« Ici, la terre recule d’une dizaine de mètres tous les ans ». Le vieil homme qui soupire en constatant la faiblesse des dunes face à l’océan est un ancien ingénieur en Travaux Public. Il explique le phénomène : « Un courant marin très puissant et fortement chargé en sable longe la côte. À la hauteur du phare de la Coubre, il est attiré, en partie, par l’estuaire de la Gironde ». Une partie du courant poursuit son chemin vers l’Espagne et l’autre pénètre dans l’Estuaire. Ce dédoublement s’accompagne d’un ralentissement important de sa vitesse et le sable en suspension se sédimente. La Presqu’île d’Arvert qui prolonge l’Ile d’Oléron est maintenant recouverte d’une formation artificielle qui stabilise le sable et la côte. Elle ne connait plus de changements notables. Le souci quotidien est la pointe sud de la Presqu’île d’Arvert. « À cet endroit, le ralentissement du courant est tellement fort que le sable se dépose sur quelques centaines de mètres. L’apport en sable, depuis environ un siècle, construit, jour après jour, une gigantesque baie, appelée baie de Bonne Anse. De la pointe de la presqu’île jusqu’à La Palmyre existe aujourd’hui une mer intérieure, seulement ouverte sur l’Océan par une passe qui se réduit chaque jour un peu plus ». Cette passe, très réduite, permet néanmoins à Bonne Anse de respecter les marées et chacune d’entre-elles laisse le sable envahir l’intérieur de la baie. Les experts estiment qu’environ 40% du sable transporté par la marée montante reste dans celle-ci. Peu à peu, Bonne Anse s’ensable à son tour. La naissance de cette baie et du banc de sable est donc un phénomène totalement naturel qui serait un sujet d’étude scientifique classique si il n’occasionnait pas une situation dramatique sur les plages situées au sud de La Palmyre. Le banc de sable en formation constante empêche les plages, entre La Palmyre et St-Palais, de se réapprovisionner en sable. La baie de Bonne Anse est un véritable bouclier naturel. Le flux de sable est stoppé. Or on sait qu’une plage de sable stable est un emplacement où le sable rejeté au large par les marées est remplacé par du sable venant des courants. Ce phénomène de vase communiquant n’existe pas à Bonne Anse et les plages sont grignotées et rongées après chaque tempête ou marée importante.

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L’hiver, quand le vent souffle à des vitesses de 150 km/h et que les marées viennent buter sur les dunes de sable, les destructions sont impressionnantes. Des dunes entières et des pans de forêts sont emportés au large. Le travail des hommes consiste à construire des défenses de côte, c’est à dire de déposer sur les plages des tonnes de rocher ou de béton pour empêcher l’océan d’atteindre le cordon de dunes. Mais ce travail de fourmi face au puissant océan a des limites : D’une part il arrive que les blocs de béton soient emportés par la marée et d’autre part on ne peut construire des kilomètres de défense. Des kilomètres de plages sont sans défense et l’océan est impitoyable. Les exemples démontrant la puissance infernale de l’océan sont nombreux sur les 6 kilomètres entre La Palmyre et St-Palais : Durant l’hiver, les dunes s’écroulent, les arbres sont arrachés et comme aucun apport de sable ne vient régulariser la situation la côte s’enfonce chaque année un peu plus. Le fantastique travail de démolition engagé par l’océan est visible au lieu-dit La Grande Côte.

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Sur cette immense plage rectiligne, les soldats allemands avaient, durant la deuxième guerre mondiale, construit des blockhaus. A l’époque, les constructions de béton surplombaient la mer, juchés en haut des dunes. Aujourd’hui, à marée basse, les blockhaus sont au milieu de la plage et servent de terrain de jeu aux vacanciers. A marée haute, la vision est encore plus parlante car on ne distingue plus que quelques taches de béton, noyées dans l’écume des vagues. Dans quelques années, l’oeil non averti ne les verra plus.

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Protéger les sites habités est la priorité absolue. Un des moyens mis en oeuvre est la consolidation des dunes qui protègent la forêt et les habitations. Du sommet du phare de la Coubre, la vue éclaire la situation. Au nord s’’étendent les plages de sable, droites et classiques. A l’ouest, l’océan à perte de vue et le Phare de Cordouan dressé sur son rocher à 40 mn de bateau. A l’est, l’immense forêt artificielle de pins. Au sud, une vue plongeante sur Bonne Anse. De ce point culminant, battu par les vents en toute saison, tous les paramètres en cause sont visibles. Mais pour les sujets non victimes au vertige, la vue la plus intéressante est à l’aplomb du phare. Là, la baie et l’océan se rejoignent presque, les dunes sont malmenées par le vent et les tempêtes. Comme au sud, elles reculent sous l’effet des éléments et le vent s’engouffre dans la forêt et détruit les premiers rideaux. Les techniciens de l’Office National des Forêts tentent de stabiliser les dunes, par tous les moyens. Ils plantent dans le sable des palissades de grillage. Le sable bute sur la palissade et tombe.

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En quelques mois, le sable recouvre la palissade et on en replante une au même endroit. La palissade en grillage est l’artifice le plus utilisé, mais de loin en loin, le promeneur aperçoit des branches d’arbres, des tapis en moquette ou des blocs de pierre. L’ensemble des moyens a un unique objectif : Faire barrage au sable, l’empêcher de s’enfoncer dans les terres. Pour démontrer les ravages du sable, avant que l’homme n’essaye de le contrer, il suffit de grimper sur une dune haute qui surplombe la mer et d’observer. C’est là que nous retrouvons le vieux monsieur, toujours aussi ému par la vision :« C’est l’ancien sémaphore et les maisons des occupants. » On imagine sans peine que les bâtiments d’origine se trouvaient sur un point légèrement surélevé à l’abri des violentes intempéries. Aujourd’hui, certaines maisons d’habitation sont recouvertes et les autres sont ensablées jusqu’aux fenêtres. Au sol, des batiments jadis protégés se retrouvent ensablés ; en mer si on plonge, on découvre des restes de phares qui étaient, à l’époque de la construction, sur la terre ferme. A la Pointe Espagnole, il y a vingt ans la dune avançait vers la mer, l’ensablement était permanent, aujourd’hui c’est l’océan qui fait reculer la dune. Les courants marins changent fréquemment d’orientation et les conséquences sont toujours inconnues par avance.
André Prince, historien natif de la presqu’île, auteur de nombreuses publications raconte que les plus anciennes traces archéologiques d’ensablement remontent au 12ème siècle. A cette époque, la forêt était inexistante et le village de Buze, situé au centre de la presqu’île fut entièrement recouvert par le sable. Des fouilles commencées en 1965 ont montré que le clocher de l’église était à quatre mètres de profondeur, ce qui en dit long sur la masse de sable accumulée à cet endroit. Selon André Prince : « Des documents historiques du 13ème siècle relatent l’ensablement, d’une maladrerie, d’une léproserie et d’une forge. En plus du village, Buze abritait, semble-t-il, une activité économique et sanitaire qui en faisait un point central de la presqu’île. Ce point stratégique du 12ème siècle est englouti, à jamais, sous des dizaines de mètres de sable ».
L’homme subit et s’adapte tant bien que mal à ces conditions extrêmes mais la végétation, elle aussi, est mise à rude épreuve. Les embruns marins chargés de sel sont le lot commun de toutes les végétations côtières et ne sont pas ici un dommage plus important qu’ailleurs. Plus spectaculaire sont les formes de pins maritimes, Pinus pinaster atlantica, et des chênes verts, Quercus ilex, plantés sur des rochers ou protégé par des défenses de côte. Penchés, tordus, écartelés en de multiple troncs et branches, leurs formes traduisent la violence des tempêtes qui s’abattent sur le secteur durant les mois d’hiver. Leurs homologues plantés dans du sable, en front de mer, n’ont même pas la chance de pousser dans ces conditions car ils ne résistent pas aux outrages du vent. Les racines du pin se développent en surface du sol et le sable n’est pas un ciment de première qualité, aussi lors des violents coups de vent, les arbres sont déracinés ou décapités. Au sol, deux plantes se partagent le rôle de fixation du sable. Les dunes orientées vers l’océan sont recouvertes de chiendent des sables, l’Elymus farctus, qui résiste à de forts taux de salinité et pousse dune montante.
Sur l’autre face des dunes, se développe le Gourbet, Amnophila arenaria, qui ne supporte pas la salinité mais fixe parfaitement le sable de l’arrière-dune. Ces deux plantes apportent leur contribution naturelle aux efforts déployés par l’homme et sont complétées par la Spartine anglaise, Spartina anglica, qui fixe les vases salées et supporte deux immersions quotidiennes.
Dans cette zone d’une dizaine de kilomètres, les différents spécialistes, ingénieurs, botanistes, pêcheurs, ostréiculteurs ou politiques respectent une union sacrée. Aucun désaccord majeur ne perturbe l’action commune. Chacun sait que face aux vents, courants et marées, il n’est pas question de rajouter des problèmes purement humain. L’objectif est simple, prévoir l’imprévisible et adapter les modestes actions pour que le touriste, sous son parasol, continue à ne se rendre compte de rien !

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