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« MAURITANIE - La vie de l’étudiant en France »

Emouvant coup de griffes !

le 20 novembre 2013, par Abdoulaye Oumar Dia

Se taire serait un péché, fermer les yeux relèverait de l’indifférence ou se cloitrer dans des chambres de 9 à 20 mètres carrés à 2, 3 ou 4 personnes synonyme d’immobilisme.

L’ambition de cet article est de décrire et essayer d’analyser la situation des étudiants mauritaniens à l’étranger, notamment en France. La situation est telle que se taire serait un péché, fermer les yeux relèverait de l’indifférence, se cloitrer dans des chambres de 9 à 20 mètres carrés à 2, 3 ou 4 personnes synonyme d’immobilisme.


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Une grande traversée pour combattre une désillusion
Ph : Flickr - amelimage

Un cœur révolté...

… et un esprit bouillonnant d’idées me conduisent à sortir de mes gonds pour me glisser dans la peau de chacun d’eux. Et faire de ma bouche le parloir de leurs cœurs qui saignent des mille et un soucis cuisants que chaque jour Dieu fait. Nous allons partir de l’analyse de l’illusion de l’étudiant mauritanien à la souffrance de ce dernier, pour paraphraser Abdel Maleck Sayad dans son ouvrage devenu incontournable sur les sujets de l’immigration : « Des illusions de l’émigré à la souffrance de l’immigré », Édition Seuil 1999.

Habité par le désir d’un eldorado, par la curiosité intellectuelle et la soif d’aventure, à l’approche de la période des fameuses préinscriptions dans les universités françaises, l’étudiant déploie toutes ses forces et son énergie pour décrocher celle-ci. Un moment douloureux et stressant ! Tout cela met l’étudiant dans une situation difficile et angoissante. C’est ainsi que nous verrons nos camarades, Djigo Mamadou et son éternel ami Abou Dia et son cher ami Habib Sy, porter des clés USB autour du cou, debout devant la porte du Campus Numérique. C’est la période de « la bourse des inscriptions » où les plus cotés sont les plus sollicités par la demande du marché, échangeant beaucoup de dossiers. Deux mots se font l’écho du grand chemin qui conduit de la Faculté des lettres et des sciences juridiques et économiques au restaurant où les tickets au marché noir fleurissent : « Pré-inscription et visa ».

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Abdoulaye Oumar Dia
Ph : Aimablement prêtée par l’auteur

Illusion de l’étudiant mauritanien

Possédés par l’esprit de la France et attirés par la curiosité de découvrir l’étranger, les étudiants se tracassent jour et nuit pour ne pas rater les vols des mois d’août et d’octobre ! Comme le dit ce refrain devenu une phrase humoristique en Peul : « Worbé njaari jondé ». Ce moment ne secoue pas que le milieu estudiantin ; la cellule familiale s’emballe aussi pour que l’espoir de la famille puisse se retrouver chez Molière. Au-delà de l’épargne de la petite bourse de l’étudiant, la structure mise en place pour les dossiers d’inscription et les modalités du dépôt de visa constituent une ruine pour les familles qui ont une fin de mois difficile. C’est ainsi que beaucoup de familles s’endettent jusqu’au cou pour que le fils prodige puisse se retrouver à l’étranger.

Un cœur soulagé, une tête vide de mille et une pensées cuisantes, car ayant un passeport dans lequel est tamponné le cachet du visa ou plutôt... le cachet de la délivrance de la galère. Néanmoins, nous soulignons que ce sentiment amer est ressenti par une frange défavorisée du pays, à savoir la population négro-africaine, vivant en majorité dans les quartiers populaires de Nouakchott, à savoir Medina Air, Cinquième, Sixième, Basra, etc.

Dans ces moments euphoriques remplis de rêves et de joie que l’étudiant partage avec son entourage, le regardant comme un béni et un chanceux, l’itinérant se dirige vers un monde inconnu que les Peuls appellent « Waalo fendo ». Un matin sur sa terre natale au crépuscule d’un long voyage, il prend le vol à destination de l’étoile de son rêve. Un rêve qu’il ne cesse de nourrir d’imagination en contemplant les étoiles célestes à travers le hublot de l’avion, éloignant le néophyte de ceux qu’il aime. Déjà, il sent le vide existentiel pour la première fois de sa vie.

Souffrance de l’étudiant mauritanien

Le vent froid du « waalo fendo » l’accueille, ses yeux s’ouvrent dans un monde nouveau que tout distingue de chez lui. Un cœur qui bat, un esprit inquiet, l’itinérant avec sa valise jette des regards hagards par-ci et par-là, avant de tomber dans les mains de son guide. Une fois à destination, comme une souris enfermée dans une cage d’expérience, l’étudiant itinérant à la tête en l’air, un esprit déboussolé, cherchant à comprendre vainement les ingénieuses infrastructures routières, l’automatisme des portes informatisées et électroniques, l’organisation géométrique de l’espace des gares entre tunnel et voie ferroviaire. Au premier jour de son séjour, l’étudiant habité par ses illusions d’une Europe de paradis est frappé par un sentiment de déjà-vu.

L’étudiant est dans la déstabilisation physique liée à un phénomène physiologique qui le secoue dans son être. Ce dernier vit, en effet, dans une osmose volcanique où son esprit n’arrive plus à se repérer dans le temps et l’espace, où le jour devient la nuit et la nuit devient le jour. Entre des sommeils difficiles et des réveils pénibles, surtout en hiver, il se réveille debout avec sa couette qu’il risque de trainer avec lui jusqu’à la fac.

Ici nous sommes en face de deux étudiants que la réalité sociale distingue. Ceux qui connaissent des problèmes financiers. Ces derniers n’avaient qu’une idée en tête : entrer en Europe ; pour le reste, on se débrouillera une fois sur place. Ceux parmi eux qui restent à Paris sont hébergés le plus souvent temporairement par des parents proches ou éloignés. C’est un hébergement temporaire, car la plupart des cas la cohabitation se solde par un échec. Les maisons sont trop petites pour supporter tout le monde, et les familles immigrées ont pris l’habitude des Français : « pas de bruit à certaines heures, précaution à prendre dans les usages des objets de la maison, participation active dans la gestion du bon fonctionnement de la maison…  ». Comprenne qui pourra.

Néanmoins, certaines familles arrivent à héberger sans problème l’étudiant pour un contrat « HDI » (habitation dans la maison du parent à durée indéterminée), tandis que d’autres n’ont que des contrats « HDD » (habitation à durée déterminée). La majorité des étudiants mauritaniens qui restent en Ile de France se solidarise avec d’autres camarades ou compatriotes pour chercher un logement chez des particuliers ou dans les cités universitaires. Ce qui n’est pas évident. Un étudiant qui n’a que de quoi payer ses frais d’inscriptions est obligé de faire une pause de ses cours à la fac, pour trouver un emploi ne serait-ce qu’à mi-temps, pour avoir de quoi payer son loyer et se nourrir. Nombreux sont les étudiants qui ratent leur première année, car ils sont déstabilisés par le climat, le décalage horaire, le traumatisme financier… Et puis, ils s’entassant dans une chambre de 18 mètres carrés avec 2 ou 3 individus. Tout cela met l’étudiant dans une situation précaire pour pouvoir suivre convenablement son année universitaire. Cependant, ceux qui viennent avec un budget plus ou moins acceptable arrivent à tenir l’année, car issus de familles plus ou moins riches.

Et même s’ils arrivent difficilement à valider, ou pas, leur première année semble ardue. L’autre vague d’arrivants qui continuent dans les provinces est plus solidaire, car étant abandonnée à eux-mêmes sans aucune structure familiale établie dans la ville, la majorité de ces derniers vit dans les cités universitaires dans des chambres allant de 9 à 19 mètres carrés. Ils ne sont pas plus solidaires que ceux qui sont restés sur Paris par gentillesse ou par compassion, mais c’est juste que les conditions les forcent à s’unir pour vivre décemment et éviter que certains se retrouvent dans la rue ou soient obligés de plier bagage : soit retourner sur Paris ou rentrer chez eux.

En 2012 à Montpellier, avec mon cousin de Seydou Ndiath, nous étions tenus d’héberger temporairement 4 étudiants dans une chambre de 19 mètres carrés, l’un d’eux était venu sans adresse. Je me rappelle bien de ses propos qui nous font rire jusqu’à aujourd’hui, avec son accent soninké : « En tant qu’homme, je n’ai pas eu peur de l’aventure. Quand je suis arrivé à Paris, j’ai cherché à avoir des contacts sur Montpellier, en vain. Sachant que mon inscription arrive à terme, j’ai décidé de partir à l’improviste à Montpellier, décidé à affronter la galère, le froid et la faim, car je sais que Dieu ne va pas m’abandonner en tant que musulman, je trouverais des musulmans comme moi qui viendront à mon secours, comme c’est le cas maintenant ». Dans cette période, les étudiants mauritaniens établis à Montpellier ont fait preuve de courage et de solidarité.

Ainsi, on a reçu plus d’une vingtaine d’étudiants mauritaniens qu’il fallait partager entre les doyens (un nom que les nouveaux attribuent fraternellement à ceux qu’ils ont trouvés sur place et qui les hébergent temporairement, « HDD »). C’est ainsi qu’on a mis en place une « cellule d’urgence » pour partager les étudiants dans les différentes chambres, clandestinement. Car il est interdit par le CROUS d’être à deux dans une chambre de 12 mètres carrés ou de 3 dans une chambre de 19 mètres carrés.

Je ne me pardonnerais pas de ne pas citer les noms de ces braves « étudiants-doyens » qui ont prouvé à ces nouveaux venus que la solidarité est une valeur humaine indispensable à la survie. C’est l’exemple d’Ansoumani Sakho qui fut l’élément incontournable de « la cellule d’urgence », le doyen Moctar Ly pour sa compassion et sa disponibilité, Ben Youssouf Diagana et Amara Bathyli deux soldats infatigables toujours disponibles pour leur frère, Seydou Ndiath dit Dolché pour son humanisme, et aux stéphanois (Nouadhibou) drôles et remplis de qualités humaines Aliou Dia et Yaya Sarr. Au-delà de ces soucis logistiques, l’étudiant est hanté par une question lancinante : travailler à mi-temps ou étudier dans la précarité ?

Avec la crise qui sévit dans les pays occidentaux, le travail est devenu une denrée rare. Et le peu de boulots que les étudiants arrivent à décrocher sont des travaux pénibles. Une exploitation terrible. Avec ces conditions, l’étudiant arrive à peine à aller à la fac, à plus forte raison de se concentrer convenablement sur ses cours. Faire face à des professeurs occidentaux indifférents (à la limite racistes) ne rend pas les choses faciles. Dans l’errance et l’angoisse de tous les jours, ces derniers vivent humblement avec la tête haute, se battant bec et ongles pour s’en sortir. Car derrière eux, ils ont laissé une famille dont l’espoir nourrit la sève d’une mère qui ne cesse de prier et d’égrainer le chapelet pour le fils prodige qui se trouve au « Waalo fendo », à la recherche d’un avenir meilleur.

Si j’étais un bon nietzschéen, je décrirais des scènes et des situations difficiles que vivent les étudiants étrangers en France, particulièrement ceux de Mauritanie, Sénégal et Mali. Cependant, j’évite de passer pour un monstre de la plume pour hanter vos sommeils, par les cris de ces enfants que leur propre pays a quasiment abandonnés. C’est dans ce cadre que j’écris cet article dans l’espoir d’alerter les autorités de mon pays, c’est-à-dire faire une analyse de conscience, pour s’occuper de la question des dignes fils du pays qui agonisent dans ce pays où l’individualisme ronge la société. L’État mauritanien doit savoir que ses enfants sont partis à l’étranger à la quête de diplômes et du savoir. Ils sont le produit d’un investissement, aussi maigre soit-il, des caisses de l’État à travers les équipements scolaires secondaires et universitaires.

Ne pas continuer à les soutenir à l’étranger serait une perte énorme pour la Nation, car l’investissement ne va pas porter ses fruits. Nombreux sont les étudiants qui abandonnent, car vivant dans des conditions insupportables humainement, et les quelques rares parmi eux qui décrochent leur master hésitent de rentrer, fuyant le chômage. C’est ici que l’on voit un diplômé avec un diplôme Bac+5 finir plongeur dans un restaurant ou agent de sécurité. Tout étudiant, fils du pays, qui entre dans ce pays est venu avec une motivation énorme et l’envie de réussir au-delà de tout. Si l’État saisissait cette occasion en leur octroyant des bourses d’une moyenne de 400 euros par mois, sous réserve de quelques conditions, je suis convaincu que nous aurions de brillants diplômés qui serviraient le pays.

Ainsi, feu Moktar Ould Daddah disait ceci : « La Mauritanie de demain sera ce qu’en fera sa jeunesse d’aujourd’hui  ». Une nation n’est mieux servie qu’avec des têtes et non des bras. Un autre dira : « L’armée devrait être le bras de la Nation et jamais sa tête ». Nous, étudiants mauritaniens à l’étranger, demandons à l’État mauritanien d’orienter son regard sur ses dignes fils qui se retrouvent à l’étranger dans des conditions épouvantables, pour instaurer des bourses d’études à l’ensemble des étudiants qui se trouvent à l’étranger selon des critères justes et égalitaires, au-delà des différences de la couleur de la peau et des disciplines universitaires. Car nous sommes ici pour obtenir des diplômes et retourner bâtir notre pays dans la voie juste et légale. Autrement, ça sera un désastre que les fautifs payeront très cher dans ce monde ou dans l’autre.

Je ne suis qu’un néophyte conscient de ce que doivent être les choses pour rêver d’un monde meilleur. Autrement, je ne suis pas de ce monde et nous sommes prêts à déployer tous les moyens nécessaires pour que ce monde soit le monde dont ont rêvé les Grands comme Abraham Lincoln, Mahatma Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela,… Sinon, nous mourons tous comme des Malcolm X.

P.-S.

Abdoulaye Oumar Dia

Étudiant chercheur en anthropologie et membre de laboratoire de recherche en anthropologie à l’Université de Montpellier III 2010-2013.

 

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