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« Le Conservatoire du littoral »

STOP au béton !

le 5 janvier 2010, par Dominique Colonge

La France est parfois montrée du doigt pour son manque de fibre écologique, ce qui dans bien des cas est vrai. Pourtant elle est parfois novatrice en ce domaine. La preuve : Le Conservatoire du littoral. Cet organisme d’État, créé en 1975, a pour mission d’acquérir des espaces naturels côtiers ou lacustres et de les sauvegarderdes méfaits de l’urbanisation et de la surpopulation.

Préservons avant qu’il ne soit trop tard !

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Gard, la pointe de l’Espiguette

Dans les années 1960, le développement du tourisme de masse sur les côtes françaises a occasionné une urbanisation anarchique dominée par le béton. L’action des promoteurs immobiliers avides de revenus faciles et des communes peu soucieuses de l’équilibre de l’environnement a défiguré un grand nombre de sites paysagers. Le Var, la Vendée ou les côtes normandes furent enlaidis par des immeubles sans style et des infrastructures routières absurdes. Bien avant que la protection de l’environnement ne soit à la mode et que la notion de développement durable n’apparaisse, quelques hauts fonctionnaires et « élus du peuple » tirèrent le signal d’alarme. La bétonneuse avançait à grande cadence. Le littoral français allait devenir un immense chaos, éliminant peu à peu l’attrait touristique majeur du pays, à savoir son cadre naturel. Le Conservatoire du littoral est né de cette peur. Il s’agit d’un Établissement Public doté d’un budget annuel de 30 millions d’euro dont 25 millions sont consacrés à l’achat et à l’aménagement de sites. Sa mission est d’empêcher la spéculation financière en interdisant définitivement tous rachats et toutes constructions sur les sites qu’il acquiert. Aujourd’hui plus de 73 000 hectares représentant 300 sites sont à l’abri de la catastrophe.

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Gironde, le bassin d’Arcachon

Une gestion partagée

Les sites achetés sont choisis en fonction de trois critères principaux : Une menace directe par l’urbanisation, la dégradation rapide de l’écosystème ou la volonté de rendre accessible au public un site interdit jusqu’alors. Au-delà de la protection environnementale des sites, le but est de permettre une activité raisonnée sur les parcelles achetées.

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Gard, la pointe de l’Espiguette

Il n’est pas question de concevoir des « musées » ou des « parcs animaliers » où l’homme serait exclu. Les agriculteurs, les pêcheurs à pied et les touristes sont les bienvenus à condition qu’ils respectent les chartes de chaque lieu. Le Conservatoire du littoral est une petite structure n’ayant qu’une centaine de salariés et 450 gardes* disséminés du Nord-Pas-de-Calais à Nice, sur les berges de quelques lacs en métropole et sur les côtes des îles françaises du bout du monde, comme St-Pierre et Miquelon. Il élabore un plan de gestion du site et réalise les travaux principaux de réhabilitation. Ensuite, la gestion au quotidien des zones protégées est confiée aux collectivités territoriales, par exemple les communes. Selon les caractéristiques environnementales d’un site, la gestion doit répondre à plusieurs types de questions : Comment garder la diversité biologique ? Dans quelles conditions le public peut-il y accéder ? Quelles constructions, déjà bâties, doit-on conserver ? Quelles sont celles que l’on doit détruire ? Quel type d’agriculture autorise-t-on ? La chasse et la pratique sportive sont-elles acceptables ? Naturellement, il n’y a pas de débat autour de la présence d’automobile sur le site. C’est non ! Mais, au fait, qui s’accorde le droit d’édicter les règles ? La réponse est simple : un comité scientifique. L’originalité de ce comité, garant de la crédibilité des décisions, tient au fait que les membres ne sont pas exclusivement des spécialistes de l’environnement ou des géographes. Certains membres sont des agronomes, des sociologues, des juristes et même des historiens et des philosophes. L’éclectisme des spécialités contribue à ne pas enfermer le Conservatoire dans un dogme trop rigoureusement écologique. N’oublions pas que 30 millions de promeneurs fréquentent les sites protégés !

Sur le terrain

La Pointe de l’Espiguette est un des sites symboliques du travail et du combat du Conservatoire. Proche du Grau-du-Roi, dans la Camargue gardoise. Ce long cordon dunaire fut menacé, dans les années 80, par un projet immobilier. Le premier combat fut gagné en rachetant le site en danger avant que le béton ne coule à flot. Pourtant, la lutte est loin d’être finie, car maintenant chacun se bat contre … la mer Méditerranée. Depuis des siècles le Rhône dépose des alluvions et peu à peu la terre a gagné sur la mer. Mais au cours du 20ème siècle le fleuve a diminué par 5 sa quantité d’alluvions. L’Espiguette est maintenant un enchevêtrement de lagunes, de bras morts et de dunes instables qui est en danger à chaque tempête. Les dunes s’écroulent, les plages reculent et la végétation est malmenée par les vents et le sel qui détruisent tout sur leur passage. Comme si cela ne suffisait pas, ce paradis pour les oiseaux est aussi très apprécié des touristes. L’été, chaque jour, on compte 30 000 baigneurs. La plupart viennent en voiture ! Le Conservatoire est chargé de protéger les plantes qui retiennent le sable tout en permettant l’accès au plus grand nombre de vacanciers. Vaste problème ! Fort heureusement tous les sites protégés par le Conservatoire ne sont pas si complexes. Par exemple, la Baie de Somme et le Parc du Marquenterre peuplés d’oiseaux et de veaux marins ! Ces deux sites très proches l’un de l’autre ne sont pas situés dans les régions touristiques classiques. Le Nord de la France n’est pas réputé pour ses hautes températures. Le paysage est plat, venté, nuageux… et attrayant pour les migrateurs à plumes et les mammifères marins. L’ensemble a un petit air de Galapagos à la française que le Conservatoire du littoral observe grâce à des gardes à cheval.

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Finistère, la pointe du Raz

Et maintenant ?

Les yeux des responsables du Conservatoire du littoral sont maintenant tournés vers 2050. Selon des prévisions les côtes françaises seraient alors peuplées d’environ 4 millions d’habitants supplémentaires. Il est impératif de maintenir des espaces vierges en continuant à acquérir des sites. Emmanuel Lopez, directeur du Conservatoire sait où il va : « Notre ambition, d’ici à 2050, est de disposer de 200 000 hectares afin d’atteindre le tiers naturel, ce qui signifie multiplier par trois la surface actuelle* ». Cette volonté s’accompagne d’un changement de cap. Jusqu’en 2002, le Conservatoire ne s’attachait qu’à des espaces côtiers. Mais depuis la loi votée le 27 février 2002, il lui est possible de se faire attribuer des sites appartenant au domaine maritime public. « Afin de créer de grands sites cohérents qui associent la terre et la mer, en échange permanent », souligne Emmanuel Lopez. Espérons que le pari sera gagné, rendez-vous en 2050 pour un bilan !

* les gardes sont rémunérés par les collectivités territoriales qui gèrent les sites.

* Interview donné au magazine « Terres Sauvages »


... quelques bijoux protégés par le Conservatoire du Littoral

Les prés salés du Mont St-Michel

Si le Mont-St-Michel est un des hauts lieux du patrimoine français, il le doit à son architecture singulière et à la source de spiritualité qu’il dégage, sans oublier son environnement vierge de toutes constructions superflues. Les visiteurs en profitent, les moutons de prés salés, les oies ou les bécasseaux sanderling aussi.

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Finistère, la pointe du Raz

La Pointe du Raz

Comme une langue de cailloux déchiquetée qui s’enfonce dans l’Océan. Face à elle, l’Ile de Sein et encore plus loin l’Amérique ! Emblème d’une réussite pour le Conservatoire, la Pointe du Raz était condamnée à devenir un gigantesque parking à voitures, planté de boutiques de souvenirs. C’était dans les années 60, avant que les « bons génies » du Conservatoire ne lui rendent sa légende de terre de bout du monde.

Les Dunes de Gironde et des Landes, Le Delta de la Leyre

La Leyre est une minuscule rivière qui vient se jeter dans le Bassin d’Arcachon, et permet à celui-ci de ne pas se fermer à la hauteur du Cap Ferret. La Leyre est peuplée de loutres et d’oiseaux migrateurs. Les cordons dunaires (Cap Ferret, Pilat et plus au sud à Hossegor et Seignosse) qui mènent un combat sans merci avec le vent et les marées sont eux aussi protégés par le Conservatoire.

Le Domaine du Rayol

Très proche de la Presqu’île de Saint-Tropez, elle aussi choyée par le Conservatoire, le Domaine du Rayol est un lieu de promenade exotique et spectaculaire. Entouré de forêts méditerranéennes et de plantes émigrées de terres tropicales, le Domaine offre un panorama magnifique sur « la Grande Bleue ».

Le Désert des Agriates

Avec ses 5500 hectares, le Désert des Agriates est le site protégé le plus étendu. Autrefois peuplé de bergers et produisant des olives et des céréales, ce territoire écrasé de soleil concentre l’âme de la Corse : le maquis et la Méditerranée. Les chèvres sauvages, l’aigle royal et une flore exceptionnelle sont les seuls habitants. Les incendies menacent chaque été de réduire l’ensemble en cendres. Promeneurs... attention à vos gestes !

Lecture audio

Le Conservatoire du littoral
par Corinne Pougnaud
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