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« Odon Vallet - Itinéraire d’un philanthrope »

Par Hélène Rouquette-Valeins du journal Sud Ouest (France)

le 5 janvier 2010

L’historien des religions a créé il y a dix ans une fondation afin d’aider, en France, au Bénin et au Vietnam, des jeunes sans moyens financiers à poursuivre des études.

« Je défends une conception de l’école publique ayant pour socle deux piliers : la méritocratie et l’émulation. » La voie qu’Odon Vallet connaît le mieux - en dehors, peut-être, de celles du Seigneur - reste la route de l’éducation. À 63 ans, le professeur d’université et historien des religions reste un nostalgique de l’ascenseur social, aujourd’hui en panne. Lui, qui est passé de l’école primaire catholique Bossuet aux lycées Montaigne, Buffon et Louis-le-Grand, pour poursuivre le cursus de l’ENA, obtenir un doctorat en droit et en sciences des religions, et consacrer sa carrière à l’enseignement universitaire, reste un militant d’une méritocratie rigoureuse.

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Odon Vallet

Ce qui explique que, depuis dix ans, il consacre la fortune dont il a hérité à permettre à des jeunes doués et méritants, mais de condition modeste, de suivre des études que leurs familles n’ont pas les moyens de leur offrir. « C’est aussi un hommage à mes parents, assure-t-il. Mon père était fils d’ouvrier, il a eu beaucoup de difficultés à faire des études. Tout comme ma mère, qui était une aristo fauchée. »

Reste que Jean Vallet a réussi à faire fortune dans les assurances. « Il était né en 1898, explique Odon Vallet. Il n’a pas été tué à la guerre, il n’a pas été emporté par la grippe espagnole. Il y avait des creux énormes dans les classes d’âge. Les possibilités de promotion étaient plus élevées qu’aujourd’hui. » Héritier d’un pactole

En 1989, Odon Vallet hérite d’une somme de 320 millions de francs (plus de 48 millions d’euros). Il pourrait acheter des voitures de luxe ou un appartement plus vaste. Mais, seul et sans enfants, il ne voit pas l’intérêt de se perdre au milieu de 500 mètres carrés, du moment qu’il a assez de place pour loger ses livres. Quant à tout ce qui tient à l’ostentation bling bling, ce n’est pas le genre de cet homme austère, pétri de culture et de valeurs humanistes. Ouvert néanmoins à l’humour et adepte de l’ironie. Il suffit de parcourir ses ouvrages consacrés aux religions pour s’en persuader. Lui qui assure : « Les religions prêchent la perfection à des hommes imparfaits. Il faut donc garder le sens des nuances. »

En 1999, il choisit la voie de la sobriété et de la philanthropie. Et crée donc, sous l’égide de la Fondation de France, la Fondation Odon Vallet et lui abandonne la quasi-totalité de son héritage. Un pactole qu’il a fait fructifier et avec lequel il a, depuis dix ans, distribué 22 000 bourses et aidé 8 000 étudiants. La fondation privilégie trois domaines. Dans le premier - les écoles et lycées d’art : école Estienne, école Boulle... -, « il y a beaucoup d’étrangers et de provinciaux, note Odon Vallet, le matériel coûte très cher, le logement à Paris aussi ». La fondation distribue donc 300 bourses de 3 900 euros par an et enregistre 93 % de réussite aux examens. Le même taux est d’ailleurs observé - deuxième domaine d’intervention de la fondation - pour le cursus des jeunes Béninois, qui sont 900 à recevoir tous les ans une aide de 560 euros et dont les meilleurs viennent en France poursuivre leurs études au lycée Louis-le-Grand.

« J’ai choisi le Bénin, explique Odon Vallet, parce que c’est un pays pacifique et démocratique. » Enfin, troisième domaine d’intervention : le Vietnam, « parce qu’ils ont le culte des études, en raison de la tradition confucéenne », poursuit celui qui est aussi spécialiste de l’Asie et de l’Extrême-Orient. Plus de 2 000 bourses, d’environ 300 euros, sont accordées aux jeunes Vietnamiens pour financer leur scolarité. Six d’entre eux sont passés par Polytechnique. Odon Vallet, sans vouloir remplacer leurs parents, veille à la carrière de ses boursiers. « Les jeunes sont très mobiles, reconnaît-il. Dans l’ensemble, ils trouvent un emploi sans trop de mal. Pour les Vietnamiens, le problème concerne le niveau des salaires, qui reste très bas. Au Bénin, c’est plutôt le chômage. Beaucoup de jeunes Béninois veulent devenir médecins, mais je les mets en garde contre la difficulté et la longueur des études. »

Les laisser faire le point

L’essentiel, pour leur mécène, est surtout de les laisser faire le point, réfléchir. « Parmi nos anciens boursiers, raconte Odon Vallet, nous avons aussi des infirmiers, des instituteurs, des gendarmes. Ces jeunes ont un point commun avec mon père. Ils travaillent beaucoup, se consacrent à fond à leurs études. » Lui se consacre à sa fondation. Il la gère avec un maximum de rigueur, en obtenant des fonds qu’il a placés un rendement de 4,5 % par an. « Je ne verse chaque année que 1,5 % des revenus de la fondation, pour garantir la pérennité de mon action. »

Très attaché à ses étudiants, il leur a consacré un livre : « Les Enfants du miracle » (1), un choix de 30 portraits de jeunes « qui ne sont pas des prodiges. Ils sont juste étonnants, admirables ». Et il précise : « Parmi les anciens lauréats, la Fondation Vallet compte plus d’instituteurs que de polytechniciens, mais l’imaginaire se nourrit mieux d’épées et de bicornes que de craies et de tableaux noirs... »

Le chemin d’Odon Vallet sur la voie philanthropique ne remonte pas à dix ans. Sans doute était-il inscrit dans le destin de celui qui se décrit comme « un pessimiste actif » et qui a besoin, pour être heureux, de travailler et d’aimer. Doté d’un prénom peu commun - Odon de Cluny était un lettré attiré par la vie monastique et dont la réputation de sainteté fit venir de nombreux moines dans son abbaye -, Odon Vallet sait très vite qu’il vivra du fruit de son travail. Et d’enchaîner les études supérieures, comme s’il voulait offrir à la mémoire de son père les diplômes que ce dernier n’avait pas pu obtenir.

Une mort prématurée

Un père trop tôt disparu, quand le jeune Odon n’avait que 7 ans. Mais cette mort prématurée, dans un accident de voiture, aurait pu changer, s’il l’avait souhaité, le destin du futur historien. C’est, en effet, à la tête de la holding d’assurances laissée par son père qu’Odon Vallet a appris « la gestion prudentielle ». Jusqu’à ce que les titres de la compagnie paternelle soient rachetés par la banque Worms et que, loin de l’idée de vivre en rentier, il cherche et trouve une façon oecuménique de placer cette fortune dans un avenir humain. Une entreprise dont il sait pourtant qu’un jour elle aura une fin. « De l’Empire romain au monde actuel, toutes les fondations sont mortes, un jour, de crise économique ou philosophique. » Une remarque écrite à la fin de son livre, mais qui n’entame en rien son action ou son moral.

(1) Albin Michel, 145 p., 14 euros.

Hélène Rouquette-Valeins

http://www.sudouest.com

 

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