Le maire de Saint-Élie, le général des Force armées de Guyane, le colonel de la gendarmerie, le représentant de l’ONF et le président de l’Association pour l’accueil et l’intégration des Hmongs du Sud-est asiatique se sont retrouvés mardi matin en préfecture pour une réunion de travail consacrée à la commune de Saint-Élie. Thème de cette rencontre avec le directeur de cabinet du préfet : le désenclavement, l’après Harpie et la route de Petit-Saut. L’occasion pour le maire Charles Ringuet de présenter un projet de développement de la commune basé sur l’accueil de nouveaux habitants.

- Saint-Elie, un besoin d’oxygène
Lors du dernier recensement en 2006, Saint-Élie, qui s’étend sur 5 800 km2, comptait 423 habitants dont plus de 70% de clandestins. La commune, largement touchée par l’orpaillage clandestin, a vu se succéder de nombreuses opérations destinées à combattre cette situation. « Avec les opérations Harpie, de nombreux clandestins ont été reconduits à la frontière et cela laisse la commune vide » , constate le maire qui pense que l’arrivée de nouveaux habitants permettrait d’éviter le retour des clandestins. « L’objectif est d’accueillir des personnes qui ont un projet pour le développement de Saint-Élie » . Dans ce but, des contacts ont été pris avec les associations guyanaises de pluriactifs et d’agriculteurs et des demandes de régularisation ont été déposées à la préfecture. Mais le maire est également sensible au drame qui touche les réfugiés hmongs du camp de Huay Nam Khao dans la province de Phetchabun, en Thaïlande. Il s’est donc rapproché du président de l’Association pour l’accueil et l’intégration des Hmongs du Sud-est asiatique, Cha By, pour envisager un accueil de ces réfugiés dans sa commune, dans le cadre d’une action humanitaire.
Répondre à une urgence humanitaire
Dans le cadre d’accords passés avec le Laos, les autorités thaïlandaises veulent renvoyer d’ici la fin de l’année tous les réfugiés hmongs qui se trouvent sur leur territoire. Certains d’entre eux ont de la famille en Guyane.
Difficile pour les Hmongs guyanais d’obtenir des nouvelles de leurs familles réfugiées au camp de Huai Nam Khao dans la province thaïlandaise de Patchabun. Après le départ en mai dernier de Médecin sans frontière (lire notre édition du 11 août 2009), qui depuis 2005 constituait la seule présence humanitaire internationale sur place, c’est le black-out. Aussi, pour Cha By, président de l’Association pour l’accueil et l’intégration des Hmongs du Sud-est asiatique, la main tendue par le maire de Saint-Élie doit être saisie. Depuis 2007, l’association se bat pour le rapprochement familial des Hmongs réfugiés en Thaïlande et pour qu’une solution humanitaire soit trouvée concernant les réfugiés de Huai Nam Khao. " On ne peut pas accepter d’entendre dire que le contexte n’est pas le même qu’en 1975 pour ne pas leur venir en aide. La France n’a pas le droit de les abandonner.

- Charles Ringuet (g) et Cha By (d)
Ces personnes ont pris les armes pour combattre aux côtés de la France " , rappelle Cha By. D’ailleurs, il rappelle que lors de sa visite en avril, Jean-Marie Bockel, le secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens combattants, avait inauguré à Cacao une stèle en hommage aux anciens combattants hmongs. Et surtout lancé un processus de reconnaissance de ces anciens combattants qui ont participé à la guerre d’Indochine (1946-1954) aux côtés des troupes françaises. « L’inauguration d’une stèle est une manière de marquer notre reconnaissance et notre respect pour ce peuple qui a été, dans des circonstances difficiles de notre histoire, aux côtés de nos soldats, les anciens combattants comme les civils. Pour leurs enfants et petits-enfants, c’est une façon de reconnaître cette histoire partagée » , avait alors déclaré Jean-Marie Bockel à l’agence de presse Reuters. « Nous avons interpellé tous les politiques de Guyane, rencontré les ministres en visite, écrit au président de la République » , indique Cha By. À chaque fois des engagements ont été pris mais la situation n’évolue pas. « L’urgence ce sont ces gens qui sont en danger... Des êtres humains. Pour moi, le reste est secondaire » , conclut-il.
3 questions à Charles Ringuet, maire de Saint-Élie

- Charles Ringuet, maire de Saint-Elie
Quelles sont les grandes lignes de votre projet de développement ?
C’est pour l’heure un projet. Rien n’est figé. Des installations agricoles, touristiques et artisanales sont proposées en fonction du zonage de la commune. Même de petits orpailleurs peuvent être accueillis. La seule condition, c’est de respecter les règles et l’environnement. Les micro-entreprises, comme une scierie par exemple, peuvent se développer... Dans ce but, nous demandons la reprise du projet touristique régionale du plan d’eau de Saint-Élie et la réouverture de la route du barrage de Petit-Saut. Car ce développement ne peut se faire qu’avec un désenclavement de Saint-Élie... Cela passe par l’étude de l’aménagement d’une route rejoignant le bourg en contournant le plan d’eau : 80 kilomètres de voie reliés par un pont à la route du barrage placeraient Saint-Élie à 120 kilomètres de Kourou.
Quand pensez-vous accueillir les premiers nouveaux habitants ?
L’objectif est d’accueillir tous ceux qui ont un véritable projet. Cela se fera en plusieurs étapes. L’espoir est d’accueillir dès 2010 les premiers candidats issus de la population guyanaise, voir antillaise, sans oublier la diaspora guyanaise qui peut voir en ce projet une occasion de revenir au pays. La seconde phase, qui nécessite l’intervention de l’État, serait l’accueil des réfugiés hmongs. Mais il n’est pas question de créer un village comme Cacao où Javouhey. L’objectif est de faire de Saint-Élie une mosaïque pluriethnique. Une cellule sera mise en place pour étudier les dossiers et je profiterai du prochain congrès des maires pour présenter ce projet.
La qualité des sols est-elle suffisante pour l’agriculture ?
Ce que l’on constate, c’est que les arbres fruitiers sont chargés. À Saint-Élie, on jette et cela pousse... En septembre des Hmongs sont venus et ont examiné les sols. Un ancien a regardé les lieux avec émotion car cela lui rappelait son pays. Il faudra déterminer les terrains appropriés et profiter du micro-climat. Dans le cadre de la création du Parc, une enveloppe de 3 millions a été attribuée pour la route.
Dossier écrit par Daniel Saint-Jean