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« France - Lourdes 1/2 »

Pèlerinage, spiritualité et tourisme de masse

le 17 novembre 2010, par Arnaud Galy

Cinq millions de personnes, venant de 130 pays, s’approprient chaque année cette petite ville d’à peine 16 000 habitants. Pourquoi Lourdes est-elle devenue ce haut lieu de la foi catholique, comment fonctionne cette énorme machine et qui sont les pèlerins d’aujourd’hui ?

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Un incessant flot de pèlerins.
Ph : ZigZagthèque

L’orage vient d’éclater. Les montagnes pyrénéennes déchirent les nuages noirs, presque mauves, et la pluie s’abat sur la ville embrasée d’éclairs. Il est presque 17 heures, les rues charrient des torrents d’eau. Les cafés se sont remplis en un instant, chacun cherche à se protéger des intempéries. Dans la ville basse, des centaines de jeunes adultes se livrent à un étrange ballet, sans tenir compte de la foudre et de la chaussée glissante. Les uns montent en courant, tirant derrière eux des brancards posés sur des roulettes ou des fauteuils surmontés d’une capote. Avec la tombée de la nuit et l’humidité étouffante, on se croirait dans Saigon ou New Delhi au milieu d’une foule de pousse-pousse se moquant de la mousson. D’autres descendent la rue à toute vitesse. Ils repasseront dans quelques minutes tirant ou poussant les petites machines. Les jeunes ne ménagent pas leur peine mais gardent une certaine bonne humeur. Pourtant leur course contre l’eau n’est pas un jeu. Nous sommes dans la Rue de la Grotte à Lourdes. L’orage a interrompu une cérémonie en extérieur à laquelle assistaient des milliers de handicapés et de malades. Les jeunes accompagnateurs ont organisé un interminable rapatriement de ces pèlerins incapables de se mouvoir seul, vers les lieux d’accueil et d’hébergement du bas de la ville. Sur les hauteurs de Lourdes, près du château ou des grandes places du marché et de la Mairie, rien ne laisse imaginer la cohue d’en bas. La ville haute n’est pas particulièrement pratiquante. Le rugby, lui, recueille les suffrages de l’opinion populaire. Il y a peu de pèlerins qui prennent le temps de « monter » en ville. Dans l’autre monde, Rue de la Grotte, la scène traduit tout l’engagement et l’esprit de fraternité qui unit les pèlerins valides ou non et l’encadrement des sanctuaires. 80 000 bénévoles, appelés Hospitaliers, donnent ici le temps de leurs vacances sans attendre un retour à cet engagement. Si ce n’est l’échange, la solidarité et le sentiment de la bonne action.

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Rassemblement de pèlerins handicapés
Ph : ZigZagthèque

Comme une vague

Le site des sanctuaires est comme un gigantesque navire. La Basilique Supérieure et la Basilique du Rosaire bâtie sur la falaise domine la Grotte de Massabielle et les 50 hectares de monuments, de lieux de culte et de pelouse. Au milieu coule le Gave, enjambé par plusieurs ponts. Aux pieds de ce navire des vagues incessantes vont et viennent. Comme des marées, réglées par les heures des cérémonies, des foules partent à l’abordage de la foi. Le printemps et l’été sont ponctués de rassemblements de plusieurs dizaines de milliers de pèlerins, accompagnés comme leur ombre par les touristes pour qui Lourdes est une étape comme une autre. En avril, l’Angleterre et l’Irlande débarquent avec un impressionnant et parfois insoutenable cortège d’enfants handicapés. Courant mai, des milliers de militaires de tous pays envahissent les lieux, avec un cierge comme seule arme. Le 15 août est le Pèlerinage National Français, inséré dans une semaine internationale de la Paix. A la fin de ce mois, le pèlerinage des Gitans. Bouleversant de foi il est aussi inquiétant pour les autorités et les Lourdais qui voient d’un œil méfiant les milliers de caravanes et de camping car investir chaque espace libre de la proche région. Septembre marque la venue du Pèlerinage national italien … certainement pas le moins démonstratif ! La vague de foi et de recueillement n’est pas toujours compatible avec le Lourdes du tourisme de masse. On peut parfois se demander comment ce lieu, si chargé spirituellement, vivant au rythme des malades et des fauteuils roulants a pu se transformer en lieu de visite familiale. Heureusement, le cœur des sanctuaires est préservé de l’appât du gain qui prévaut dans les rues environnantes. La gigantesque foire commerciale s’arrête aux portes du lieu saint. Marchands du Temple, diront certains, oui ! Sans doute, mais les pèlerins dans la peine et les malades en quête de réconfort ne sont pas majoritaires. Ceux-là, ne sont pas les vrais clients de cette foire à la Vierge en plâtre aux yeux qui clignotent ! Il faut bien que la masse de visiteurs, croyant d’un jour, ramène « Le » souvenir qui trônera sur la cheminée. Et cette masse se compte en millions d’individus chaque année. Les marées charrient parfois des objets non identifiés sur les plages … A Lourdes, la marée a de très gros coefficients !

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La ruée vers l’eau !
Ph : ZigZagthèque

Le miracle sous haute surveillance

Pourtant, on ne peut résumer Lourdes à cet ensemble de bimbeloterie kitch aligné dans la Rue et sur le Boulevard de la Grotte. Ni à cette foule de visiteurs en mal de sensations curieuses plus que spirituelles. Lourdes est avant tout une ville qui n’a pas peur de montrer la souffrance. Les milliers de bénévoles qui travaillent ici en saison, doivent soutenir le regard de ceux qui cherchent un réconfort. Une quête qui passe par une vénération de la Vierge ou l’attente d’un miracle de guérison. Miracles sur qui reposent tous les doutes et toutes les interrogations. Le mot est à manipuler avec un excès de précaution. Les autorités du sanctuaire l’ont bien compris. La crédibilité du lieu en dépend. Le comité de médecins chargé d’authentifier les miracles n’a pas la charge facile. Apporter la caution scientifique à une manifestation aussi énigmatique n’est pas simple. C’est pourquoi le nombre de miracles authentifiés est en régression. Sur un total de 66, beaucoup remontent au premier siècle d’existence du pèlerinage. Depuis les années 60, il est de plus en plus difficile d’obtenir le « titre » de miraculé. Le dernier, un français atteint de sclérose en plaque, fut authentifié en 1987, précédant ainsi de 11 ans l’avant dernier. Le docteur Patrick Theillier, chargé des expertises, souligne : « La guérison miraculeuse est la conclusion de quelque chose que l’on ne peut pas expliquer. C’est l’accélération d’un processus de guérison naturelle. Je suis là pour dire à l’église que je ne peux l’expliquer scientifiquement. 99 % des dossiers n’aboutissent pas, et pour le pourcentage restant, on admet que l’étude des documents médicaux ne permet pas d’expliquer la guérison qui sort de la raison et de la logique habituelle de l’évolution de la maladie ». Pour avoir une chance d’être considéré comme miraculé, il faut en outre, que la guérison soit instantanée, et ne nécessite aucune convalescence. Le verdict définitif n’étant donné qu’après 10 ans d’expertise. Des critères que plus de 6000 dossiers n’ont pas remplis.

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Prière devant la grotte
Ph : ZigZagthèque

Lieux de symbole

Toutefois l’espoir d’une amélioration de son état de santé ou d’un proche reste la motivation essentielle. Au-delà de toute logique, de toute raison, la foi est inébranlable pour beaucoup. Lourdes est parfois l’ultime chance. Quand la douleur est trop grande même les plus rationnels se laissent aller à espérer qu’une puissance supérieure les aidera à vaincre. Plusieurs lieux regroupés au pied de la falaise et de la Basilique du Rosaire sont l’écho de toutes ces attentes des pèlerins. Devant les fontaines où coule l’eau de Lourdes, c’est la même attente. L’eau est naturellement gratuite, et chacun recueille le précieux symbole dans un récipient acheté à l’extérieur du sanctuaire : Petites bouteilles ou bidons de plusieurs dizaines de litres ! L’aéroport de Lourdes a négocié un contrat avec chacune des compagnies aériennes desservant la ville pour ne pas facturer l’excès de poids des bagages voyageant dans la soute. Il n’est pas rare, selon les responsables de l’aéroport, que des passagers repartent avec 50 ou 60 litres d’eau. Chaque année, 28 000 litres d’eau sont commandés par de lointains adorateurs de la Vierge. L’administration du sanctuaire expédie cette eau par bateau vers les Etats-Unis, le Japon ou les Iles Britanniques. Dans la grotte Massabielle, les files ininterrompues de pèlerins sont la meilleure preuve de l’espoir. Certains caressent le mur humide de leur main ou d’un mouchoir, d’autres prient à l’extérieur. Valides, handicapés, accompagnateurs bénévoles ou familles tous entretiennent l’atmosphère sereine mais douloureuse qui règne au pied de la statue de la Vierge. A la sortie de la Grotte, un grand espace est réservé à la lumière des cierges. On y dépose les cierges offerts à la Vierge. En pleine saison des pèlerinages, le cierge n’a pas le temps de brûler ou ne brûle que quelques minutes puis est remisé dans une réserve en attendant l’hiver. Là, il sera rallumé. Trop de monde, trop de cierges … l’intention est aussi importante que l’acte. Enfin, plus loin, un espace préservé des regards, un lieu de grande intensité ou se pressent des malades autant que des valides : Le bain donné dans 17 piscines dont l’eau est purifiée régulièrement. Pour quelques instant, le croyant est plongé par des accompagnateurs dans l’eau à 15°C. Considéré par les uns comme un renouvellement du baptême, le bain est pour les malades un espoir supplémentaire de guérison ou d’apaisement.

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Des cierges à la mesure du lieu !
Ph : ZigZagthèque

Que vive la flamme

Ce soir, 30 000 pèlerins de toutes origines, valides ou non, sont agglutinés dans la Basilique souterraine Saint Pie X. Ce vaste édifice de béton, répond aux normes d’un abri anti-atomique. Des centaines de brancards et de fauteuils entourent l’autel et des dizaines de milliers de pèlerins attendent avec ferveur le départ de la procession. Chacun a acheté un petit flambeau qui bientôt s’additionnera aux autres pour créer un interminable serpentin lumineux. Le cortège suit la statue de la Vierge portée par des jeunes prêtres. A pas lents, recueillie, la foule silencieuse sort de la Basilique, et inonde la grande esplanade entre la majestueuse statue de la Vierge Couronnée et la Basilique du Rosaire.

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Procession dans la basilique souterraine Saint Pie X
Ph : ZigZagthèque

En quelques minutes, des jeunes portant les bannières de leurs diocèses gravissent les marches des édifices. Les malades sont installés au pied des escaliers et la foule des familles recouvre les grandes pelouses. Des milliers de cierges illuminent la nuit noire. Au fond, le château de Lourdes est illuminé, il apparaît comme un décor de théâtre posé sur un fond obscur. Des chants fendent le silence. Le rituel est bien connu. Tout au long de la saison des dizaines de processions empruntent ce chemin. Toujours la même foi, toujours le même espoir que l’on retrouve aussi lors des messes internationales. Elles sont célébrées, de jour, sur une grande pelouse au-delà du Gave. Des pèlerins de toute l’Europe, assis aux côtés d’Américains, d’Indiens, ou de Coréens, prient, chantent, sourient ou expriment leur douleur. Les cérémonies varient, mais l’espoir demeure et s’accroche à chaque lueur.

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Procession aux flambeaux
Ph : ZigZagthèque

Incompréhensible pour certains, passéiste ou mercantile pour d’autres, Lourdes n’est pas épargné par les critiques. Il est pourtant un fait qui rassemble les opinions : Lourdes est une impressionnante machine ! Le budget de fonctionnement de l’ensemble des sanctuaires est de 20 millions d’Euros, dont 75% viennent des offrandes. Des kilos de pièces s’entassent chaque jour, des tonnes s’amoncellent chaque année ! De quoi payer les 400 salariés qui travaillent ici en pleine saison. Près de 300 employés travaillent 34 heures par semaine toute l’année. Les nouvelles technologies apportent leur contribution au bon fonctionnement du lieu. Elles ne remplacent pas la foi, ni les élans du cœur mais elles les soutiennent ! Webcam, Vidéo surveillance, courriels, retransmission télévisée par satellite … Lourdes n’est en retard sur aucune actualité technique. La confidentialité et la vie privée en prennent un léger coup ! Mais paraît-il, cela aide à la sécurité du site et à la diffusion du message de la Vierge ! Soit … Heureusement, rien ne remplace le sourire des Hospitaliers, et l’émouvante atmosphère qui enrobe les sanctuaires. Même, les plus réfractaires à l’idée de l’Apparition ou de Miracle, doivent venir à Lourdes. Ne serait-ce que pour vérifier leur doute, ou admirer le travail de fourmis besogneuses des 80 000 bénévoles sans qui Lourdes perdrait beaucoup de sa générosité.

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Attente sereine dans la lumière
Ph : ZigZagthèque

P.-S.

Un mot d’ordre, accueil et sourire

Les malades, handicapés ou non, et les étrangers sont les deux grands groupes d’individus qui pénètrent Lourdes. Un lieu, situé à 10 kilomètres de la ville, en est la parfaite illustration : L’aéroport Tarbes - Lourdes - Pyrénées. Ce qui pourrait n’être qu’un petit aérodrome perdu dans un département rural est en fait une superbe réalisation d’accueil international et spécialisé. 600 000 passagers fréquentent les toutes nouvelles infrastructures. 60 compagnies le desservent pour en faire le 5e aéroport Charter de France, destiné à 80% au trafic international. Il accueille 70 000 malades ou handicapés chaque année entre avril et octobre, c’est à dire autant que les deux Aéroports de Paris en une année. La structure d’accueil est unique. Les passagers, valides ou invalides, accèdent directement aux avions grâce à des passerelles ou des échelles spécialement conçues. Des salles de repos médicalisées, des chaises roulantes et un personnel formé contribuent à améliorer sensiblement l’accueil délicat de personnes souffrantes ou non autonomes. Les accès aux divers services, aux ascenseurs, aux navettes de bus ou au lieu de culte sont tous accessibles aux brancards, chaises roulantes et aux accompagnateurs. De telles caractéristiques se retrouvent à la Gare de Lourdes qui reçoit près de 600 trains de pèlerins valides ou non, chaque année.

Devant une telle masse de personnes aux attentes diverses mais toujours exigeante, tout doit être savamment calculé : Les transports pour rallier la ville puis les lieux d’hébergement ou les sanctuaires ; les hôtels dont les accès handicapés sont la priorité ; les services d’ordre qui doivent maintenir la sécurité de ressortissants étrangers parlant des dizaines de langues différentes. Ici, le Français, l’Allemand, l’Espagnol, L’Italien, L’Anglais ou le Polonais sont les langues courantes mais le Japonais, le Coréen, le Mandarin, le Tamoul, l’Arabe ou le Polonais ne choquent plus les oreilles. De plus en plus de brochures publicitaires ou les textes du « Message de la Vierge à Bernadette » sont traduits dans des langues qui dépassent de loin les frontières de la chrétienté. Tous les Lourdais, vous diront que vers le 15 août, les rues sont pleines d’Indiens, en famille, richement habillés et bien plus assidus dans les lieux sacrés que bon nombre de chrétiens. Mais, le tourisme religieux dope aussi la ville pyrénéenne. Les agences de voyages asiatiques inscrivent la visite des Sanctuaires à leur catalogue.

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Lourdes
par David Pougnaud
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