Mahboubeh Fahimkalam et Mohammad Reza Mohseni. Maîtres Assistants à l’université islamique Azad d’Arak. Iran.
13 février 2011
Nowruoz est la plus ancienne et la plus chère des traditions iraniennes, cette fête rappelle les temps de l’Iran de la mythologie, l’Iran d’Ahura Mazda.
Le mot Nowrooz est composé de deux très anciens mots persans,« Now » qui signifie nouveau et« Rouz » qui signifie jour. Le jour nouveau en Iran la nouvelle commence au premier jour du Printemps, au 1° Farvardine du calendrier iranien , c- à-d le 21 Mars.
Les iraniens ont des coutumes particulières pendant ces jours du premier du printemps. À titre d exemple :
En attendant le nouvel an, on a les cérémonies des achats du Nowrouz, qui concernent des habits neufs, spécialement pour les enfants, les jeunes et les jeunes mariés. On achète aussi des ajils (pistache,noisettes,…), des fruits, des gâteaux et des chocolats pour le jour de Nowrouz. Les jeunes s’assoient à côté de la nappe de sept « S » en mettant les habits neufs.
En attendant le Nowrouz , on nettoie la maison à fond : on lave les tapis, les rideaux, etc…Cette affaire s’appelle« khane takani ». On pense que cela remonte aux origines pastorales et nomades du peuple des plateaux iraniens. Les iraniens croient en pureté, soit pureté de place où on habite, soit pureté du cœur. Ils oublient les méchancetés d’autrui et par cela, ils ne gardent jamais des rancunes dans leurs cœurs au nouvel an.
L’une des coutumes très belles des persans pendant ces jours, c’est« kachte sabseh ». On fait germer des graines du blé dans une assiette, ou sur un pot et après avoir poussé, on ceinture un ruban rouge autour des graines. C’est le symbole de la prospérité.
Le dernier mercredi de l’année, est l’occasion d’une cérémonie populaire qui s’appelle« Tchahar-Chanbeh-Souri ». C’est le culte du feu et de la lumière. La cérémonie se déroule dans la nuit du mardi au mercredi. On fait du feu et tout le monde saute par-dessus du feu en criant : « Sorkhi e to az man, zardie man az to ».
Ce qui signifie littéralement « ton rouge pour moi et mon jaune à toi ». En disant cette phrase, on demande au feu, symbole du soleil qui va à nouveau briller tout le temps jusqu’à l’hiver prochain de donner la vivacité,et la couleur « jaune » est le symbole des maladies, des fatigues et des peines.
Le personnage qui annonce le Nowrouz s’appelle« Haji- Firouz ». Il passe dans les rues en chantant :« Haji-Firouze…Sali ye rouze… » :« Haji-Firouz ne vient qu’une fois par an ». Il chante en dansant dans les rues et les gens lui donne de l’argent comme cadeau.
Dans la maison, on dresse une nappe sur la terre ou étendue sur une table. Sur cette nappe, on met « Haft sin » ;cest- -dire sept éléments naturels dont les noms commencent par un« S » (Sin). Les 7 éléments de Nowrouz sont :
1. Sabzi (blé en herbe) symbole de renouveau et de la bonne fortune
2. Samanou (sirop de blé) symbole de fertilité et d’abondance
3. Senjed, symbole de l’amour
4. Sib (pommes) symbole de la beauté naturelle
5. Sir (ail) symbole de Sagesse
6. Somagh (sumac) symbole du Soleil naissant
7. Serkeh (vinaigre) symbole de sagesse et patience
Les iraniens ajoutent le Coran, le miroir, une chandelle, des œufs peints, un bocal contenant un poisson rouge vivant (symbole de la vie) sur cette nappe de sept « S ». À l’occasion de Tahvile sal, le père de la famille lit le Coran et prie pour toute sa famille. On lit également les poèmes de Hafez, poète mystique iranien .
Pendant les premiers jours du printemps, tout le monde se rend visite. Mais les plus jeunes visitent les parents.Et les aînés offrent de l’argent aux jeunes invités comme cadeau « eidi ».
Ces visites durent presque 12 jours. Et le dernier jour de Nowrouz ; c’est-à-dire le 13 farvardine s’appelle le « Sizdah bedar ». Ce jour, les iraniens quittent leurs maisons et ils passent leurs journées dans le cœur de la nature.
Bibliographie :
1. Bahrami Askar,jachnhaye iranian,Teheran,daftar e pajouheche farhangi,1383.
2. MASSE Henri, Origines des Haft Sîn , croyances et coutumes persanes, Paris, Maisonneuve, 1938.
14 octobre 2011
Sohrab Sépéhri, un des grands poètes iraniens du XX siècle est né à Kachan en 1928 et mort en 1980 à Teheran. Il a fait ses études primaires et secondaires à Kachan. Au cours des études qu’il suit dans sa ville, le jeune garçon choisit très vite ce qui l’intéresse plus que tout : la peinture. Il faisait ses études à l’université de beaux arts de Teheran. Il est aussitôt célébré par le monde artistique comme prodige. Mais son intérêt pour la poésie ouvre son inspiration à l’imaginaire. Ses goûts vont alors à une poésie volontiers conservatrice : indifférent de ce qui se passe autour de lui, il chante ses souffrances personnelles et il décrit un monde très idéal constitué dans la nature. Il est très célèbre par son recueil intitulé Huit livres (Hacht ketab).
Sépéhri, un poète romantique :
On pourrait dire de lui qu’il est romantique de tempérament et de goût. Pour lui, comme pour tous les poètes romantiques français (comme Lamartine, Rousseau…) le moi parlant et la nature sont au centre des expériences poétiques. Tous ces poètes en faisant des vers sur la nature, l’adorent. Mais ce qui les diffère l’un de l’autre, c’est la raison de l’adoration. En contemplant la nature, le poète iranien, Sepehri devient un mystique et il sent la présence de Dieu. Son âme pure accompagne toujours les moments verts de la nature de ce monde, mais son regard fixe le monde mystique.
Nature :
Sépéhri a accordé une large place à la nature dans ses œuvres poétiques. Thème privilégié de ce poète iranien, la nature revêt quatre aspects essentiels : elle est un miroir de la sensibilité, un refuge contre les duretés de l’existence, une invitation à méditer et une manifestation de la grandeur divine.
La nature comme un refuge :
Considérant la nature comme une mère, le poète en attend une consolation à ses souffrances. Ennuyé de la vie industrielle, de la monotonie de la vie, de la pollution et des paysages urbains, il se réfugie dans la nature et son âme s’apaise. C’est pour quoi tous les éléments de la nature lui paraissent beaux. Dans ses poèmes, la nuit n’est jamais symbole de l’impureté et le vautour n’est jamais symbole de la laideur. Autrement dit, la nature pour lui n’est jamais ni obscure, ni muette.
L’arbre, la fleur, l’eau, l’oiseau sont dotés pour Sepehri d’un pouvoir exceptionnellement vivant et parlant.Tous les éléments de la nature sont donc, pour lui, des signes. La complexité et la splendeur de la nature sont des preuves de l’existence de Dieu. Il tient la nature non seulement comme une création divine, mais aussi comme la divinité elle-même.
Nombre de pages en vers à travers la variété des thèmes abordés par Sepehri, témoignent en définitive, d’une quête de l’absolu.Comme si le mystère suprême était une préoccupation centrale au sein de laquelle tout s’ordonne. « Dieu » est un des mots qui se répète sans cesse dans la poésie de Sepehri. Toucher l’homme en laissant parler le cœur de son Dieu : telle est la façon d’écrire de Sepehri qui séduit les lecteurs. On peut dire qu’une large part de la poétique sepehrienne réside dans la recherche de Dieu :
« C’est dans l’aube où le cavalier demande : où je peux trouver la maison de mon ami ? »
Le ciel fit une pause
Le passant en montant un peuplier lui répond :
Avant d’arriver à l’arbre, il y a un jardin plus verdoyant que le sommeil de Dieu
L’amour y est bleu
Après tourne vers la fleur seule
Deux pas à la fleur
Tu restes au pied de jet d’eau éternel de terre
Et tu auras peur
Tu entendras le froissement
Tu verras un enfant montant sur un sapin pour enlever un poussin du nid de lumière
Et tu lui demanderas
Où je peux trouver la maison de mon ami ?"
(Adresse, Sohrab Sepehri)
Dans un poème intitulé « Bruissement de l’eau », le poète avoue qu’il cherche son Dieu au cœur de la nature :
"Dieu est près de nous
A travers ces mattiols, au pied de ce grand sapin
Sur le savoir de l’eau, sur la loi des plantes …"
Bruissement de l’eau, Sohrab Sepehri
Selon Sepehri ; la nature est le symbole de la beauté et du pouvoir de Dieu. Dans la plupart de ses poèmes, les éléments de la nature se confondent avec les éléments religieux. En titre d’exemple dans son poème « bruissement de l’eau » ; la rose, un élément de la nature et symbole de la beauté se confondent avec « vers Dieu »(géblé), un élément religieux. Et « la plaine », un élément de la nature se confondent avec « tapis de prière », un élément religieux :
"Je suis musulman
Mon géblé est une rose
Mon tapis de prière est la plaine…"
Bruissement de l’eau, Sohrab Sepehri
Selon lui ; Dieu ne crée aucune créature sans raison. Et par cette idée, on peut dire qu’il s’approche du culte Bouddhiste.
Bibliographie :
- Azad.Peiman.Dar hasrat e parvaz.Teheran.Hirmand.1374.
- Dastgeib.Abdolali.Bag e cher e sabz.Teheran.Amita.1385.
- Hoghughi, Mohamad. Sohrab Sepehri.Negah.1373.