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« Région de Toulouse, les Gaulois de retour ! »

Sous la protection de Taranis*

le 5 mai 2010, par Arnaud Galy

Quel petit Français ne s’est pas endormi un soir en parcourant les aventures d’Astérix et d’Obélix ? Quel adulte n’a pas gardé de ses lectures enfantines de fausses croyances et des malentendus historiques gravés dans sa mémoire ? Sans renier le plaisir de feuilleter la fameuse bande dessinée, tentons d’en savoir un peu plus sur la véritable histoire gauloise en visitant « l’archéosite » de St-Julien près de Toulouse.

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Lola, suivez le guide !
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Jean Claude Blanchard

« Lola, Lola ! Viens Lola ! ». Ce matin Lola s’est échappée du village. Sans doute a-t-elle trouvé un passage dans le rempart qui entoure le village. Jean Claude Blanchard, le créateur et directeur du village, n’hésite pas à courir après Lola : « Lola, Lola… ! » appelle-t-il en agitant des morceaux de pain sec. Lola adore le pain sec. C’est un gros cochon noir tout fripé, au groin tout aplati. Lola est une des rares incohérences du village, car sa race n’a rien de gauloise. Elle divague et fait des petits avec les sangliers du coin mais elle ne fait pas partie du programme pédagogique. Car au-delà des aventures de Lola, tout est sérieux ici ! En premier lieu, Jean Claude Blanchard : Avant de se découvrir une vocation de chef de village gaulois, il travaillait pour la DRAC* de Toulouse. A cette époque il parcourait la région afin de trouver des traces de villages gaulois. Il en découvrit des dizaines avant d’avoir la douce idée folle de construire le sien. Car, si l’homme est sérieux, il est aussi un peu bizarre ! C’est en tout cas ce que beaucoup ont pensé au milieu des années 90 quand il eut l’idée de construire de ses mains des huttes en torchis* couvertes de chaume, suivant l’exact savoir-faire des tribus gauloises. Ceux qui le prirent pour un « doux illuminé » se moquent moins de lui aujourd’hui quand ils voient 40 000 visiteurs franchir la porte du village chaque année ! Coincé entre une colline et les berges de la Garonne, entre Toulouse et St-Gaudens, ce village de 9 hectares, ouvert en 2002, a gagné ses lettres de noblesse. Découvrons pourquoi…

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Une teinture naturelle et vive

« Au début, il a fallu couper les arbres et surtout employer le bois au plus près des traditions gauloises. Les acacias, les noisetiers ou les châtaigniers ont tous une utilisation spécifiques dans la fabrication des toitures, du matériel agricole ou des remparts. Dans le même temps, nous avons fait pousser du seigle pour obtenir le chaume des toitures. Les premières années, nous n’étions pas plus nombreux que les doigts d’une main ! » Longiligne, des mains habituées au travail de force, Jean Claude Blanchard raconte ses souvenirs avec un savoureux accent qui sent bon le midi-toulousain. Son langage « fleuri » prouve que l’on peut être sérieux sans se prendre au sérieux. Un humour et une sincérité qui frappent le visiteur qui ne peut que s’émerveiller devant la réalisation d’une poignée de passionnés qui ont investit leur propre argent pour accomplir un rêve de gosse ! Derrière ce rêve, se tient aussi une volonté encore plus sérieuse : Réhabiliter les Gaulois ! « L’idée reçue selon laquelle les Gaulois sont querelleurs et peu évolués occupe l’imaginaire des hommes depuis les écrits de César ou de Caton. Mais si on étudie les bijoux, les épées ou les objets de la vie quotidienne, retrouvés par les archéologues, on découvre un sérieux savoir-faire qui casse le mythe du Gaulois barbare ! Quant à leur mode de culture des céréales et leur pratique de l’élevage, ils sont à l’origine de la ruralité du monde moderne » s’enthousiasme Jean Claude Blanchard.

La disposition des huttes, des greniers et du sanctuaire n’est pas le fruit du hasard. Les archéologues la connaissent parfaitement grâce à l’étude de photographies aériennes. Les bois qui servaient de matériaux de base aux bâtisseurs gaulois s’est décomposé dans le sol et la végétation n’y pousse pas comme ailleurs. Les photographies aériennes montrent donc le tracé des remparts ou des huttes. Au sol, la meilleure solution pour découvrir le village est de suivre le pas lent et chaloupé de Lola.

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L’atelier de tissage

Elle connaît tous les artisans qui travaillent dans les huttes et les salue les uns après les autres. Là, elle est dans la rue principale, elle jette un œil dans l’atelier du dinandier. Pas de chance, il est absent. Ensuite elle monte vers les ateliers de teinture et de tissage ou Claire Aguilera fait bouillir de la saponaire dans un chaudron. Quand la mixture commence à mousser, elle y plonge le fil de lin pour le nettoyer. Ensuite, elle utilisera la gamme des plantes tinctoriales pour lui donner des couleurs vives ou pastelles. Lola apprécie, en connaisseuse, un écheveau de fil rouge qui sèche sur une corde tendue. Tout proche se tient la hutte occupée par un métier à tisser vertical. Claire y tisse des étoffes et des tissus pour confectionner les braies* et les cucullus* portées par les hommes et les tuniques, les châles ou les capes des femmes. Mais Lola connaît tout cela par cœur et déjà elle file à la forge. Là, le bruit du marteau sur l’enclume avertit le visiteur que le travail bat son plein.

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Forger une épée tranchante à la gauloise

Jean Luc Biau forge une épée. Des visiteurs l’écoutent religieusement expliquer comment les Gaulois travaillaient le fer pour obtenir des épées d’une redoutable solidité. Interloqués, ils apprennent que les guerriers gaulois combattaient presque nus et qu’avant d’engager le combat ils effrayaient les ennemis en hurlant des cris terrorisants. Jean Luc explique que les fantassins couraient après les adversaires en essayant de porter des coups d’épée au talon, juste pour les immobiliser. Ils revenaient les achever ensuite, leur coupaient la tête et l’accrochaient aux cous de leurs chevaux. Mais cela Lola ne supporte plus de l’entendre, et s’en va. Péniblement elle monte sur la colline du sanctuaire, où des têtes de brebis sont accrochées à des poteaux de bois. C’est l’endroit où l’on pratique les sacrifices… mais Jean Claude Blanchard n’a pas l’âme d’un vate*. L’endroit est calme, la vue dégagée et la forêt toute proche. Puis Lola descend le sentier qui rejoint le bas du village. Elle passe devant les grandes maisons à armatures de saules et de noisetiers recouvertes de torchis. Leurs toits de chaume sont très pentus pour faciliter l’écoulement de l’eau de pluie. Lola entre dans une d’elle, et vient renifler le chaudron qui trône au milieu de la pièce. Il n’y a pas de cheminée, la fumée s’échappe par le chaume en faisant fuir les rongeurs. Les Gaulois se protégeaient de ces petites bêtes nuisibles en domestiquant des belettes, prédatrices des rongeurs. Lola n’a pas peur des rongeurs… elle va saluer ses copains moutons et brebis de races rustiques qui déambulent entre les greniers à céréales et le fumoir à poissons… Une grosse voix attire son attention, celle de Pierre Bernard qui raconte à une cinquantaine de personnes l’histoire de la monnaie gauloise.

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Des poteries cuites dans un four d’époque

Elle a déjà entendu l’histoire plus de cent fois et il lui reste encore quelques copains à saluer… le potier, le vannier, le bronzier et Christian le dinandier qui était absent tout à l’heure. Au fait, il manque quelqu’un ! Où est le patron ? Où est Jean Claude Blanchard ? C’est simple, il fait briller des bijoux en bronze en les polissant avec des coquilles d’escargots pilées ! C’est vrai, il est bizarre cet homme ! Espérons qu’il ne se prendra jamais pour un druide ou pour un barde ! Il participerait au changement du climat en contrariant Taranis, le dieu du tonnerre et du ciel ! Et Lola n’aimerait pas que le ciel lui tombe sur la tête !

  • Dieu celte du ciel, de la foudre et du tonnerre
  • Direction Régionale des Affaires Culturelles
  • Mélange de terre, de paille et d’eau
  • Pantalon bouffant serré à la taille et aux chevilles
  • Pèlerine à capuchon
  • Sacrificateur et devin
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Bijoux traditionnels

P.-S.

Pour ceux qui ont un peu oublié les cours d’histoire à l’école ! Qui sont les Gaulois ? Les Gaulois sont des Celtes. Le monde celtique s’étendait de la Bohème à l’Atlantique en passant par la Grande-Bretagne, l’Irlande, le nord de l’Espagne et le nord de l’Italie. La Gaule et le nom que les Romains donnèrent aux contrées allant de la Belgique à l’Aquitaine sans oublier la Provincia, c’est à dire les régions méditerranéenne. Les Gaulois sont les arrivants Celtes « métissés » avec les peuplades vivant là depuis le néolithique. Les Gaulois qui nous intéressent ici, appartiennent à la tribu des Volques Tectosages, c’est à dire « au peuple qui cherche un toit ». Ils viennent de Bohème-Moravie, se sont mélangés à des peuples germaniques avant de migrer vers le sud de la Gaule. Guerrier dans l’âme, les Volques Tectosages étaient des mercenaires, probablement engagés par les Carthaginois. On trouve trace des Volques Tectosages à partir du 3ème ou 4ème siècle av.J.-C, c’est à dire en plein deuxième Age du Fer. Les Romains leur attribuent la responsabilité du pillage du sanctuaire d’Apollon à Delphes, d’où viendrait un volumineux butin d’or qui porte aujourd’hui le nom de « L’or de Toulouse »… Attention légende et histoire ne font pas bon ménage ! Ce fameux butin pourrait simplement venir des mines d’or de la région et de l’argent des mercenaires.

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Les huttes semblables à celles des tribus gauloises

Lecture audio

les Gaulois de retour
par David Pougnaud
IMG/mp3/village-gaulois.mp3

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