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« Russie - La vision d’Alexandre Dumas  »

Extraits de « Voyage en Russie » - Hermann

le 26 janvier 2011, par La rédaction de ZigZag

De juin à novembre 1858, Alexandre Dumas s’est immergé dans la Russie. Entre émerveillement, surprise, Histoire et vie quotidienne. Un voyage littéraire qui fait date...

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Alexandre Dumas photographié par Nadar

Premier coup d’œil sur Saint-Pétersbourg

La première chose qui doit frapper un étranger débarquant à Saint-Pétersbourg, ce sont les voitures à un cheval, appelées drojkys, avec leurs cochers à longue robe serrée par une ceinture brodée d’or, leur bonnet et pâté de foie gras et leur plaque de cuivre en losange pendue dans le dos. Cette plaque porte leur numéro et est toujours sous la main de celui ou de celle qu’ils conduisent, lequel ou laquelle, s’il a à se plaindre du cocher, n’a qu’à la prendre et à l’envoyer à la police. Il va sans dire que la police russe, comme la police française, donne rarement raison aux cochers. Les cochers russes, isvotschiks, sont, comme toute la population de Saint-Pétersbourg, bien rarement nés à Saint-Pétersbourg. Ce sont en général des paysans qui arrivent de Finlande, de la Grande ou de la Petite-Russie, de l’Estonie ou de la Livonie. Ils font le métier d’isvotschiks avec la permission de leurs maîtres, auxquels ils payent pour cette demi-liberté une redevance qui varie en général de 25 à 60 roubles, c’est à dire de 100 à 250 ou 260 francs. Cette redevance s’appelle l’abrock. Les drojkys sont de deux formes. L’une de ces formes est celle d’un petit tilbury : en s’y pressant, on peut tenir deux. Le drojky ne s’élève guère plus haut qu’une de nos voitures ordinaires d’enfant. L’autre forme n’a pas d’analogue en France : supposez une selle faite pour un cavalier devant porter deux personnes en croupe, assise sur la même selle que lui. On enfourche la voiture comme un cheval ; seulement, les pieds, au lieu de poser sur l’étrier, posent sur une double banquette. Le cocher, placé en tête, à l’air de l’aîné des quatre fils Aymon conduisant ses trois frères au grand tournoi de leur oncle l’empereur Charlemagne. Ce véhicule est évidemment tatar et national ; l’autre est une importation étrangère modifiée le goût et les exigences du pays. (page 118)


Pèlerinage forcé à Valaam

Nous avions demandé la barque pour six heures mais, aux premiers rayons du jour, j’avais sauté au bas de mon canapé. Or comme les draps sont complètement inconnus en Russie et que l’on couche tout habillé, la toilette est bientôt faite. Persuadé que mes compagnons me retrouveraient toujours, je descendis l’échelle de Jacob et j’allais m’asseoir sous un massif d’arbres pour suivre sous ces belles forêts aux atmosphères bleuâtres les imperceptibles gradations du crépuscule à la lumière. Tout au contraire des climats méridionaux, où la nuit vient tout à coup, où le jour est un éclair de feu qui embrase immédiatement l’horizon, les pays du Nord ont, dans la gradation et la dégradation du jour, une gamme de ton d’un pittoresque achevé et d’une indéfinissable harmonie. Ajoutez pour les îles l’inappréciable poésie qui monte à la surface des eaux et qui est ce voile charmant, cette gaze invisible qui estompe les nuances criardes et qui prêtent à la nature ce charme que l’art prête à un tableau... (page 383)

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Une campagne éclairée comme un tableau
Ph : Zigzagthèque

Astrakhan

La journée du dimanche 24 octobre ne nous offrit rien de bien remarquable, si ce n’est l’apparition de notre premier aigle. Après avoir majestueusement plané au-dessus de la steppe, il s’abattit sur la rive et, immobile, nous regarda passer. La soirée fut magnifique. Le ciel avait une teinte rouge que je ne lui avais pas vue depuis mes voyages en Afrique : c’était une véritable soirée d’Orient. Le lendemain, 25, nous vîmes les premières tentes kalmoukes à droite du fleuve. Deux aigles vinrent tournoyer au-dessus de nous et se posèrent, comme celui de la veille, sur la rive gauche et, comme celui de la veille, nous regardèrent passer. Vers onze heures, nous comptâmes une horde d’une trentaine de Kalmouks qui venaient de faire boire leurs chameaux dans le fleuve. Le ciel était littéralement obscurci par les migrations des oiseaux de passage : oies, canards, grues. Deux aigles perchés sur un arbre, au dessus d’un nid où la femelle avait dû couver au printemps, demeurèrent immobiles, quoique nous fussions à cent pas d’eux à peine. Le même jour, nous aperçûmes, à notre gauche, à quelques pas du rivage, une pagode chinoise et un château d’une architecture bizarre, qui nous parut appartenir à aucun ordre bien arrêté. Un certain nombre de tentes kalmoukes entouraient les deux édifices. Nous appelâmes notre capitaine et nous l’interrogeâmes ; c’était le château du prince des Kalmouks et une pagode consacrée au culte du Dalaï-Lama. (page 516)

P.-S.

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Voyage en Russie - Hermann

Alexandre Dumas

Voyage en Russie

Hermann – éditeurs des sciences et des arts – 2002

 

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