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« Maroc - Fès, attention fragile ! »

Inch’Allah, oui, non, peut-être...

le 13 septembre 2010, par Arnaud Galy

Depuis 925, Fès est porteur de l’histoire de la religion musulmane et des dynasties royales. Durant des siècles, la ville fut la capitale politique et intellectuelle du Maroc, et elle est toujours considérée comme le centre spirituel.

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Ville impériale, au même titre que Rabat, Meknès et Marrakech, avec son million d’habitants, Fès est la troisième ville du pays. Comme toutes les grandes villes marocaines, elle est partagée en deux cités. La vieille médina et la nouvelle ville construite à quelques centaines de mètres dans les années 1920. Pauvreté dans la médina étroite, où habitent 360 000 personnes, côtoie richesse et élégance dans la ville nouvelle, appelée Fès el Jedid. Cette partie occidentalisée bénéficie de l’essor économique et commercial porté par le tourisme ou la manufacture du cuir. La médina, Fès el Bali, reste le vieux quartier présent dans toute les villes musulmanes, construit selon le modèle de Médine en Arabie Saoudite. Adossée au palais royal, l’entrée dans la Médina se fait par le porte Bâb Boujeloud. Derrière les remparts, la vie se déroule telle qu’elle était, il y a des siècles. Ruelles étroites - parfois moins de 50 centimètres - impasses, escaliers forment des obstacles permanents aux activités de la vie quotidienne. Ici, le seul moyen de transport utilisable est le mulet. Qui en possède un est considéré comme riche et influent. Le mulet transporte les hommes, les épices, les cuirs et toutes les marchandises présentes dans les différents souks de la médina.

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Aux yeux d’un Européen, le médina reflète toute la misère du monde. Au coins des rues, des vieillards trop faibles pour travailler, font l’aumône. Partout, des gamins de 5 à 10 ans, livrés à eux même, guident les touristes vers les ateliers d’artisanat de leur frère ou leur cousin. En échange, ils attendent quelques dirhams. Devant cette misère brutale et permanente, le touriste n’a pas toujours conscience de la réalité. « C’est comme dans un film sur le moyen-âge », sourit gentiment une jeune touriste. Visiblement, elle est fascinée à la vue de tous ces métiers venus du passé et du fourmillement bruyant et permanent dans les ruelles tortueuses. Mais comment être fasciné par ce mélange d’odeur de tannerie, de métal chauffé par les dinandiers ou de pourriture du au soleil écrasant les eaux usées qui ne s’évacuent pas ? Pourtant, si le mot fascination est trop naïf, il est vrai que l’occidental perdu dans ce décor se sent voyeur et impudique, tant il observe stupéfait le moindre geste ou le plus petit détail de la vie quotidienne des habitants.

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Là, est le paradoxe. Cette vie rude, ce mouvement perpétuel de femmes chargées de marchandises, d’enfants à moitié nus et d’ouvriers transpirants 15 heures par jour dans les ateliers, sont menacés de disparaître. Cette éventuelle disparition que tout humaniste devrait souhaiter mobilise la communauté culturelle internationale : Comment sauver la Médina de Fès ? Étrange situation qui assimile Fès à Venise ou au Mont-St-Michel. Pourtant, au delà de la misère et de l’insalubrité qui règnent derrière les remparts de la vieille ville, un trésor architectural et historique se dégrade jour après jour. Depuis 925, Fès est porteur de l’histoire de la religion musulmane et des dynasties royales. Durant des siècles, la ville fut la capitale politique et intellectuelle du Maroc, et elle est toujours considérée comme le centre spirituel. Ce privilège lui a valu la construction de nombreux édifices religieux. Difficilement accessible pour un non musulman, les Mosquées ou les Écoles coranique - les Medersas - se multiplient aux détours des ruelles, dans tous les quartiers. Des murs de céramique bleue, la couleur de Fès, ou de couleur verte, la couleur de l’Islam, abritent les hammams, les « fondouks » hôteliers et les entrepôts de marchandises pour les souks.

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Aujourd’hui ce fabuleux trésor musulman est victime des bons sentiments d’un Général français. Le Général Hubert Lyautey fut nommé en 1912, résident général. Le Maroc devint alors un protectorat français. Le Général Lyautey admirait la culture et la monarchie marocaine et il voulut la préserver d’une trop grande dépendance française. Il décida d’interdire l’entrée des Mosquées aux non musulmans. Pour empêcher le monde moderne occidental de pénétrer et d’anéantir le mode de vie et les arts marocains, il interdit aussi les constructions modernes dans les Médinas. Ce généreux sentiment conduisit à la création de villes nouvelles en face des vieilles capitales. Fès, comme les autres villes impériales, fut protégée. Néanmoins, après quelques décennies, les médinas ont perdu leur influence politique, administrative et parfois religieuse. L’économie, l’industrie et les bâtiments administratifs se développaient dans les villes nouvelles, privant de ressources les villes anciennes. Fès est l’exemple parfait d’un tel processus. Peu à peu, les vieilles Mosquées, les palais et les Medersas de la Médina se sont dégradés. Les artisans traditionnels travaillent dans des ateliers minuscules sans modernisation. Le réseau d’eau et d’égouts datant du 13e siècle est obsolète et ne peut plus évacuer les déchets toxiques rejetés par les artisans. Le souk des tanneurs, des teinturiers ou des dinandiers produit des rejets de colle, d’huile et parfois même de matières inflammables ou explosives. L’exiguïté des lieux, la surpopulation et la présence de matières dangereuses est une inquiétude permanente pour les autorités locales.

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En 1980 l’Unesco a lancé un appel international pour organiser un plan de sauvetage de la Médina de Fès. L’optimisme né de la prise en compte du problème fût vite anéanti par l’ampleur de la tâche. L’objectif de l’Unesco est pourtant simple : Rendre à la Médina son rôle économique et administratif. Vaste programme qui paraît surréaliste, à qui déambule dans le labyrinthe oppressant des milliers de ruelles étroites de Fès el Bali. Alors, l’avenir de Fès ? Inch’Allah, comme on dit ici. Ce qui signifie : A la grâce de Dieux, mais aussi oui... ou non, peut-être, sans aucun doute...la signification vient de l’intonation de la voix. Souhaitons que l’Unesco, comme le Général Lyautey, ne transforme pas une idée généreuse en catastrophe inéluctable.

Lecture audio

Maroc : Fès
par Corinne Pougnaud
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