Se Souvenir c’est Progresser
Cet ailleurs est entouré par un environnement intellectuel et social vécu différemment par les uns et les autres. Si le temps est à la mémoire revoyons ensemble cet enjeu psychologique et identitaire. Comment l’entretenir ? Or, la mémoire du Têt est instaurée à la lueur du souvenir des faits et gestes de ceux et de celles qui ont toujours été fascinés par les phases de la lune. Tradition oblige. En effet, les phases de la lune correspondent à ses portions illuminées par le soleil qui sont visibles de la Terre. La Lune tournant en orbite autour de la Terre, ces portions ne cessent de changer en fonction de la position de l’astre. Comment expliquer à nos jeunes têtes tous les cycles lunaires vécus par la plupart d’entre nous comme des évènements historiques ? Par exemple, il suffit de penser et de revoir se dérouler l’offensive du Têt 1968 dans la nuit du 30 au 31 janvier quand les forces du Front National de Libération du Sud Vietnam (FNL)(1) ont lancé une série d’attaques surprises sur la quasi-totalité du territoire du Viêtnam du Sud. Au total, plus de 100 villes sont ciblées, dont la capitale, Saigon. L’offensive du Têt a constitué la bataille la plus importante naviguant vers la fin du conflit au Viêtnam. Car elle a été l’embrasement, la guerre généralisée. Les Américains sont partout sur la défensive. Le général américain, commandant à Saigon, déclare que pour assurer la sécurité en ville, il lui faudrait les 500 000 G.I. répartis sur l’ensemble du Vietnam. Le gouvernement de Hanoi et le F.N.L., en envoyant leurs soldats à la mort, leur ont promis la victoire pour ce mois de février, selon les documents interceptés par les services de renseignements américains. Pour ces services, qui n’ont cessé de décrire, au cours des mois, l’usure de l’ennemi, il s’agit d’un « sursaut de désespoir" ou d’une « diversion ». Mais pour des dizaines de millions d’Américains, à 14 000 km de distance, c’est un réveil brutal. On parlait d’impasse, d’enlisement. L’incendie de Saigon illumine une guerre et un Vietnam ignorés (2).

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Captivés par les effets lunaires ou par les récits des anciens résistants à l’envahisseur d’où qu’ils viennent, les Vietnamiens d’ici ou d’ailleurs ont toujours su garder en mémoire la réalité des faits historiques. Or, la Mémoire du Temps Passé a pour vocation la sauvegarde du patrimoine des Hommes ainsi que la diffusion des connaissances sur ce patrimoine.
En France, concernant le patrimoine, le citoyen et l’historien partagent la passion commune de dire le vrai et de redresser le tir quand on dit n’importe quoi dans l’espace public. Sur le sujet tant controversé de la « repentance », les historiens de France devraient s’entendre pour rendre publique une déclaration commune dans laquelle ils soutiendraient le principe d’une reconnaissance de responsabilités de la puissance publique française dans les traumatismes qu’a entraînés la colonisation. La pétition contre la loi du 23 février 2005 qui enjoignait d’enseigner les aspects positifs de la colonisation française a rencontré un grand succès auprès des historiens et enseignants en histoire. (3)

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Au Vietnam, pour la première fois, la victoire de Dien Bien Phu a été racontée par les « Bo Doi » à travers les enquêtes d’un groupe de journalistes vietnamiens qui ont contourné le mur de l’histoire officielle pour raconter la bataille vécue par de simples travailleurs, soldats, infirmiers en croisant leurs récits avec ceux de personnes plus influentes présentes également sur le terrain, à l’instar des généraux Giap et Khanh. Un travail qui aurait été impensable quelques années plus tôt. Mais pourquoi personne ne parle de Dien Bien Phu ? “Face à la victoire, les personnes qui ont pris part au conflit ne trouvaient plus leur place et étaient intimidées : elles avaient peur de sortir des jalons fixés par l’histoire officielle“ (4). C’est un puzzle que nous nous sommes minutieusement efforcés de recomposer“. De ce fait, ce travail de mémoire a pu restituer la parole aux acteurs, victorieux sur le terrain à Dien Bien Phu.
Du simple souvenir de la fête du Têt, nous nous sommes laissée voguer vers l’essence même de la représentation de la mémoire collective dans l’imaginaire de nos us et coutumes. Que nos enfants nés ici ou ailleurs apprennent le quôc ngu comme une langue étrangère est un constat repris mais pas forcément accepté par bon nombre d’entre nous. Toutefois, qu’ils dansent et chantent lors d’un événement traditionnel reste une joie familiale car le Têt est pour les yeux enfantins ébahis la célèbre danse du dragon, les vêtements neufs portés à cette occasion ainsi que les li si (étrennes) reçus dans des enveloppes rouges, lors de la cérémonie des vœux aux parents et grands parents. En outre, selon l’Association des Vietnamiens de Loire Atlantique (AVLA) les Vietnamiens d’ici ou d’ailleurs doivent impérativement ranger soigneusement leur maison afin d’accueillir dignement les esprits. Les femmes cuisinent des mets traditionnels et l’on dispose des fleurs un peu partout pour chasser les mauvais esprits, à défaut de pétards qui ont été interdits au Vietnam. Les règles à respecter pendant le Têt : la première personne qui franchit le pas du foyer le jour du Têt, doit être un individu respecté, riche et en bonne santé, dans la mesure du possible. La prospérité de cette personne garantit au foyer une année pleine de succès. Deuxième règle d’or : pas de disputes ou de querelles le jour du Têt. 2011, pour le Têt Tân Mao, année du chat, l’heure est à la quiétude et au calme, après les difficultés et remous de l’année du Tigre. La tendance est aux plaisirs simples de l’amitié, des rencontres familiales et des échanges chaleureux (5).

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Le Têt Tân Mão commence le 3 février mais l’Union Générale des Vietnamiens de France (UGVF) et l’Union des Jeunes Vietnamiens de France (UJVF) nous invitent à fêter l’événement le samedi 5 février 2011 à la Maison de l’UNESCO avec un programme haut en couleurs, chants, danses, théâtre, cabaret et divers expositions de photos, de livres et d’artisanat.
Si la mémoire est cet impact psychologique et identitaire, les Vietnamiens l’entretiennent à travers l’événement traditionnel tel que la fête du Têt. Quant à l’enjeu politique, faut-il encore vouloir évoluer avec le temps et le contexte social et économique dans le lequel ils vivent leur quotidien. L’impact du Têt dans la mémoire des Vietnamiens d’ici et d’ailleurs est à ce prix constructif du donnant-gagnant.
(1) Le Front national pour la libération du Sud-Viêt Nam (FNL), Mặt Trận Dân Tộc Giải Phóng Miền Nam Việt Nam (Front populaire pour la libération du Sud du Vietnam), abrégé en Mặt Trận Giải Phóng Miền Nam (Front pour la libération du Sud), a été créé le 20 décembre 1960 incitant tous les vietnamiens à le rejoindre pour s’opposer au régime de Ngô Đình Diệm et de réaliser l’indépendance et l’unité du Viêt Nam.
(2) L’Express (France), 5 au 11 février 1968, p. 15.
(3) Gilbert Meynier et Éric Savarese : France-Algérie : histoire et enjeux politiques, août 2007 http://www.algeria-watch.org/fr/art...
(4) Collectif, Dien Bien Phu vu d’en face, Paroles de Bô doï, Decitre (ed), 2010
(5) Le Têt d’AVLA) aura lieu le samedi 5 février 2011 de 18 heures 30 à minuit 30, Centre Socioculturel du Soleil Levant 42 – 44, rue de la Blanche - Crémetterie 44800 Saint-Herblain.

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