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« LIBAN - Dans l’œil du cyclone... »

... Ce que j’ai appris du Liban et des Libanais

le 1er décembre 2013, par Dominique Lidar

Grand animateur de la coopération franco-libanaise, Dominique Lidar répond ici à la question : « Pourquoi le Liban n’est-il pas un pays comme les autres ? ». Politique et déclaration d’amour.


Le Liban n’est pas un pays comme les autres

C’est ce que disent tous ceux qui y sont allés et y ont passé un peu de temps. Comme c’est mon cas, rien donc que de très banal à ce que je dise à mon tour «  Le Liban n’est pas un pays comme les autres ». Mais en quoi est-il si différent des autres ? Après tout, des pays aussi anciens, avec autant de vestiges antiques, des populations aussi accueillantes, un climat très agréable, des paysages grandioses et variés, ce n’est pas ce qui manque et on ne dit pas à chaque fois que ces pays ne sont pas comme les autres, si ce n’est pour dire qu’on est allé à l’étranger. Non, c’est autre chose. Quelque chose qui tient à une sorte de vibration dans l’air qu’on y respire. Quelque chose qui tient à une sorte de tension que l’on y ressent en permanence. Quelque chose qui tient à une espérance que l’on s’attend à voir surgir à chaque instant.

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Dominique Lidar
Ph : Aimablement prêtée par DL

Après 11 séjours dans ce pays entre septembre 2011 et juillet 2013, je suis convaincu qu’il a quelque chose à nous dire qui dépasse l’étroitesse de ses limites géographiques, l’insignifiance de son poids politique au niveau international, et les imbroglios sans fin de sa politique intérieure. Je dis cela, non seulement parce que je suis allé de nombreuses fois au Liban en quelques mois, mais aussi parce que ce que j’y ai entrepris m’a amené à percevoir de nombreux aspects de la réalité libanaise sous autant d’angles différents.

J’y suis d’abord allé à l’invitation d’un cabinet de consulting international spécialisé dans les interventions auprès des gouvernements de pays en voie de développement et intéressé par mon expérience en tant qu’élu et ancien chef d’entreprise publique ou semi-publique. Puis, j’en ai profité pour nouer des liens privilégiés entre les collectivités territoriales dans lesquelles j’ai un mandat et des institutions sur place dans le cadre de la coopération décentralisée. De même, j’ai suscité des mises en relation entre des entreprises ou associations midi pyrénéennes et des entreprises ou des associations libanaises. De toutes ces actions, pas loin d’une dizaine en tout, si je devais aujourd’hui, n’en citer que trois, je citerais le projet de développement d’un secteur locatif social financé par l’Union Européenne porté par Odos, commune dont je suis le maire, la création d’une société de droit libanais spécialisée dans la production de bio intrants pour l’agriculture biologique, et l’organisation de la participation française au dernier festival de Noël de la ville de Dhour Shweir.

L’idée du projet avec l’Union Européenne est née de la première impression que j’ai eue en arrivant à Beyrouth lors de mon premier séjour en septembre 2011, Celle d’un urbanisme chaotique et peu concerné par les questions environnementales. Situation née de l’urgence créée par la guerre civile et des nombreux déplacements forcés de population qu’elle a entraînée, mais aussi d’une spéculation foncière et immobilière effrénée qui a suivi la période de reconstruction et qui se poursuit encore. Quand j’ai interrogé mes interlocuteurs sur les conséquences d’une telle situation, j’ai eu la surprise de constater qu’une famille ordinaire n’avait pas d’autre possibilité que d’acheter son logement si elle voulait être convenablement logée et que les municipalités n’avaient guère de moyens d’action, en tout cas opérationnels, pour aménager leur territoire. Ancien dirigeant d’une société d’économie mixte immobilière, il m’a semblé naturel de proposer d’étudier les conditions d’une transposition de cet outil à l’occasion d’un appel à projets lancé par la délégation de l’UE à Beyrouth. Déposé en janvier 2012, en partenariat avec l’Association de développement Rural (ADR), une importante organisation de la société civile, basée à Tyr, le projet a été validé en novembre de la même année et est actuellement en phase de réalisation. Le financement de 112 000 € pour 36 mois, dont 80 000 € de l’UE, a permis le recrutement d’une coordinatrice permanente sur place. Un site internet www.toitlibanais.com a également été ouvert pour détailler l’action et informer sur son déroulement.

Le deuxième projet est né de contacts noués lors des dernières assises de la coopération décentralisée franco-libanaise qui ont eu lieu à Beyrouth en octobre dernier. C’était les deuxièmes du genre et elles ont réuni près de 300 élus, français et libanais. J’étais moi-même accompagné de deux autres maires de la communauté d’agglomération du Grand Tarbes. J’y ai rencontré, un entrepreneur, et me suis rendu en janvier de cette année, à son invitation, à Saghbine, sa ville natale, dans la Békaa Ouest, au bord du plus grand lac intérieur du Liban, le lac Qaraoun.


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Le lac Qaraoun
Ph : Aimablement prêtée par DL

Cette très belle région, ex-centrée, dont le député, Robert Ghanem, est l’actuel président de la commission des lois au Parlement, a la particularité d’être largement mixte. Les terres agricoles y ont été longtemps abandonnées. Elles sont actuellement progressivement remises en culture grâce, notamment, à Elie Chewhane et à une équipe d’entrepreneurs-producteurs qu’il a su constituer. Elles ont la particularité d’être très préservées et de ce fait propices à l’agriculture biologique. Pour en accroître les rendements et faciliter le maintien sur place de populations tentées d’aller sinon à Beyrouth pour essayer de trouver un emploi, il a joué un rôle moteur dans la création de la société de droit libanais Biotec sal. Suite à ma rencontre en France avec deux jeunes chercheurs franco-libanais spécialisés dans les micro-algues et les intrants bio-sourcés pour l’agriculture biologique, je les ai amenés à rencontrer Elie Chewhane. De cette rencontre est née la société Biotec sal au capital de 30 millions de livres libanaises implantée dans la Békaa Ouest.


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Des terres propices à l’agriculture bio
Ph : Aimablement prêtée par DL

Le troisième projet est né lui aussi de contacts fortuits à l’occasion de l’un de mes séjours. La ville de Dhour Shweir dans le Mont Liban est une des plus animées. Présidé par Elias Bou Saad, également doyen de la faculté de Droit d’Abou Dhabi, et dont la femme Julia, est une cantatrice reconnue internationalement, la municipalité est très active et organise chaque année de nombreuses manifestations. L’une des plus importantes est le festival de Noël qu’elle organise à la mi-Décembre de chaque année et qui rassemble plusieurs milliers de spectateurs. Placée sous le Haut Patronage de l’Ambassadeur de France, Patrice Paoli, elle a donné lieu pour la première fois à l’ouverture d’un salon franco-libanais du vin et des produits du terroir. Outre l’organisation de la venue de la chorale Voces Intimae, originaire du pays de Couserans, dans les Pyrénées orientales, et habituée des festivals internationaux de musique sacrée, j’ai pu ainsi faire connaître différentes spécialités des Hautes Pyrénées comme le chocolat artisanal du maître chocolatier Xavier Berger, le jambon labellisé Noir de Bigorre, et le madiran du Domaine Pichard. Bénéficiant d’une très bonne couverture médiatique et de la visite du Ministre du Tourisme, Fadi Abboud, un des plus importants au Liban, l’opération a confirmé l’attrait des produits gastronomiques français et la nécessité d’en assurer la promotion et le suivi. Cette initiative a fait suite à une réflexion que nous avons eue entre élus sur le fait que l’ouverture internationale que donne la coopération décentralisée devait aussi pouvoir se traduire par de nouveaux flux économiques entre territoires partenaires. Préoccupation qui ne nuit en rien à la nécessaire solidarité entre les peuples tout en présentant l’avantage de mieux en assurer la pérennité dans un contexte de restriction budgétaire et d’hostilité plus marquée à l’égard de ce qui peut apparaître à une partie de la population comme accessoire et peu utile. Par ailleurs, elle ne se surajoute pas à d’autres dispositifs, mais vient plutôt les compléter par une approche qu’ils ne peuvent avoir. Cela suppose bien évidemment d’agir dans ce cas avec un grand souci de transparence et de mesure.


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La chorale Voces Intimae, une note pyrénéenne.
Ph : Aimablement prêtée par DL

Quand on évoque le Liban, et qu’on veut souligner son caractère spécial, il est habituel de citer la phrase que Jean-Paul II a dit lors de sa visite de 1997 « Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message ». Ce faisant, il n’a été ni le premier, ni le dernier, à faire état de cette caractéristique. En 1964, le père dominicain Louis Joseph Lebret, de la mission IRFED, qui a eu un grand retentissement pendant la Présidence Fouad Chéhab, au moment de quitter le Liban, a prononcé à l’hôtel Phoenicia, une conférence très remarquée intitulée « Le Liban au tournant ». A la fin de cette conférence, il concluait « Il est grand temps de formuler un idéal libanais, et de former, non pas l’européen idéal, non pas l’américain idéal, non pas l’extrême-oriental idéal, non pas l’africain idéal, mais le libanais dont le pays et le monde ont besoin, du plan le plus technique au plan le plus intellectuel et spirituel. » Et ce n’est pas tout, il poursuivait en disant « Le monde a besoin, sous tous les aspects, d’une synthèse Orient-Occident, en profondeur, et non pas seulement dans le vernis facile qui permet l’éclat de la parole, l’éclat du verbe. La culture libanaise doit à la fois s’étendre et s’approfondir  ». Or malheureusement, devait-il finalement dire « Le Liban, d’où devrait partir un grand souffle spirituel, chargé des valeurs orientales et occidentales, apporte trop peu, beaucoup trop peu, pour la réponse à l’angoisse de l’humanité, dans son immense et universelle aspiration à avoir plus  ». On sait ce qu’il en advint. Le tournant fut mal pris et s’en suivirent 15 ans de guerre civile. Les dégâts matériels et humains furent considérables. Rapporté à la population française, le nombre de victimes est équivalent à celui de la première guerre mondiale. La situation, aujourd’hui, est toujours aussi problématique, même si les risques d’un retour à la guerre civile paraissent très limités. Alors que les troubles et les évènements dramatiques ne cessent de s’enchaîner autour de lui, et que les réfugiés, une fois de plus, affluent sur son territoire, le Liban est comme placé dans l’œil du cyclone qui balaie toute la région. Il ne faudrait pas qu’une fois de plus il en soit la victime. Car, ces paroles de vérité que le Liban inspire, demeurent toujours aussi intensément d’actualité et justifient toutes les formes d’engagement qui puissent lui donner la capacité de jouer le rôle qu’on attend de lui. Pour conclure, on peut faire sien, sans peine, et quoi qu’il en soit, le constat de l’ancien Premier Ministre, François Fillon, de passage à Beyrouth, au début du mois de juin : « On ne parle pas assez du Liban en France. Or ce pays est important pour notre histoire et notre culture ».

Voir en ligne : Lire Dominique Lidar dans ZigZag

P.-S.

Dominique Lidar est maire d’Odos Vice-Président du Grand Tarbes - France.

Séjours 2011 – 2013


Photo de la page d’accueil : Flickr - arnofoto.fr

 

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