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« LANGUE FRANÇAISE - Entre euro-obligation, changement et carabin ! »

Voyages au pays des mots... trois offres !

le 27 mai 2012, par Arnaud Galy

Moderniser, enrichir, dépoussiérer, simplifier... La langue française est la bienheureuse proie d’une armada de beaux parleurs qui n’ont qu’un souhait : la garder vivante !

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Esprit carabin et scarabée...
Ph : ZigZagthèque

Moderniser, enrichir, dépoussiérer, simplifier... La langue française est la bienheureuse proie d’une armada de beaux parleurs qui n’ont qu’un souhait : la garder vivante ! Les uns scandent : modernisons la vieille Dame ! Les autres chuchotent : enrichissons la de notes exotiques ! Plus loin, les hygiénistes envisagent de la dépoussiérer, quant au plus grand nombre il appelle à la simplification... passons sur ceux qui rêvent de la marginaliser, ils constituent une autre armada largement moins bienveillante ! Passons mais ne les oublions pas !

Moderniser, enrichir, dépoussiérer, simplifier... la boite à outils permettant cette révision de type « contrôle technique automobile » est bien remplie, trop peut-être ! Des clients du café du commerce aux « personnes autorisées » gravitant au dessus de la mêlée, chacun a sa petite idée... En voici trois, venues tout droit de l’actualité récente ou à venir !


L’officielle

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Elle vient de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France. C’est à elle, vigoureusement épaulée par l’Académie française, que revient la délicate tâche d’élaborer des termes susceptibles de remplacer les bizarreries que nous impose l’actualité. Un exemple ? Prenons le dernier en date : Qui n’a pas entendu parler de l’épineux problème de dette qui plombe les sociétés et les états européens ? Pour résoudre, ou tenter de résoudre, cette tempête financière balayant tout sur son passage, les états membres de la zone euro pensent émettre des eurobonds ! What is it, eurobonds ? Pris par l’actualité, souvent terriblement rapide et percutante, les journalistes, les économistes et les citoyens attrapent un mot à la volée sans prendre le temps de bien le décortiquer. Résultat : Eurobonds, what is it ? Le mot est anglais, ce qui n’est pas une tare naturellement, mais ce qui prive de compréhension immédiate les non-anglophiles. Euro-obligation ne sonne-t-il pas mieux aux oreilles des francophones que nous sommes. La DGLFLF propose donc l’utilisation d’euro-obligation. Ainsi, le Journal Officiel, du 13 mai 2012, précise que la Commission générale de terminologie et de néologie recommande l’utilisation du mot euro-obligation dont la définition est : « Obligation publique émise dans la zone euro et garantie par l’ensemble des États membres de cette zone ou par certains d’entre eux. Note : L’émission commune d’euro-obligations, si elle était décidée, serait un moyen de mutualiser les dettes souveraines d’États membres de la zone euro. » Le processus est, sans doute, un peu formel et un brin long à se mettre en place mais il a le mérite de poser une norme et d’enrichir la langue. A ce jour, 6000 termes indispensables à la compréhension des affaires de l’audiovisuel, de l’économie, des sciences, de l’industrie, de l’architecture, de la robotique ou de la pêche sont en ligne sur www.franceterme.culture.fr

Une balade au pays des mots à effectuer sans crainte !


La festive chic

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À la Charité-sur-Loire (France), on joue, on triture, on déclame, on slam les mots. Plus abracadabrantesque, on danse, on projette et on expose des mots. Le mot est l’objet de toutes les ardeurs, il subit tous les assauts et n’en finit pas d’être prononcé, écrit, soufflé, crié, gémi. Cet événement annuel, parrainé par France Inter et TV5MONDE , réunit des écrivains, des éditeurs, des journalistes, des humoristes, des artistes et un public attentif et réceptif. Chaque année, des mots entrent en compétition. Cette année deux mots remportent la partie : Le jury a choisi « Twitter » alors que le public a préféré « changement ». D’autres mots ont perdu cette bataille pacifique : Agence de notation, Amalgame, Arrogance, Identité, Populisme, Tablette... Tous étaient choisis par le malicieux et irremplaçable linguiste Alain Rey. Un choix tout sauf innocent qui démontre à qui en douterait que le mot - donc la langue - est la première protection, la première arme, le premier outil, le premier avertisseur...

www.festivaldumot.fr

Du 30 mai au 3 juin


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« Souffler dans les bronches » !
Ph : ZigZagthèque

La festive potache !

C’est dans un lieu hautement sérieux qu’on peut visiter une exposition décalée et grinçante consacrée à la langue française : le musée de l’École de médecine navale de Rochefort (France). Elle illustre bien l’idée qu’on peut rire de tout à condition de savoir prendre du recul sur le 1er degré ! L’idée est simple : utiliser l’esprit et l’humour carabins afin d’offrir une lecture décapante de certaines expressions françaises comme « avoir une araignée au plafond » ou « engueuler comme du poisson pourri ». L’esprit carabin règne dans les écoles de médecines. Carabin vient de scarabée (scarabeus en latin) à savoir un petit insecte fouisseur auquel sont associés les carabins ou escarabins qui avaient la lourde tâche d’enterrer les morts. L’humour morbide et pas toujours « frais » permet aux acteurs des professions les plus rudes, par exemple médecins ou croques-mort, de ne pas se laisser écraser par les situations les plus déstabilisantes qu’ils affrontent quotidiennement. Les conservateurs du musée de l’école de médecine ont décidé de jouer avec les expressions de la langue française en les associant à des pièces sorties de leurs réserves et de leurs étagères ! Ainsi des petits papiers où sont inscrits « pomper l’air » ; « avoir l’œil », « couper la parole », peser ses mots » ou « être comme un poisson dans l’eau » sont accompagnés d’objets les plus insolites... les plus absurdes : un sabot, un os, un poisson séché ou une balance ! Tout cela n’est qu’un jeu qui n’a ni queue ni tête : Un jeu souriant, un appel à visiter le musée, un dépoussiérage de l’idée qu’on se fait des musées et de la langue française. Oui, on peut rire de tout... on peut même essayer de ne pas chercher midi à quatorze heures et sourire au 3eme degré !

www.musee-marine.fr

Jusqu’au 31 décembre

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« Avoir les dents longues » !
Ph : ZigZagthèque

P.-S.

POUR EN SAVOIR PLUS SUR l’ancienne école de médecine navale de Rochefort.

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L’ancienne école de médecine navale - Rochefort
Ph : ZigZagthèque

Fermons les yeux et imaginons-nous en 1822. « La Coquille », une corvette royale, explore le Chili et le Pérou puis va se perdre dans les eaux du Pacifique, quelque part entre l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Guinée. À son bord, le médecin René-Primevère Lesson prend soin des hommes soumis aux conditions de vie difficiles sur le navire, et recueille des informations sur la pharmacopée des mers australes. Son expérience servira de matière première pour la formation de ses successeurs.

Quand les tables naviguaient la somme de ces connaissances est aujourd’hui exposée à l’École de médecine navale de Rochefort. Au rez-de-chaussée, des tableaux représentent les portraits des « grands anciens » médecins ou chirurgiens. On marche sur les parquets cirés des salles d’exposition. Au premier étage, une extraordinaire bibliothèque signale que nous ne sommes pas dans un lieu ordinaire. 25000 ouvrages, classés sur de longues étagères, peuvent encore être consultés par les étudiants et les chercheurs. La plupart traitent de médecine ou de biologie, mais la culture générale n’est pas en reste : Montaigne, Aristote, Diderot et d’Alembert y côtoient des récits de voyages. Bien à l’abri, un incunable du XVe siècle est précieusement conservé. Il s’agit d’une traduction d’un livre en arabe sur les plantes. La grande table qui trône au milieu de la pièce est percée en son centre : elle était traversée d’un mât, au temps où elle naviguait. Avant de découvrir le dernier étage, revenons un instant sur l’histoire de cette École.

Une vraie boucherie Transportons-nous un instant au début du XVIIIe siècle, à l’époque où l’arsenal royal de Rochefort donnait du travail à des milliers d’ouvriers. L’environnement était hostile, marécageux, infesté de moustiques porteurs du paludisme. Imaginons que les conditions de vie à bord des navires et des goélettes. Des centaines de marins étaient entassés au milieu des animaux, de la poudre à canon et des vivres. Le scorbut décimait les hommes, et les blessés, lors des combats, recevaient des soins relevant plus de la boucherie que de la chirurgie. Pour être chirurgien, il fallait savoir manier le rasoir et... pas plus ! On comptait plus de morts dus aux conditions de vie sur les navires qu’aux combats. C’est alors qu’un certain Jean Cochon-Dupuy entre en scène. Ce médecin est catastrophé de voir ses jeunes collègues si ignorants en anatomie. La chirurgie, métier manuel, est alors fort différente de la médecine, plus intellectuelle. Il a alors l’intuition que la médecine et la chirurgie doivent se réunir. Il donne quelques cours de-ci de-là puis initie la création d’une École de médecine navale. Les élèves, entre 14 et 16 ans, sont sélectionnés sur un critère jusqu’alors négligé : avoir les mains propres et pas difformes ! Jean Cochon-Dupuy et ses confrères donnent des cours de médecine, de chirurgie et de botanique. A 18 ans, les chirurgiens embarquent sur les navires avec la mission d’opérer ou d’amputer, équipés de caisses remplies d’instruments de chirurgie.

Des comparaisons macabres Visitons maintenant le second étage, celui qui fait la réputation du musée. Fascinant ou terrifiant, chacun ressent la visite selon sa sensibilité. C’est à cet étage que l’on perçoit le passage entre l’ère du « bricolage » de la médecine du Moyen-Âge et celui de l’expérimentation. Pour que les apprentis chirurgiens comprennent les particularités du corps humains, ils doivent étudier et comparer. En un mot, ils doivent étudier et comparer. En un mot, ils doivent se faire la main. La mortalité était grande à Rochefort, et les cobayes ne manquaient pas. Dans cette grand salle, derrière les vitrines, des squelettes, des crânes et des os en tous genres s’offrent au regard du public. Certains crânes sont percés de trous dus aux trépanations qui étaient pratiquées sans anesthésie, simplement en bouchant les oreilles du patient ; des fœtus, des enfants mal-formés ou une main flottent dans le formol ; un système nerveux sont cousus sur une pièce de tissu...

Pour ceux qui supporteraient mal la vision de ce petit monde de l’horreur, qu’ils aillent vite au rez-de-chaussée. Là, se trouvent les vases à thériaque, ce contre-poison composé notamment de vipères séchés, d’opium et selon certains de crâne humain râpé... Heureusement, la médecine et la chirurgie ont beaucoup évolué, sans doute grâce aux expériences des élèves et des maîtres du Jean Cochon-Dupuy. De nombreuses avancées médicales sont nées à Rochefort, qui est restés au cœur de la recherche française jusqu’en 1964.

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L’ancienne école de médecine navale de Rochefort
Ph : ZigZagthèque
 

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