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« FRANCOPHONIE / SENEGAL - Sommet de Dakar, retour ! »

Un carnet d’impressions zigzaguesque, par Marie-Anne O’Reilly.

le 14 janvier 2015

Me voilà donc au Village de la Francophonie, pratiquement désert en ce vendredi matin, fraîchement débarquée dans la capitale sénégalaise pendant la nuit, les yeux encore bouffis par le décalage horaire. C’est là que je reprends contact avec le Sénégal, après plus d’un an d’absence.

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Dakar, nuit tombante...
Ph : Arnaud Galy - ZigZag
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Marie-Anne O’Reilly
Ph : Aimablement prêtée par l’auteure

Et si l’on commençait par les retrouvailles…

Je suis arrivée à Dakar peut-être aussi désorganisée que le Sommet lui-même, mal informée, mal préparée, ne sachant pas trop sur quoi j’allais écrire. Difficile en effet de trouver quelque part une programmation complète des activités se déroulant dans le cadre du XVe Sommet de la Francophonie. Il fallait compter sur les contacts une fois sur place pour en avoir une meilleure idée et saisir véritablement le pouls de l’événement.

Car en marge de l’événement officiel qui réunissait les chefs d’État, au-delà des discussions institutionnelles et politiques qui allaient décider des axes d’orientation pour les prochaines années, je m’intéressais pour ma part à cette autre Francophonie, celle qui fait partie de la vie des gens au quotidien et qui est bien vivante au-delà des décisions qui sont prises au Sommet. Hors de la politique, de quoi était fait l’espace francophone, qui était présent à Dakar et pourquoi ? Quel avenir pour la Francophonie ? Qu’est-ce qui la portait et vers où elle allait ?

Me voilà donc au Village de la Francophonie, pratiquement désert en ce vendredi matin, fraîchement débarquée dans la capitale sénégalaise pendant la nuit, les yeux encore bouffis par le décalage horaire. C’est là que je reprends contact avec le Sénégal, après plus d’un an d’absence. Depuis mon premier séjour en 2011, Dakar est mon chez-moi. Fébrile, je retrouve des amis, des collègues, que j’ai connus par le biais de la Francophonie. Émue, je dois dire, devant tous ces visages que je revois en une seule matinée… Mais de sujets d’articles, il n’y a pas encore traces.

Je n’allais tout de même pas écrire sur mes retrouvailles, sur toutes ces rencontres qui remplissaient mon horaire depuis le matin. Ça ne fait pas très sérieux, et qui est-ce que cela intéresse de toute façon… Et puis si, pourquoi pas ? Pourquoi ne pas écrire sur ces retrouvailles francophones qui ont marqué mon retour à Dakar ? Au risque de faire dans le cliché. Car c’est aussi cela la Francophonie, une grande famille, à laquelle on se sent très liés. Plus qu’une langue en partage, ce sont aussi des valeurs qui nous rapprochent tous et qui créent ce sentiment d’appartenance.

Alors oui, commençons par là pour écrire, sur ce sentiment d’appartenance qui nous unit à la Francophonie. Sur cette conviction qui nous anime. Sur ces liens qui se tissent à travers la langue française et les ponts qui se créent d’une culture à l’autre, d’un pays à l’autre. C’est avant tout cela que je retrouve en cette première journée au Village de la Francophonie. Depuis mon retour au Québec, c’est ce qui m’avait le plus manqué, ce partage, cet échange, cette rencontre avec l’autre. Revoir des gens avec qui j’avais partagé tout cela, mais aussi faire de nouvelles rencontres, tout aussi enrichissantes. Le Sommet devient ainsi un prétexte pour nous rassembler, échanger, se rappeler pourquoi on y croit. C’est finalement là que se trouve la réelle importance de cet événement, permettre à la Francophonie de se connaître et de se forger, petit à petit, pour qu’elle continue à grandir et à rayonner un peu partout sur la planète. Devant le déploiement d’envergure du Sommet, la parade des chefs d’État, les grands discours, les dépenses exorbitantes, on oublie que ce qui fait la véritable Francophonie, ce sont toutes ces manifestations parallèles, ces gens comme vous et moi, qui font vivre notre langue à tous et qui la bâtissent, de projet en projet, de conviction en conviction.

Je cherchais ce qui faisait la Francophonie, mais j’avais oublié que j’en faisais partie, avec tous ceux que j’avais retrouvés depuis le matin.


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Beaucoup d’enfants, peu d’adultes avant que les chefs d’état n’apparaissent.
Ph : Arnaud Galy - ZigZag

Une jeunesse en mouvement

L’esprit qui se réveille enfin, je sors peu à peu des vapes de mon voyage. Je m’engouffre dans la salle pour assister à la conférence sur la jeunesse francophone. Nous sommes nombreux, quelques anciens volontaires de la Francophonie, comme moi, ainsi que tous les nouveaux de la promotion 2014-2015, les premiers venus partager leur expérience, les seconds sur le point de terminer leur formation avant départ, à la veille de prendre fonction dans leurs pays de mission.

Il m’apparaissait évident tout à coup que mon sujet était devant moi, alors que je le cherchais depuis plusieurs semaines avant mon départ. La Francophonie que je croise au Sommet est définitivement jeune. Jusqu’aux écoliers qui visitent les kiosques, seuls visiteurs du Village de la Francophonie pendant la journée.

On le dit depuis plusieurs années, comme un refrain qu’on répète inlassablement sans vraiment s’attarder aux paroles. Mais ce n’est qu’une fois sur place que l’on peut vraiment le constater, la jeunesse est bien présente et devient une entité réelle, concrète, pas simplement des chiffres sur le papier. Alors c’est décidé, j’écris sur cette jeunesse que j’ai rencontrée à Dakar, portrait d’une génération montante qui veut bâtir l’avenir de la Francophonie.

Femmes et jeunes en francophonie : vecteurs de paix et de développement

Déjà, le thème retenu pour le Sommet fait ressortir toute l’importance accordée aux jeunes pour l’avenir de la Francophonie. On pouvait toutefois rester sceptique quant à sa réelle teneur, car c’est aussi un thème tellement vaste qu’il en devient un peu fourre-tout, destiné à faire plaisir à tout le monde. Une première impression qui sera néanmoins vite chassée une fois à Dakar.

En cette dernière journée de formation pour les participants au programme de Volontariat international de la Francophonie, avait lieu, de façon tout à propos, le lancement de la Plateforme internationale des réseaux jeunesse francophone (PIRJEF), appelée à devenir un interlocuteur privilégié de la Francophonie en matière de jeunesse. Cette nouvelle initiative a pour but d’encourager, de soutenir et de favoriser les actions des jeunes dans l’espace francophone, afin de faire entendre leur voix sur les enjeux qui les interpelle. Cette mise en réseau leur permet de participer activement aux manifestations et aux organes de prise de décisions de la Francophonie. Plus spécifiquement, elle vise à susciter la réflexion sur les objectifs de développement durable de l’après 2015 et d’encourager la contribution des jeunes francophones à leur réalisation.

Avec l’explosion démographique des francophones dans les pays du Sud, et particulièrement en Afrique, la jeunesse est une énorme puissance à développer pour faire vivre la langue française et assurer sa pérennité, ainsi que son rayonnement.

Comme le mentionne l’étude sur le Portrait des jeunes de l’espace francophone 2014, dans la plupart des pays membres de l’OIF, les jeunes constituent la majorité de la population. Mais comme le présente le rapport, le poids des jeunes au sein de la population francophone, s’il représente un gage de dynamisme, n’en pose pas moins des défis importants en matière d’éducation, d’insertion socioprofessionnelle, d’engagement citoyen, etc.

Car si les taux de scolarisation augmentent, si l’équité des genres est en voie d’être atteinte dans de nombreux pays, les problèmes d’employabilités des jeunes sont eux bien présents, et ce, au Nord comme au Sud, le taux de chômage des moins de 35 ans demeurant en effet très élevé dans la plupart des pays de l’OIF. Ces trois axes sont ainsi prioritaires et représentent un moyen de développement pour les jeunes, afin de leur donner la chance de se réaliser pleinement.

L’étude réalisée par l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone soulève toutefois un désengagement des jeunes, tant au niveau politique et au niveau communautaire. Si l’on peut se désoler devant ce constat, on peut aussi se demander si ce ne sont pas les facteurs nommés plus haut qui les isolent et les freinent dans leur insertion sociale. Il faut aussi se demander si la génération de dirigeants en place leur offre véritablement l’opportunité de prendre une part plus active dans la vie politique et civique.

À l’issue du Sommet de la Francophonie à Dakar, les chefs d’État et de gouvernement ont adopté une stratégie jeunesse pour la période 2015-2022, qui promeut l’adhésion et l’engagement des jeunes francophones, pour qu’ils s’épanouissent en tirant profit de l’immense potentiel de la langue française, autour des valeurs de la solidarité, la paix, le respect de la démocratie et des Droits de l’Homme. Une stratégie dans laquelle la PIRJEF occupe une place de choix dans la mise en place des actions.

Nouvellement créée, la PIRJEF en est encore à ses balbutiements. Il y a certes encore fort à faire pour structurer la plateforme et développer tout son potentiel, mais elle représente néanmoins une première décision institutionnelle pour fédérer les actions des jeunes. Si l’on peut questionner l’utilité et l’efficacité d’une telle association, il faut accorder qu’au-delà des belles paroles, la Francophonie se donne les moyens de faire une place à la jeunesse, en cherchant à l’impliquer et à la faire participer. Saura-t-elle vraiment prendre en considération ce que tous ces jeunes ont à dire ? Mais surtout, ces jeunes seront-ils à la hauteur de tous ces espoirs qu’on veut leur faire porter ?


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Onze, comme une équipe de football ! En réalité, il s’agit d’une rencontre de l’OFQJ avec Serigne Mbaye Thiam, ministre sénégalais de l’Education
Ph : Nadia Imgharen - OFQJ

Une délégation des jeunes soutenus par l’Office franco-québécois pour la jeunesse rencontre le ministre de l’Éducation nationale du Sénégal

Nous étions huit autour de la table, âgés de moins de 35 ans, venus de différents horizons, du secteur de l’environnement, de l’éducation, de l’entrepreneuriat… Nous étions de France, de Belgique, du Québec et du Sénégal, tous différents, mais unis par la même langue. Surtout, et c’est ce qui nous réunissait à cette rencontre, impliqués, engagés, porteurs de projet pour la Francophonie. Et malgré le jeune âge, chacun avait déjà tout un parcours derrière soi et une vision vers où il allait.

Bien sûr, nous formons au Sommet de la Francophonie une microsociété qui n’est pas représentative de l’ensemble de la population. Cette jeunesse venue à Dakar est scolarisée, privilégiée, elle s’est donné les moyens d’arriver où elle se trouve, mais elle a aussi été soutenue pour le faire. Néanmoins, le simple fait d’être là est déjà une réalisation en soi. Cela a demandé d’y croire. Et on peut tout de même dire que cela laisse présager de belles choses pour le futur. Car ce qu’ils incarnent, ces jeunes du Sommet de la Francophonie, c’est l’espoir. L’espoir de bâtir l’avenir et un monde meilleur pour demain. Naïfs, me direz-vous ? Je dirais plutôt idéalistes… Convaincus qu’ils peuvent jouer un rôle et bien décidés à s’investir pour faire changer les choses.

La jeunesse dont s’enorgueillit la Francophonie, elle est bien là, mobilisée et active. Dynamique et fringante. Et nous en étions la preuve autour de cette table pendant cette rencontre d’échange avec le ministre de l’Éducation. Un démenti pour toutes les statistiques qui désignent les jeunes comme apolitiques. Oui la jeunesse est bien là, créative, imaginative. Une jeunesse en marche qui prépare la relève, prête à prendre sa place et luttant justement pour prendre cette place.

Car tout le dilemme est là. Tous ces chefs d’État, à la tête souvent grisonnante, sont-ils prêts à faire une place à ces jeunes, à écouter véritablement ce qu’ils ont à dire ? La jeunesse se cherche une tribune, mais est-ce qu’elle sera entendue ? Est-elle seulement une figurante dans toute cette histoire ? À qui l’on promet le premier rôle pendant des années, sans qu’il ne vienne jamais… La suite s’écrira d’elle-même et l’avenir nous dira ce qu’il en est. Pas trop tard on espère. Ce serait dommage de passer à côté de cette force et de cette volonté de construire une Francophonie bien vivante.

J’ai découvert cette jeunesse dont je fais partie sans m’y attendre. Pour être étonnée de la voir là si nombreuse et enthousiaste. Et pour réaliser encore une fois, comme bien souvent en Francophonie, non je ne suis pas seule, nous sommes présents un peu partout, sans nous connaître, jusqu’à ce que nous ayons des occasions comme celle-ci de nous rencontrer.

Des jeunes apathiques et démobilisés ? Pas au Sommet de la Francophonie en tout cas !


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Les marionnettes géantes de la Caravane.
Ph : Arnaud Galy - ZigZag

La Caravane des 10 mots de la Francophonie

De retour au Village de la Francophonie après la rencontre avec le ministre de l’Éducation du Sénégal, juste à temps pour assister au déploiement de deux marionnettes géantes, un crocodile et un lion, entourées d’une joyeuse bande de musiciens. Les enfants tout autour, enthousiastes, dansent au son des tambours pour accompagner la ronde des marionnettistes. Il n’y a pas à dire, l’ambiance est festive ! Et le spectacle, tout aussi fascinant que rassembleur.

Cette équipe de joyeux lurons, c’est celle de la Caravane des 10 mots de la Francophonie, qui organisait, dans le cadre du Sommet, une série d’ateliers et d’activités dans les quartiers de Dakar. En ce vendredi soir, c’était au tour de l’esplanade du Grand Théâtre de s’animer avec la venue des marionnettes. J’avais rendez-vous avec eux le lendemain pour réaliser une entrevue avec la coordonnatrice québécoise, Anne-Céline Genevois. Déjà, ce premier contact dans le vif de l’action avait fait tout son effet.

Nous avions été mises toutes les deux en contact par l’entremise de LOJIQ, qui soutenait nos projets respectifs pour le Sommet de la Francophonie. (Il faut tout de même souligner l’ironie de deux Québécoises, qui ne se connaissent ni d’Ève ni d’Adam, qui se rencontrent au Sénégal à des milliers de kilomètres de chez elles, alors même qu’elles habitent la même province… Le monde est petit disons -nous…) À la lecture de toute la documentation envoyée par Anne-Céline avant notre rencontre, l’organisation de la Caravane des 10 mots m’apparaissait de taille. Et je n’ai pas été démentie lors de notre entretien par la suite.

La Caravane des dix mots de la Francophonie, c’est plus de 200 projets locaux portés depuis sa création en 2003. Son but ? Profiter du partage de la langue française pour aller à la rencontre des autres cultures. Car il y a plusieurs langues françaises, et il s’agit de créer des passerelles entre elles. L’objectif est de partir à la recherche ce que les mots signifient pour chaque personne. « Aller à la pêche au sens des mots, au-delà de leur propre définition », comme aime à le répéter le président et fondateur de l’organisation, Thierry Auzer.

Artiste au confluent du théâtre et de la musique, Thierry Auzer a tout d’abord organisé dans sa région Rhône-Alpes en France un événement sur « Les dix mots en fête », qui voulait mettre de l’avant la citoyenneté et la représentativité de la communauté. Devant le succès de l’expérience, il a voulu aller au-delà de l’écriture en proposant à des artistes d’offrir des ateliers autour des dix mots sélectionnés chaque année dans le cadre de la Semaine de la langue française, en adressant la question aux participants : qu’est-ce que vous ressentez quand vous voyez ces mots ?

L’intégration de pratiques artistiques permet ainsi d’ouvrir des pistes d’appropriation et de créer un espace d’expression pour jouer avec la langue. Car celle-ci n’est pas fixe, elle est constamment en mouvement, se renouvelant sans cesse au contact de ceux qui la pratiquent. Et c’est là toute l’importance de montrer l’hospitalité de la langue française, d’accueillir tous ceux qui la parlent en leur permettant de se l’approprier.

Le choix du nom de l’organisme n’est d’ailleurs pas anodin. La caravane, en effet, fait référence au voyage, à la rencontre, aux échanges et à la mobilité. Et c’est bien cela qui se produit sur le terrain à travers les activités organisées dans les collectivités locales, qui révèlent à la fois la richesse et la vaste étendue de la Francophonie.

Chaque année, ce sont maintenant plus de 10 000 participants, aux quatre coins du monde, qui sont touchés par les activités de la Caravane des dix mots et qui, à travers les ateliers organisés, peuvent travailler l’expression sous toutes ses formes, qu’elle soit écrite, orale, gestuelle, visuelle… Chaque projet de caravane propose des ateliers artistiques autour de dix mots de la Francophonie et s’accompagne de la réalisation d’un court documentaire d’environ 13 minutes pour montrer la couleur locale du projet et qui se fait le témoin de la parole des gens, de l’intimité des mots qui est ressortie de l’activité. Au fil des années, ces réalisations sont également devenues des moteurs pour les ateliers suivants, en pouvant servir de matériel de départ aux organisateurs et aux participants. Par ailleurs, l’organisme profitait de la tenue du Sommet de la Francophonie à Dakar pour organiser le 5e forum international des Caravanes francophones, qui se déroulait du 20 au 30 novembre 2014 et qui a réuni une trentaine de participants venus du Burkina Faso, du Canada (Québec et Yukon), du Congo, de la France, de la Gambie, de la République tchèque, du Sénégal et du Togo. Organisé tous les deux ans, le forum international est une occasion privilégiée pour les caravaniers de se réunir et de se renouveler avec le partage des expériences de chacun. C’est aussi un temps de réflexion et de formation pour les porteurs de projet, qui peuvent en profiter pour approfondir leur pratique. L’événement proposait en outre d’aller à la rencontre de la population à travers des ateliers participatifs dans différents quartiers de Dakar : ateliers artistiques, projections de films, conférence, ainsi qu’une grande soirée pour faire valoir la « Francophonie des peuples ». Formulation à laquelle je me suis immédiatement identifiée et qui est ressortie lors de la tenue du 1er forum international des Caravanes francophones à Bucarest en 2006 : « La langue française appartient à celles et ceux qui la parlent, dans la diversité de leur culture ! »

C’est justement cette dimension que j’étais venue chercher en voulant écrire sur le Sommet de la Francophonie. Car le français est utilisé au quotidien par des gens, on le trouve dans la rue, dans la vie de tous les jours et dans différents contextes. Et c’est dans cette perspective que la langue française doit se bâtir, dans un souci d’échange interculturel, en accueillant également les langues nationales. La Caravane des dix mots s’active ainsi à défendre avec ferveur une Francophonie active, humaniste et plurielle.

Inspirant tout de même…

Envie d’en savoir un peu plus ? Découvrez les films sur la WebTV de la Caravane des 10 mots de la Francophonie

Multimédia et dialogue interculturel

Le propre du Village de la Francophonie, et je dirais, de la Francophonie en général, ce sont toutes les rencontres que l’on y fait. Outre les rendez-vous à l’horaire, il y a toujours ces rencontres fortuites qui surviennent, qui nous prennent par surprise et qui nous ravissent d’autant plus qu’elles n’étaient pas prévues.

C’est ainsi que je les ai croisés par hasard, dans l’effervescence d’un samedi grouillant de monde, et que j’ai commencé à bavarder avec l’un d’eux, captivée par leur dynamisme. Ils étaient trois jeunes Africains motivés, l’un du Togo, l’autre du Cameroun et le troisième du Bénin, qui me présentent avec enthousiasme le projet qui les a amenés à participer au Sommet à Dakar. Pangaya.tv est une plate-forme web et interactive mise sur pied dans le cadre d’ateliers de formations et de discussions pour les jeunes, entourant différents enjeux actuels, tel que l’environnement, la paix, les technologies de l’information et des communications. Cette initiative, démarrée par le Québécois Jean-François Dufresne en 2012, regroupe jusqu’à maintenant six pays de différentes régions du monde, le Québec bien sûr, mais aussi le Burkina Faso, le Bénin, le Togo, le Cameroun et la Bulgarie.


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L’équipe de Pangaya.tv ...
Ph : Marie-Anne O’Reilly

Les ateliers amènent les jeunes à produire de courtes capsules vidéo, d’environ trois minutes, qui portent sur différents sujets d’actualité. Chaque année, deux enjeux spécifiques sont mis de l’avant, sur lesquels les jeunes doivent d’abord débattre et discuter pour mieux les comprendre et envisager des pistes de solutions, voire même les mettre en application. Si les jeunes Québécois sont de grands gaspilleurs d’eau, les Béninois, eux, vivent plutôt l’effet inverse de la pénurie d’eau potable…

Avec la production des capsules vidéo, les jeunes sont d’abord amenés à se confronter à leur propre réalité, mais la plate-forme Pangaya.tv leur permet par la suite de jeter un regard sur la situation des autres pays. Les contextes sont fort différents et pourtant les thèmes se recoupent, car où qu’ils soient, les jeunes font face aux mêmes problématiques, mais pas nécessairement de la même manière. Quel étonnement pour les participants de découvrir ces autres cultures, si différentes et si semblables à la fois !

Et la Francophonie dans tout ça ? Pour plusieurs, c’est la découverte d’un espace francophone qui va au-delà de leurs frontières. La conception de la langue française s’arrête malheureusement souvent à la France. « Je ne savais pas qu’il y avait des gens qui parlaient français en Afrique », affirme une élève du Québec. Il faut dire que dans un pays où la grande majorité de la population est anglophone, on n’imagine pas que l’on peut échanger dans la même langue avec quelqu’un d’un continent si éloigné, alors même qu’on ne peut pas le faire avec la province voisine. La Francophonie donne une langue en partage à tous ceux qui participent au projet, en leur donnant l’occasion de créer des échanges enrichissants.

Le programme désire par ailleurs s’étendre à d’autres pays, afin justement de bonifier cet échange et de mettre en valeur cette richesse culturelle de la Francophonie.

Vers quelles retombées ? Au-delà du contenu multimédia qui se retrouve en ligne sur la plateforme, Pangaya.tv permet une participation active des jeunes et les amène à développer un esprit critique pour trouver des solutions aux problématiques soulevées, tout en prenant conscience des enjeux qu’ils ont en partage avec les autres cultures. Pour plusieurs, c’est aussi une occasion de développement de compétences autour des technologies de l’information et de la communication. C’est d’ailleurs face à la nécessité de recourir aux TIC pour établir des relations entre les jeunes citoyens de différents pays que le projet Pangaya a tranquillement vu le jour, à l’issue de l’École d’été de la Francophonie à Ouagadougou qui a fait ce constat en août 2009.

La visée du projet est de permettre un dialogue interculturel entre les jeunes issus de différents horizons. Car nul doute que cette expérience collaborative est culturellement très enrichissante. Mais surtout, c’est un point de départ pour donner le goût à ces jeunes d’aller vers l’autre et de continuer à cultiver cette interculturalité. De la même façon, les projections publiques des productions vidéo des participants et leur diffusion sur le web ont un impact qui dépasse les jeunes eux-mêmes pour rejoindre leur entourage. La plateforme devient donc également un outil de sensibilisation pour les adultes.

Plutôt que mettre de l’avant les différences entre les cultures, les fondateurs de Pangaya misent au contraire sur les ressemblances, sur ce qui nous rapproche au-delà des frontières de nos territoires. Le nom Pangaya provient d’ailleurs du nom de la Pangée (ou Pangaea), continent unique qui regroupait toutes les terres émergées à l’origine de la Terre. Ce qui représente bien la volonté de rapprochement entre les peuples mise de l’avant par le projet. Dans plusieurs dialectes africains, Pangaya signifie également la force, une autre dimension de l’union des êtres humains, plutôt que leur division.

La plateforme vise à mettre en place une dynamique collaborative entre les pays, en offrant aux jeunes des outils d’expression et d’affirmation autour de préoccupations communes. C’est un projet de participation citoyenne qui mobilise les organisations de jeunes et les invite à s’impliquer dans leurs communautés respectives, autour de la préoccupation de contribuer à la construction d’un monde plus juste, plus solidaire, plus inclusif et plus pacifique. Et sur la fin de cet entretien, je n’ai d’autres choix que de réaliser que la journée a été riche en rencontres de toutes sortes, avec des gens tous plus inspirants les uns que les autres… C’est donc aussi cela la Francophonie, des jeunes motivés, des étoiles pleins les yeux, une vision pour l’avenir, des idées plein la tête et assez d’imagination et de courage pour les réaliser.

Envie d’en savoir un peu plus ? Ce court-métrage fait une belle synthèse du projet et de ses réalisations auprès des jeunes.


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La CONFEMEN au Village...
Ph : Arnaud Galy - ZigZag

Dakar, capitale de la Francophonie ? Patrie de Léopold Sedar Senghor, le Sénégal est souvent considéré comme l’épicentre de la Francophonie. Et on prend pour acquis que le pays est forcément francophone et francophile. Il est vrai que c’est aussi au Sénégal qu’ont vu le jour les premières instances de la Francophonie, la CONFEMEN et la CONFEJES, avant que l’OIF ne prenne sa forme actuelle. Et pourtant si l’on se promène dans les rues de la capitale, ce n’est pas le français que l’on entend, c’est le wolof, la langue nationale la plus répandue, qui fait office de langue de communication dans la vie de tous les jours. Contrairement à la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest qui ont plusieurs langues nationales (parfois jusqu’à une centaine) et où le français sert de langue intermédiaire pour se comprendre entre habitants d’un même pays, le Sénégal, lui, ne compte que quatre langues nationales sur son territoire, et le wolof a toujours été la langue d’échange utilisée pour le commerce, et ce, bien avant la colonisation. Le français donc, demeure uniquement la langue d’enseignement, encore trop souvent associée à un pouvoir colonial pourtant disparu.

La Francophonie, si on peut la voir à Dakar à travers maintes manifestations intellectuelles et culturelles, est toutefois plutôt absente au niveau de la population même. Pour plusieurs, la langue française est absente du quotidien, et la Francophonie, encore davantage. Elle demeure une entité abstraite, à laquelle on ne s’identifie pas vraiment.

Ici, la « Francophonie des peuples », telle qu’imaginée par la Caravane des 10 mots, est encore à bâtir. Avec toute la polémique qui a entouré la tenue du Sommet de la Francophonie à Dakar, coûts exorbitants, organisation défaillante, fermeture de routes, mise en place puis répression d’un contre-Sommet, il n’est pas étonnant non plus de rencontrer des réfractaires sur son chemin. Et le grand déploiement de la panoplie des chefs d’État n’est probablement pas ce qui permet de se rapprocher du grand public.

À Dakar, comme dans bien d’autres pays, la Francophonie a encore bien à faire pour se rapprocher des gens et faire vivre la langue française au quotidien. Car, il ne devrait pas y avoir de dualité français/wolof, il ne devrait y avoir que des langues, que l’on parle pour sa propre richesse. Et pour la magie de chacun de ses mots.

Le mot de la fin…

mais ce n’est en fait toujours qu’un début

Trois jours au Village de la Francophonie, du vendredi au dimanche, alors qu’il ouvrait ses portes le lundi précédent, c’est très court. Et je n’ai pas la prétention d’affirmer que j’ai couvert le Sommet de la Francophonie, alors même que je n’ai pas mis les pieds à Diamnadio, au nouveau centre de conférence qui réunissait les chefs d’État. Ce XVe Sommet de la Francophonie à Dakar, loin de faire l’unanimité, aura soulevé beaucoup de questions, et on peut certes remettre en doute la pertinence de l’événement. Et pourtant en ces trois jours, j’ai trouvé exactement ce que j’étais venue chercher. J’ai vu une Francophonie bien vivante, active et résolument tournée vers l’avenir, dans laquelle je me suis reconnue et dans laquelle je continue à m’investir. Sommet ou pas, je suis francophone et fière de partager cette langue avec tous ceux qui ont à cœur de la faire vivre, dans la diversité de nos cultures, de nos croyances et de nos parcours. Car ce que je retiens le plus de la Francophonie, c’est justement la rencontre avec ce qui fait de chacun de nous des êtres humains.


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Diamnadio, une photo pour Marie-Anne O’Reilly à qui l’organisation a refusé l’accréditation et qui, donc, n’a pas pu se rendre en ces lieux. Dommage et injuste !
Ph : Arnaud Galy - ZigZag
 

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