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« IFRAMOND LYON – Les 11e Entretiens de la Francophonie »

Pour que vive le multilinguisme !

le 26 juin 2011, par La rédaction de ZigZag

La promotion de la francophonie passe par le développement du multilinguisme. C’est le vigoureux message envoyé à ceux qui en doutent !

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La Francophonie est choyée à Lyon. L’IFRAMOND, les Chaires Senghor et l’Association Internationale des Régions Francophones y veillent ! Début juin, se sont tenus les 11èmes Entretiens de la Francophonie. L’occasion de faire le point sur les sujets qui animent les discussions de la famille francophone : l’apprentissage de la langue française, le multilinguisme et la définition d’un modèle de société opposable à celui du « tout anglais » !


Extraits des interventions – 10 juin 2011 – 11e Entretiens de la Francophonie


Michel Guillou

Président du réseau international des Chaires Senghor de la Francophonie

Faute de multilinguisme on transforme l’ouverture nécessaire et le besoin de circuler dans le « village global » en assimilation anglo-saxonne. Le seul anglais devient obligatoire. L’ambition, certes non encore avouée, est de faire de la langue unique la langue seconde de tous les terriens. Qu’adviendra-t-il alors de la protection et de la promotion de la diversité culturelle par la synthèse des différences. Que deviendront les cultures du monde, qui, recouvertes du manteau de la culture américaine, seront de plus en plus anesthésiées, sans dynamiques propres et de ce fait privées d’avenir ? Toutes les langues, toutes les aires linguistiques et géoculturelles sont concernées. Un constat s’impose : la diversité culturelle est impossible sans la diversité linguistique. Seule, elle est un leurre.

Une convention internationale pour la protection et la promotion des langues et du multilinguisme doit donc de toute urgence être adoptée à l’UNESCO ou encore puisque la diversité culturelle est impossible sans diversité linguistique, un amendement en ce sens de la convention de 2005 sur la diversité culturelle.

La Francophonie est doublement concernée par cet engagement pour le pluriel linguistique : d’abord, nous l’avons rappelé, parce que c’est une condition incontournable à la diversité culturelle et, ensuite, du fait que l’espace francophone est un espace de formidable diversité linguistique où le français est en contact avec un nombre considérable de langues internationales, nationales, ethniques ou vernaculaires et où la majorité des populations francophones sont multilingues. Par ailleurs, la langue française qui est le lien et le socle du vivre ensemble francophone est un acteur majeur du multilinguisme mondial par son statut de langue de travail ou de langue officielle dans beaucoup d’organisations internationales, par le nombre important de pays dont elle est la langue officielle, par encore le nombre très élevé de pays où elle est langue d’enseignement ou langue apprise dès la primaire par tous les enfants scolarisés. De plus elle a bénéficié depuis plus d’un siècle de l’action de l’état français pour la promotion de sa langue.


Samia Kassab Charfi

Professeur à l’université de Tunis (Tunisie)

Le multilinguisme est avant tout une posture, une attitude humaniste de porosité avec la langue de l’Autre.

La question d’un monolinguisme absolu a quelque chose à voir avec une tyrannie, un absolutisme résolument contraire à l’intérêt contraire des langues d’une part, et au développement harmonieux de la pensée humaine. Elle correspond à une forme d’anorexie linguistique qui n’est aucunement justifiable, à mon sens, par la nécessité d’optimiser la communication utilitaire (économique, commerciale...) entre les pays, quel qu’en soit l’enjeu (commercial, économique).


Maurice Portiche

Professeur associé à l’Institut de Diplomatie de Pékin (Chine)

… Il ne saurait venir à l’esprit d’aucun haut dirigeant chinois de s’exprimer dans une langue étrangère sur la scène internationale. Mais une autre particularité de la question linguistique en Chine doit être soulignée. Pays multi ethnique, 55 minorités cohabitent avec la majorité han, la langue officielle s’accommode fort bien du plurilinguisme. A noter que même chez les Hans , le buton hua n’est pas parvenu à supplanter l’usage des parlers dialectaux qui demeurent vivaces comme le cantonais, le shangaien etc.

Si donc la diversité linguistique, aux yeux des autorités chinoises, répond à une nécessité politique et culturelle chez elles, si elle en est une réalité, elle doit naturellement se matérialiser à l’extérieur parce que le respect de la différence constitue un des fondements de la politique étrangère chinoise traduite par le principe de société internationale harmonieuse.

Il n’est guère surprenant, dans ces conditions, que le français, langue olympique, ait été scrupuleusement respectée lors des Jeux de Pékin en 2008.

Pour la Chine, le plurilinguisme est une évidence. Il va aussi dans le sens de ses intérêts bien compris puisque seul un contexte de multilinguisme international est propice à la diffusion de sa langue donc de sa culture, diffusion assurée notamment par son réseau d’Instituts Confucius.


Albert Lourde

Recteur de l’université Senghor d’Alexandrie (Égypte)

Le Francophonie, me semble-t-il, est une communauté dont l’objet est de mettre en place des coopérations en français dans tous les secteurs de la vie, politique, économique, social, culturel, médiatique, scolaire, universitaire. Par conséquent un état francophone n’est pas un état où toute la population parle le français, ce serait une conception ridicule et grotesque de la Francophonie. Je rappelle qu’en France, au XVIIIème siècle, à peine 20% de la population parlait français dans l’Hexagone, et pourtant la France était le pays le plus puissant d’Europe, celui qui rayonnait le plus culturellement.

Un état francophone est un état qui s’engage à donner à son identité francophone en gestation, un minimum de visibilité et qui s’engage à former une élite francophone, dans tous les secteurs de la vie, pour rendre possible ses coopérations : coopérations juridiques, avec des juristes francophones, formations de médecins francophones, d’ingénieurs francophones, de chimistes francophones, d ’économistes francophones ; il faut mettre en place dans tous les secteurs une élite francophone capable de coopérer en réseau avec les autres élites de la Francophonie.


Christian Philip

Recteur de l’Académie de Montpellier

Comprenons aussi que le défi n’est pas un match contre l’anglais. L’anglais est la première langue de communication internationale et le restera dans les années à venir. Il faut savoir parler anglais. Le défi c’est de convaincre pourquoi il est souhaitable de ne pas maîtriser seulement sa langue maternelle et l’anglais, que c’est possible, que ce sera une voie indispensable à la réussite. Comprenons aussi que ce défi n’est non plus un simple combat pour défendre la langue française. Certes sans multilinguisme, la francophonie s’étiolera. Mais ce défi vaut bien pour d’autres langues qui toutes s’étioleront dans une société internationale où le multilinguisme disparaîtraient.


Katia Haddad

Professeur à l’université Saint-Joseph de Beyrouth (Liban) – Titulaire de la Chaire Senghor de la Francophonie de Beyrouth

Que dans certains pays, ou dans certaines régions, l’enjeu soit d’empêcher que l’anglais ne se substitue au français, on peut le concevoir. Cependant, ce qui nous semble désolant est que, pour ce faire, on a cru bon, depuis trente ans, sous le faux prétexte que l’anglais est plus facile à apprendre que le français, d’opter pour un « français facile » dans le système éducatif hors de France...

… Les conséquences d’une politique du français facile apparaissent dès la première inscription à l’université : à nombre d’années de scolarisation égal, les étudiants qui ont appris l’anglais comme seconde langue la maitrisent parfaitement, et n’éprouvent aucune difficulté ni à suivre des cours, ni à produire des travaux en anglais... Malheureusement, ceux qui ont suivi le même parcours, mais dans ce « français facile », sont trop souvent dans l’incapacité de poursuivre des études universitaire dans cette même langue, et se voient contraints, pour ce faire, de subir une mise à niveau linguistique dont les résultats restent aléatoires...

… Grâce à son système temporel extrêmement sophistiqué, le français permet à ses usagers l’inscription dans la linéarité temporelle, ce que ni la langue arabe ni la langue anglaise ne permettent (c’est une des raisons pour lesquelles, selon les théoriciens de la littérature, le genre romanesque est né en français un siècle avant sa naissance en anglais). Il se distingue aussi par la précision de son lexique, là ou par exemple en arabe la qualité de la langue du locuteur tient à la multiplicité des synonymes qu’il utilise. Le corollaire de cette précision du lexique en français est la connotation, c’est à dire le nombre de significations qu’un mot fait surgir par association d’idées, ce qui permet d’accéder à l’imaginaire et d’établir une complicité entre le destinateur et le destinataire. Enfin, il se caractérise par une syntaxe complexe et hiérarchisée là ou la langue arabe fonctionne essentiellement par coordination, accumulation ou juxtaposition.

L’année dernière, au cours d’un séminaire que je donnais à l’école doctorale de mon université, séminaire que j’ai évidemment donné en français, sur la cinquantaine d’étudiants inscrits, il y en avait une dizaine venant des pays du golfe, des étudiants anglophones donc, et quatre ou cinq étudiants venant d’Iran, bénéficiant donc tous d’une traduction simultanée en cabine. Quand je leur ai eu demandé les raisons qui les avaient amené à s’inscrire en doctorat dans une université francophone, eux qui en tout logique auraient dû s’inscrire à la prestigieuse Université Américaine de Beyrouth, leur réponse unanime était : il y a dans le système universitaire français des concepts, des abstractions et des modélisations qu’on ne trouve pas dans le système américain.


Jean Tabi Manga

Recteur de l’université de Yaoundé II (Cameroun)

La question du tout anglais était déjà posée dans les consciences. L’anglais, langue internationale de communication, peut-il exprimer tout seul toute l’expérience de la pluralité humaine.

L’émergence projetée de l’Afrique peut être une chance pour la Francophonie. Les rapprochements politiques et surtout économiques des pays africains francophones, anglophones, hispanophones, lusophones et arabophones créent de nouveaux espaces d’appels au français. Le fait que le Nigeria, le Ghana soient entourés d’états francophones crée une demande en faveur du français. Inversement, le Rwanda demandera l’anglais. L’Afrique émergente sera multilingue et le français aura sa place. A condition que le français dans cet espace soit attractif à l’égard de la jeunesse parce que porteur des modernités scientifiques, ingéniériques et technologiques outre les valeurs de liberté, de démocratie et d’état de droit.

L’expérience humaine est plurielle par nature et toute en nuance. Une seule langue, quelles que soient la richesse et la variété de ses formes d’expression ne saurait à elle seule rendre compte de la diversité des modes d’intervention humaine. Le multilinguisme, expression de la diversité culturelle, est la seule voie pertinente susceptible d’éviter le choc des civilisations.

Une langue, comme le français, ne sert pas exclusivement à la communication. Elle est aussi transmission des savoirs, dévoilement de la mémoire d’une communauté, de ses principes de vie, de ses codes et formes esthétiques, de son expérience du dire et du faire.


Seydou Madani Sy

Ancien ministre – Président d’honneur de l’Agence universitaire de la Francophonie (Sénégal)

… Au Sénégal, le français n’est plus considéré comme la langue du colonisateur, qui à l’époque coloniale prétendait imposer la civilisation française aux peuples colonisés. Avec l’indépendance des années 1960, le Sénégal, comme les autres pays africains anciennement sous domination coloniale française, considère le français comme un « acquis » avec ses valeurs universelles comme la liberté et la démocratie, devant aider les Sénégalais à se développer économiquement et culturellement.

Dans ce contexte particulier, le français est concurrencé de plus en plus par le woloff, qui s’achemine vers un statut de langue officielle, parce que parlée par 80% des Sénégalais, qui pratiquent en même temps une autre langue nationale qu’est leur langue maternelle, telle que le pular ou le sérère, reconnues par la constitution du Sénégal depuis la réforme de 1978.

Même si à terme le woloff devient une langue officielle au Sénégal, il est vraisemblable que le français, dans son statut privilégié dans le cadre de la mondialisation, continuera d’être une langue définitivement acclimatée au Sénégal comme langue internationale et locale en même temps.

A la suite de Senghor, l’humaniste, le Sénégalais d’aujourd’hui se considère comme le digne héritier du poète Président dans son combat pour la dignité humaine. Respecter les langues, c’est respecter l’homme. Comme le colonialisme a renoncé à sa supériorité d’antan, le monolinguisme prôné par certains est appelé à s’incliner devant l’attitude résolue des défenseurs du multilinguisme de raison.

P.-S.

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ZigZaguerie toute personnelle !

Venus de Lyon, Yaoundé, Erevan, Hanoï, Pékin, Paris, Tunis ou Dakar... ils sont recteurs, professeurs ou secrétaires généraux d’organisations engagées. Tous étaient conviés à venir s’exprimer et débattre avec ardeur dans la feutrée salle Caillemer de l’université Jean Moulin Lyon III. Un lieu dont le nom porte à résister. Car si on ne peut dresser un parallèle entre l’action souterraine, et plus que périlleuse, menée par celui qui donne son nom à l’université et l’action conduite aujourd’hui par la cinquantaine de militants présents dans la salle, force est de constater que le mot résistance n’est pas hors sujet !

L’invasion et la guerre dont il s’agit viennent cette fois du côté de ceux qui libérèrent l’Europe et le monde il y a 65 ans ! Une invasion linguistique et donc culturelle ! Encore une fois, loin de moi l’idée d’associer les deux combats... j’arrête là la comparaison, sous peine de devenir insultant pour les combattants de l’ombre des années 40...

La résistance d’aujourd’hui est une lutte de mots et un combat d’idées. Elle exprime la volonté farouche de préserver deux bienfaits de l’humanité : le multiculturalisme et le multilinguisme. Bataille d’arrière garde diront certains, les mêmes qui affirment que ceux qui se battent pour de telles ringardises seront catapultés loin de toute modernité. Car le sujet de savoir si le monde a le droit de ne point être uniforme et si les peuples gardent la capacité de vivre dans une société à l’image de leurs pairs, de leurs couleurs, de leur Histoire et de leurs bizarreries propres est propice à la caricature, à l’anathème et l’excommunication laïque ! Caricaturale ou non, la bataille est bien lancée... A tel point qu’il se dit que les plus hautes autorités de l’état français verraient d’un bon œil que les générations à venir, nées dans l’hexagone, sachent mieux le prétérit que l’imparfait ! Strange, is not it !? Cela se dit... mais cela semble tellement abracadabrantesque que ce n’est certainement qu’une rumeur, non ?... rassurez-moi ! Cela voudrait dire, si je comprends bien, que les jeunes Maliens, Moldaves, Vietnamiens, Tunisiens, Malgaches ou Arméniens ayant trimé durant des années pour se sentir familiers des mots écrits ou chantés par Molière, Victor Hugo, Senghor, Marguerite Yourcenar, Simenon, Jacques Brel, Jean Ferrat, Barbara, Juliette, Michel Tremblay, Andreï Makine, Kossi Efoui, Vanessa Paradis, Clarika, Jorge Semprun, Elias Sanbar, Abdellah Taïa, Liliana Lazar, Gilles Vigneault, Bessa Myftiu, Amin Maalouf, Vénus Khoury-Ghata, Kim Thúy, Lyonel Trouillot, Atiq Rahimi, Anouar Benmalek, Catherine Mavrikakis, Amadou Hampâté Bâ ou Bernard Lavilliers... ; ayant sué pour obtenir de haute lutte un visa sésame ; ayant fait la plonge ou gardé des gamins insupportables de longues soirées d’hiver pour arrondir leurs fins de mois délicates... viendraient poursuivre des études en France... en anglais ! Sans doute n’ai-je pas bien compris...

Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Je ne suis en rien hostile à la langue des Beatles ou de Steinbeck, j’ai moi-même « globishé » à de nombreuses reprises pour ne pas dormir dans ma voiture inconfortable ou pour ne pas rester muet devant un quidam ne parlant pas comme ma maman ; je suis le premier à me régaler des mots rocailleux chantés par Springsteen et je me vois bien traverser le Nevada ou le Montana en Harley... MAIS, enfin, est-ce une raison pour espérer réduire à néant le français, l’espagnol, le turc, le laotien, le bambara et l’occitan ? Pardonnez ma familiarité : « C’est quoi l’idée !? ».

Remarquez, à bien réfléchir, si le monde entier se met à parler un « anglais de cuisine » et gobe comme un poisson rouge toutes les anglosaxonneries qui lui passent sous le nez, qui remportera le cocotier en or ? Celui qui parlera fluently la langue dominante, pardi ! En fait, ce n’est pas bête ! Reconnaissons même que venant de London ou de Washington, l’idée et la volonté sont assez pertinentes. Ils auraient tort de ne pas essayer ! Mais nous, à Québec, Lausanne, Dakar ou Paris pourquoi faudrait-il que nous leur ouvrions la porte en dépliant le tapis rouge ? A ceux qui doutent encore de l’importance des questions posées par ces « Entretiens de la Francophonie », permettez-moi de rappeler les mots simples et directs de Patrick Le Lay, président directeur général de TF1 : « A la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit [...] Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ».* Vous me direz, peut-être, que je simplifie et que je reprends des mots mille fois commentés, je vous l’accorde ! Mais, honnêtement, les yeux dans les yeux, dites-moi que cette définition de la télévision ne vous fait pas froid dans le dos ?

Revenons, un instant, à la salle Caillemer...

… ses occupants d’un jour sont de ceux qui refusent de couper la branche sur laquelle ils sont assis, qui ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier et n’apprécient pas de se tirer une balle dans le pied... Ils sont de ceux qui cherchent à promouvoir un rêve francophone, à instaurer les bases solides d’un monde où les gamins dans la rue tireraient la langue aux passants en portugais, en woloff, en créole, en arabe, en français et même en anglais ; à montrer que l’économie, le droit, la diplomatie et les arts méritent mieux qu’une uniformisation de type rouleau compresseur.

Les paysans l’ont compris depuis des milliers d’années... la monoculture intensive appauvrit le sol. Sans doute, les promoteurs forcenés du tout anglais ne vont-ils pas souvent se ressourcer à la campagne ! Cela doit être ringard, aussi, la campagne ! Quand les tenants du tout anglais raillent les tenant de l’utilisation des langues maternelles ou des « petites langues » et les traitent joyeusement de ringards, je pense aux écoliers braillant dans la cour des écoles : « C’est celui qui dit qui y est, na ! »

* (Les dirigeants face au changement, Editions du Huitième jour).

Arnaud Galy

 

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