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« QUéBEC - Faire des bulles à Bordeaux ! »

Philippe Girard, dessinateur de bande dessinée québécois

le 16 juin 2012, par Arnaud Galy

L’adolescence de Philippe est un scénario ! Il fréquentait une école religieuse conduite par des prêtres en soutane et rêvait de faire de la bande dessinée !

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Philippe Girard
Collection personnelle de Ph. Girard

A la fin de l’été, Philippe Girard a débarqué à Bordeaux. À son bras, « sa blonde » et leurs enfants. Cette joyeuse équipe venue du Québec n’était pas là pour faire du tourisme. Philippe était en résidence artistique. Sa spécialité : la bande dessinée. Le jumelage entre Québec et Bordeaux permet chaque année à des dessinateurs des deux villes de se dépayser quelques semaines de l’autre côté de l’Atlantique afin de s’immerger dans leur travail, loin des contraintes du quotidien. En plus des journées à dessiner et à rencontrer des lycéens curieux, Philippe a découvert les vieilles pierres du centre historique de Bordeaux, s’est vu confirmer que Français et Québécois vivaient une franche relation de convivialité et a découvert que les croustades aux pommes de la région sont succulentes ! Une bien sympathique occasion pour ZigZag de découvrir cet auteur et le contexte de la bande dessinée au Québec.

L’adolescence de Philippe pourrait donner lieu à l’écriture d’un scénario ! Imaginez plutôt : Le jeune garçon habite dans une banlieue sans charme de Québec. Tous les jours il prend le bus pour rejoindre son école dans la vieille ville. Une école religieuse conduite par des prêtres en soutane qui forment les élites du pays en les abreuvant des classiques grecques ou latins ! Philippe, lui n’a qu’un rêve : Devenir dessinateur de bande dessinée ! A la moindre occasion il fonce à la librairie Pantoute, lieu de tous les possibles, et dévore dans le bus les aventures de Bob Morane et des bandes dessinées empruntées à la bibliothèque. Chez lui… sa mère a décidé de son avenir, il sera prêtre !

Heureusement pour Philippe, les scenarii les mieux ficelés sont parfois révisés par le producteur ! Ici, le producteur est aussi l’acteur principal ; Philippe s’arcboute sur ses positions et ignore le destin tracé pour lui. La chose n’est pourtant pas aisée. Philippe se souvient : « Contrairement à la Belgique, la France ou les États-Unis, avant 1995 le bande dessinée au Québec était presque inexistante. Quelques albums tirés à 300 exemplaires achetés par une poignée de collectionneurs, un point c’est tout ! Même les lecteurs étaient inexistants ! » Autant dire que l’irrévérence, la marginalité et le manque total de reconnaissance sociale qui vont de paire avec le genre ne sont pas fait pour enthousiasmer les professeurs et la maman de Philippe… Lui s’en moque, il se nourrit d’Astérix et de la bande dessinée franco-belge qui fait référence en la matière. Seul Astérix bénéficie de la mansuétude de la société québécoise. Cette histoire de village gaulois qui résiste à l’envahisseur romain résonne agréablement à l’oreille des québécois toujours sur la défensive face à leurs voisins canadiens anglophiles… Comme Astérix, Philippe s’imagine capable de résister à ceux qui perçoivent la bande dessinée simplement comme un divertissement rigolo pour les gosses…

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Jim le malingre
Philippe Girard

Jusqu’au jour où, épaulé par deux copains, il décide de lancer Tabasco ! Un fanzine « fait à la maison » avec les moyens du bord. Un premier numéro photocopié à 100 exemplaires puis d’autres opus à 300 exemplaires, pour terminer au 20ème à 1000 ! Consécration ! Tout se vend à la fameuse librairie Pantoute à Québec et dans une autre à Montréal. Peu à peu les trois acolytes sont rejoints par d’autres talents, garçons et filles, et forment une équipe de 10 dessinateurs. Aucun numéro ne se ressemble. «  On changeait les formats et les mises en page, on a même fait un numéro tout en noir imprimé sur du papier noir…  » sourit-il. C’est grâce à Tabasco que Philippe a donné naissance à son premier personnage Jim le Malingre, un personnage coincé dans les cases… parodie, sarcasme et amusement en sont les règles d’or.

L’an 2000 s’annonce. Pendant que le monde entier redoute le fameux « bug informatique » qui n’est jamais venu, Philippe vit un des moments les plus forts de sa très jeune carrière : Il est invité au Festival d’Angoulême où il vient avec un album collectif édité par sa propre maison d’édition « Mécanique générale ». « C’est l’élément fondateur, l’estampille française… un jeune créateur de bande dessinée québécois rêve de la France, alors être invité à Angoulême… ! » Mais cette entrée dans la cour des grands ne change pas la réalité du marché québécois. Il est toujours aussi restreint ! Les meilleures ventes se limitent à 2500 exemplaires et cela ne concerne que 10 albums tous les ans. «  Heureusement qu’au Québec la culture est considérée comme un bien à préserver et qu’elle est protégée. » Et puis, Philippe a poursuivi des études aux Beaux-Arts à Québec ce qui lui permet d’enseigner tout en faisant de l’illustration pour la presse. « C’est frustrant de faire de l’illustration car c’est une création jetable, un album de bande dessinée, lui, se garde. Et surtout je voulais écrire des histoires…  »

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Planche dessinée pendant la résidence à Bordeaux
Philippe Girard

Car Philippe est bien dans la tradition de la bande dessinée francophone belge ou française et non dans celle des États-Unis. Là-bas, tout tourne autour de l’action et des super héros alors qu’en francophonie on attache plus d’importance au récit et à l’écriture. Le gigantesque marché nord américain est presque inaccessible aux québécois et les albums n’y sont qu’exceptionnellement traduits. «  On ne peut pas jouer sur les mêmes cordes sensibles pour un public francophone et un public anglophone… et quand, occasionnellement, un album est traduit et distribué on se rend compte que ce n’est pas du tout pour les raisons qui ont fait le succès au Québec ou en France… » souligne Philippe, un sourire dubitatif aux coins des lèvres.

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L’atmosphère de Ph. Girard sur une planche
Philippe Girard

L’histoire, tout est là ! Sur ce plan là, Philippe développe une théorie qui en surprendra plus d’un : « Les histoires flottent autour de nous, il faut les laisser s’écrire toute seule. Il n’y a pas de recettes, on doit juste laisser libre cours à notre imagination et accepter de ne pas tout comprendre à ce que l’on fait… c’est ça le bonheur d’un auteur ! » Afin de maîtriser le plus finement possible son histoire Philippe ne collabore pas avec un scénariste, « je ne veux pas suivre les balises d’un autre ». En revanche il joue les équilibristes entre écriture et dessin. Alternativement il a l’intuition ou la réflexion que l’un est plus important que l’autre et le privilégie sans y prêter gare… jusqu’à ce qu’il change d’avis ! « J’aime autant écrire que dessiner, alors pourquoi me priver ? » Alors, case après case, avec une lenteur assumée et excitante, il fait avancer son histoire, ou plutôt, l’histoire avance. Impossible pour lui de « pondre » des albums en cinq jours comme certains auteurs se vantent aujourd’hui de le faire . Il est heureux de dessiner une case sans penser aux suivantes. Pour pratiquer la bande dessinée, comme les arts plus classiques, il faut travailler. Apprendre et travailler ! «  Non, l’art ne doit pas être facile » lance-t-il en ayant une pensée pour les créateurs qui disent transgresser les règles alors que, vraisemblablement, ils ne connaissent pas les règles ! Philippe a fait sienne la phrase de l’écrivain Frédéric Begbeider : «  Pour détourner un avion, il faut d’abord monter à bord ». C’est pour cela que, finalement, il ne regrette pas ses années dans une école rigide qui lui a inculqué de solides bases de culture générale ; il ne regrette pas non plus ses années aux Beaux-Arts et encore moins les années de débrouille au temps de Tabasco. Maintenant Philippe peut s’octroyer le droit de transgresser et surtout celui de développer un travail personnel faisant la part belle à la poésie et au mystère.

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Philippe Girard à Bordeaux... résidence studieuse !
Collection personnelle de Ph. Girard

Sa résidence bordelaise s’est terminée fin octobre. Le moment de liberté créatrice et de dégustation de croustades aux pommes rejoint la boite à souvenirs. Mais quels souvenirs ! Pour tout dire, Philippe appréhendait quelque peu son retour au Québec. Et si la poursuite de son album était entachée d’un brin de nostalgie ou de blues, et s’il ne retrouvait pas en cet hiver québécois à venir les mêmes inspirations que durant la fin d’été bordelais ? Pour le savoir attendons la sortie de l’album. De notre côté, avouons le, nous n’avons pas d’inquiétude sur sa capacité à poursuivre le travail… case après case, loin de toute facilité, simplement guidé par l’histoire !

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L’hiver à Québec
Ph : Philippe Girard
 

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