Interprété par Athanase Kabré une collaboration entre la Compagnie du Fil de Ouagadougou (Burkina- Faso) et la Compagnie O.p.U.S. De Niort (France) - http://www.curiosites.net/

- La course de chevaux vue par monsieur Bakary
Monsieur Bakary n’en fait qu’à sa tête !
C’est un bien étrange conservateur de musée ce monsieur Bakary ! Ce grand gaillard venu tout droit du Burkina Faso, vêtu d’une chemise frappée de dizaines de poulets, prend ses rêves pour des réalités historiques. L’espace d’un instant le public, pas encore bien réveillé, croit en ses paroles tant il les martèle avec conviction. Mais monsieur Bakary en fait trop ! Quand il proclame avec le sérieux d’un évêque en prêche que si les églises de France sont souvent coiffées d’une girouette en forme de coq c’est grâce à son aïeul qui les a toutes forgées, même les plus distraits comprennent qu’il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre.
Sur un ton solennel monsieur Bakary invite la petite troupe de spectateurs interloqués à entrer dans son musée. Le rideau d’entrée se lève, les spectateurs entrent, un sourire aux lèvres, et vont s’assoir par terre. Monsieur Bakary a gagné, il a ferré son public comme un pécheur ferre un poisson. Et le spectacle commence. En 45 minutes cet acteur marionnettiste, qui n’a pas froid aux yeux, fait une démonstration édifiante : un objet n’a de valeur et de fonction que celles qu’on lui donne ! Pour étayer sa démonstration, monsieur Bakary, n’y va pas par quatre chemins : il détourne. Le sens des mots, les conventions, les traditions et les objets usuels, tout est détourné, inversé, bouleversé ! La collection de son musée n’a ni queue ni tête.
Elle n’a ni queue ni tête... au premier regard. Mais la personnalité de monsieur Bakary est plus complexe qu’il ne la laisse entrevoir. Et si, simplement, l’ambition de cet étrange personnage était de nous inviter à lire le quotidien avec un zeste de poésie ? Et si il conviait les coopérants à réfléchir sur les besoins des Africains au lieu de réfléchir sur ce qu’ils aimeraient que les Africains aient besoin ? Et si il pointait du doigt la maladresse de certains nordistes en visite dans le sud ? Monsieur Bacary distille avec délicatesse et humour ses vérités. La charge est subtile et cocasse car enrobée lieux communs qui plaisent aux nordistes : l’Africain est joyeux, inventif et bricoleur. Certes, mais pas seulement !

- Monsieur Bakary joue avec le public
La collection d’objets du musée Bombana de Kokologo est un savant métissage d’inventions absurdes et de concepts malicieux. Que penser de ces escarpins couverts de grains de maïs portés par une éleveuse Peul de poulets ? Comment interpréter cette machine infernale, inventée par un curé de village, qui aide la ménagère à bien plier les boubous tout en s’accordant les grâce du Seigneur : « qui plie bien, prie bien » ! Comment sourire ouvertement à la vue de ce « pilon de l’an 2000 » doté d’un embout atténuant les bruits qui laisse à la femme le soin de piler tout en laissant son mari profiter d’une sieste bien méritée ? Ne peut-on ne pas déceler une moquerie bien sentie devant ce champ de course portatif équipé de marionnettes de chevaux qui permet aux joueur de ne pas distribuer de Francs CFA à Charles Pasqua ? Dans ce musée de l’improbable et du chemin de traverse, rien n’est au premier degré. On rit si on est insouciant, on s’interroge si on est naïf, on se moque si on est au fait des pratiques post-coloniales.




