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« Francophone… jusqu’au bout des ongles »

Par Anne-Marie El-Hage du journal l’Orient - le Jour (Liban)

le 20 octobre 2009

Pas vraiment drôle pour les inconditionnels du français d’assister au déclin de la langue qu’ils pratiquent sans réserve depuis l’enfance. Le mot est bien fort. Mais il est malheureusement vrai. Car c’est bien au détriment de la langue de Molière que l’anglais se taille une place de choix dans notre société libanaise, non seulement dans le monde du travail, mais aussi dans le monde universitaire et au cœur de la vie quotidienne. Un étudiant francophone doit obligatoirement être trilingue car il sait pertinemment bien que sur son CV, le français est un plus, mais rarement un « must », pardon pour l’anglicisme. Qu’il doit par contre posséder à la perfection l’arabe et l’anglais, parlés et écrits. Qu’il peut être fier de faire partie de ces 600 000 élèves sur 900 000, scolarisés dans des écoles francophones publiques et privées. Mais qu’il n’a d’autre choix que de s’adapter à la réalité professionnelle, à laquelle tentent de le préparer les universités francophones du pays.

Parlons un peu de cette réalité professionnelle. Rares sont désormais les courriels, lettres ou rapports d’études en français. À peu d’exceptions près, les invitations sont souvent, elles aussi, lancées en arabe et en anglais. Même les conférences ne se déroulent que rarement dans la langue de Voltaire. La dernière en date remonte à pas plus tard qu’hier. Parmi les quatre conférenciers, deux Français, un représentant d’une université libanaise privée, pourtant francophone, et une représentante du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, maniant avec aisance la langue française. Les allocutions, elles, se sont déroulées en anglais et en arabe... Allez comprendre pourquoi. Déprimant, pour un francophone invétéré, de se résoudre à cette réalité. Une réalité à laquelle il est désormais confronté à chaque coin de rue. Il constate alors avec amertume, dans certains quartiers de Beyrouth ou certains villages du pays, l’absence de signalisation, de pancartes indicatives ou d’enseignes commerciales en français, au bénéfice de l’arabe d’abord, de l’anglais ensuite. Même les publicitaires locaux délaissent la langue de l’Hexagone, pratiquée aussi en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, au Canada et, bien sûr, en Afrique. Panneaux d’affichage, télévisions, radios, presse écrite préfèrent tous vanter les mérites de tel ou tel produit dans la langue locale ou carrément celle de Shakespeare. Le français reste exclusivement le lot des publications et radios francophones, sans plus. Après tout, estime-t-on, un francophone libanais est forcément anglophone ou arabophone. Regrettant tristement que personne ne se donne plus la peine de s’adresser directement à lui, l’amoureux de la langue de Flaubert continue pourtant de revendiquer, bec et ongles, sa francophonie. Il se console comme il peut en se disant qu’après tout, le français est la langue de la culture. Bien maigre consolation...

Anne-Marie El-Hage

http://www.lorientlejour.com/

 

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