avec l’Ecole de Musique et de danse de Lorient (EMDL) Les enseignants et les élèves de l’EMDL proposent une série de rencontres musicales de grande qualité sur fond sonore d’échange et de métissage. Ainsi, la musique vietnamienne traditionnelle a été présentée par M. Tran Quang Hai avec des gambardes en métal et en bambou, des cuillères et divers instruments traditionnels. Il entreprend de retracer les grandes lignes de l’histoire de la musique traditionnelle, de compléter l’étude descriptive des instruments par des observations personnelles des systèmes modaux utilisés ainsi que les systèmes de notation musicale, le rythme, la mélodie, l’harmonie et le contrepoint. Ensuite un concert et des berceuses chantées au nord, au centre et au sud ont permis de mettre en pratique les démonstrations énumérées.
Quant au théâtre, la pièce « la Tonkinoise de l’Ile de Groix » écrite et interprétée par l’auteure Dominique Rolland, accompagnée de la musique de Tran Quang Hai et des interprétations graphiques de Clément Baloup et Eban, également eurasiens avec la mise en espace par Karine Saporta, est une traduction scénique de l’ouvrage du même nom. La pièce raconte l’histoire du métissage en Indochine, croisant la biographie de l’auteure et la figure d’Hélène Barisy. C’est la première métisse franco-vietnamienne connue, fille de Laurent-Estienne Barisy, originaire de Groix et épouse de Jean Baptiste Chaigneau, Lorientais, tous deux mandarins français à la cour de Gia Long, empereur de Cochinchine.
Identité plurielles, métissage et création
Dans le prolongement de la pièce de théâtre, une table ronde a abordé la question des identités plurielles contemporaines, issues du brassage des populations et de la façon dont celui-ci sert de ferment à l’activité artistique. Une discussion animée a eu lieu autour du métis qui s’assume ou de celui qui vit dans l’humiliation voire la honte. Or, le métis désigne le mélange de deux races distinctes. Tandis que le métissage est une idée du XIXe siècle, dont les équivalents en anglais sont celles d’hybridité (hybridity) et de créolisation (creolisation) annonce le mélange des sangs du point de vue racial. Puis la notion de métissage est devenue un concept de mercatique intellectuel, culturel et commercial employé dans le monde des arts, de la mode à la littérature en passant par les arts plastiques, la musique et le spectacle. Il désigne quelque chose comme le libre mélange des genres, mais aussi sur fond de panachage des couleurs de peau. En conséquence, le métissage ne se pense qu’en terme racial, objectif ou subjectif (classification arbitraire basé sur des différences raciales).
Dans le contexte du métis au Vietnam, nous le désignons par le terme « eurasien » (union entre race européenne et asiatique). Les deux guerres au Vietnam ont laissé un impact humain avec l’existence d’enfants nés de mère vietnamienne et de père français ou américain (blanc et noir). Ensuite, ces enfants sont abandonnés par leurs géniteurs pour des raisons de convenance personnelle ou de départ précipité du père, ou décédé à la guerre. Ces eurasiens au Vietnam vivent difficilement leur métissage s’ils ne sont pas intégrés et acceptés par la société vietnamienne. La presse et les médias peuvent présenter un vécu différent tel qu’il existe deux sortes d’eurasiens - les vrais, ceux nés d’un père français et d’une mère vietnamienne) et vice-versa, - les faux, ceux dont le père (militaire français) donnait son nom à l’enfant (reconnaissance sans lien de sang), moyennant argent, ce qui permettait à l’enfant d’obtenir la nationalité française. On les appelait les « eurasiens de rizière ». Ils n’ont de français que le nom. Cette parenthèse mise à part, le problème qui pourrait se poser serait celui de l’intégration et le problème de langue et us et coutumes. En France, les eurasiens en général et les enfants adoptifs en particulier, dépendant de leur environnement affectif noient leur différence physique grâce à la tolérance ou à l’acceptation de l’autre. Cependant, il existe aussi des mots qui conduisent aux maux tels batard, trois fois rien, espèce de chinois… lancés pour blesser ou abaisser l’individu en face de soi.
Fête de la Bretagne, déambulation dans les rues de Lorient avec les étudiants de l’Association des Etudiants Vietnamiens de Nantes (AEVN).
La troupe artistique des étudiants de l’AEVN a présenté aux sons de tambour et d’instruments traditionnels, les danses des minorités, de la licorne et des danses folkloriques. Dans les rues, les costumes, la jeunesse, la joie et surtout les prestations de jeunes « intellectuels » alliant savoir et folklore ont charmé la population. Sur le parvis du grand théâtre, le défilé des áo dài a été une occasion exceptionnelle pour les Lorientais de découvrir cet aspect du Vietnam contemporain.
Et pendant tout le mois de Mai 2011, la petite enfance, la gastronomie, le cinéma, l’éducation, l’hommage à la communauté vietnamienne du pays de Lorient, les travailleurs requis « Lính Thợ », le tourisme, l’économie, les mutations climatiques et l’épuisement des ressources du littoral breton au delta du Mékong ont été les thèmes abordés.
3500 billets de tombola vendus au prix de 2 euros pour financer les manifestations dont les bénéfices seront versés à l’APPEL dans le cadre du programme médical « Naissances et handicap ».
Avec l’APPEL, les aspects médicaux, scientifiques, économiques et culturels matérialiseront autant d’enjeux pour de nouvelles coopérations décentralisées entre la Bretagne et des provinces du Vietnam dans le contexte du développement durable et solidaire de la mondialisation.

- L’équipe AEVN
- Ph : aimablement prêtée par les organisations
ZigZag et Nguyen Dac Nhu-Mai remercient le Dr Tréguier pour sa participation à l’écriture de ce texte...
Dr Gildas Tréguier
Pédiatre
Président de L’APPEL à Lorient
Coordonnateur médical des partenariats entre le CHBS-Lorient et l’hôpital Tu Du à HCM-ville
Reponsable de « Mai 2011, le Viet Nam à Lorient »





