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« SÉNÉGAL et QUÉBEC - Homosexualité... »

... remettre ses pendules culturelles à l’heure !

le 13 septembre 2013, par Marie-Anne O’Reilly

Essayer de comprendre sans renier ses propres convictions... tel est l’exercice de style proposé par notre auteur, Marie-Anne O’Reilly.


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Où est le problème ?
Ph : Wikimedia Commons - See ming lee

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Marie-Anne O’Reilly
Ph : Aimablement prêtée par MA O’Reilly

Nous avons souvent l’habitude de prendre notre culture pour acquise. Il suffit pourtant de changer de contexte pour réaliser que ce l’on croyait évident et universel ne l’est pas nécessairement pour tout le monde. Les manifestations entourant la légalisation du mariage homosexuel en France au printemps 2013 m’ont fait rappelé, peut-être un peu durement, que les droits et libertés des couples de même sexe n’étaient pas, comme chez moi au Québec, acquis pour tous. Et ce, dans les pays du Nord tout comme ceux du Sud. Les événements en France m’ont d’abord surprise, probablement car je ne m’attendais pas à une réaction de cette ampleur dans un pays où la laïcité est chaudement défendue par l’État. La mobilisation des groupes religieux dans les revendications anti-mariage gai sur la place publique avait donc tout pour étonner une Québécoise issue d’un paysage culturel aux églises désertées, où le « Mariage pour tous » ne fait plus polémique.

Au Canada, le mariage homosexuel a été légalisé dès 2005, l’un des pionniers en la matière, le quatrième pays à passer une telle loi, après les Pays-Bas (2001), la Belgique (2003) et l’Espagne (2005). La loi prévoit également la possibilité d’adoption pour les couples de même sexe, à l’exception de quatre provinces canadiennes où elle demeure interdite : l’Île-du-Prince-Édouard, le Nouveau-Brunswick, le Nunavut et le Yukon. Ainsi, il ne faudrait pas non plus croire que le Canada est le joueur parfait dans la ligue des droits des homosexuels.

Dès 1999, une décision de la Cour suprême du Canada fait en sorte que les couples homosexuels soient inclus dans les unions de fait. Cette même année toutefois, le gouvernement canadien réaffirme la définition du mariage comme étant «  l’union pour la vie d’un homme et d’une femme à l’exclusion de toute autre forme d’union  », excluant de ce fait les couples homosexuels. Ce n’est qu’à la suite de nombreux procès où la cour a tranché en faveur des couples de même sexe, réitérant le caractère anticonstitutionnel de la loi actuelle sur le mariage, que le Canada a, à partir de 2003, changé graduellement de position pour en arriver en 2005 à la légalisation des unions entre deux personnes, quel que soit leur sexe. À l’époque, quelques groupes religieux avaient bien manifesté leur désaccord avec cette nouvelle loi qui selon eux dénaturait l’union entre deux personnes, le principe même de la famille. Si l’opinion publique n’était pas non plus unanime sur la question, un sondage relevait tout de même au moment de l’entrée en vigueur de la loi que 42 % se disaient favorables à la possibilité pour les couples gais de se marier. En 2010, un autre sondage montrait que cette proportion avait atteint 68 % (1).

Il faut dire qu’à Montréal, hôte d’un des plus grands quartiers gais du monde, accueillant chaque année le populaire et excentrique défilé de la fierté gaie, le libre choix de l’orientation sexuelle était devenu généralement accepté. Du moins pour ma génération. Ainsi, malgré quelques vagues inévitables avec un changement sociétal de cette envergure, le mariage homosexuel fait aujourd’hui globalement consensus à travers les provinces canadiennes.

Ce qui n’empêche pas pour autant quelques accrocs à certaines occasions, comme le montre un exemple récent avec le ministre des Affaires étrangères, John Baird qui avait en août pris position pour dénoncer la nouvelle loi russe anti-homosexuels en la qualifiant de « haineuse ». En réponse, l’organisation REAL Women of Canada, qui se présente comme un organisme de défense des politiques pro-famille, avait violemment rétorqué sur les réseaux sociaux en accusant le ministre de servir ses propres intérêts et que l’homosexualité n’était pas une valeur canadienne. Un incident toutefois vite balayé de la main par la presse et par le gouvernement, qui a réitéré que « la défense des droits des minorités sexuelles, des femmes et des croyances religieuses faisait partie des valeurs canadiennes (2) ».


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Manifestation parisienne en 2013
Ph : Flickr - Paula

L’ampleur du mouvement de contestation en France apparaissait donc comme une incompréhension au Québec. Au moment des événements entourant le mariage pour tous, je me trouvais toutefois au Sénégal, dans un pays où l’homosexualité est déclarée illégale et criminelle, passible de prison. Le choc des valeurs prenait ici un tout autre sens, entouré par les appréhensions que ce projet de loi s’exporte jusqu’aux autorités sénégalaises, alors que je vivais moi dans l’exaspération du refus de la nation française d’accepter ce qui m’apparaissait de mon point de vue québécois comme une juste mesure. Déplacée de mon contexte culturel habituel, il m’était plus facile de comprendre l’ambivalence de la France. Et d’affronter les positions souvent extrêmes du Sénégal sur la question. Car je me trouvais bel et bien dans un contexte où, tout en trouvant difficile la ségrégation envers les homosexuels, je voyais bien que le pays avait bien d’autres débats et priorités à mener avant de se pencher sur le mariage pour tous.

Fin juin 2013, lors de sa visite au Sénégal, Barack Obama soulevait un sujet très sensible en abordant dans son discours la question de l’homosexualité. Une offensive de pointe, pour le moins délicate, à laquelle Macky Sall, le président sénégalais, a bien répondu : «  il n’est pas encore question pour le Sénégal de dépénaliser l’homosexualité. » Il a fait un parallèle avec la situation aux États-Unis, où la peine de mort est encore pratiquée dans plusieurs états. Comme quoi, dans chaque pays, les croyances sont différentes et elles changent en temps et lieu, au moment propice. Ou pas… La comparaison, bien qu’elle ne soit pas fausse, n’est pas non plus juste, car si la peine de mort est encore légale aux États-Unis, elle ne concerne qu’une toute petite partie des criminels, alors que les homosexuels, eux, n’ont finalement commis aucune faute hormis celle d’accepter leur orientation sexuelle. (Je ne voudrais pas toutefois prendre la défense de la peine de mort… le meilleur des cas est incontestablement d’avoir l’abolition de la peine de mort ET la dépénalisation de l’homosexualité.)

Néanmoins, il faut souligner que Macky Sall a bien su faire face à la situation et répondre tel qu’il le devait à la question soulevée par Barack Obama. Si le président sénégalais avait répondu par l’affirmative à la dépénalisation de l’homosexualité, d’aucuns auraient pensé qu’il était à la solde des États-Unis (moi la première) et qu’il avait répondu pour rester dans leurs bonnes grâces. En refusant d’accorder la priorité à la question homosexuelle, le président sénégalais allait dans le sens de sa population, tout en conservant une ouverture dans son discours : « Sur la question de l’homosexualité, vous avez dit un principe essentiel : le respect de la personne humaine. Mais nous avons des traditions et des religions différentes. Les avis ne sont pas partagés. On n’est pas prêts à dépénaliser l’homosexualité. Ce qui ne veut pas dire que nous sommes homophobes. La société se régulera en fonction de l’évolution des mentalités. » (3)

La réponse du chef de l’état à son homologue américain respectait à la fois l’identité de son pays, les croyances différentes des deux peuples, mais laissait également place à une ouverture d’esprit, contrairement à une position qui paralyse le pays dans ses croyances. La twittosphère s’est enflammée à la suite de la déclaration de Macky Sall. L’euphorie des internautes ne laissait pas de doute quant à la position des Sénégalais sur la question : pas d’homosexualité au Sénégal. Mais les nuances du discours de Macky Sall n’étaient pas toutes perçues de la même façon… Si quelques-uns ont bien saisi que le Sénégal n’est pas encore prêt à décriminaliser l’homosexualité, d’autres refusent tout simplement d’en entendre parler, point à la ligne.

En 2011, sous la pression des groupes de défenseurs des droits de l’homme, le Sénégal avait pourtant signé la Déclaration de Genève pour la Dépénalisation universelle de l’homosexualité. Un geste qui avait bien entendu soulevé une vague de protestation du côté des autorités religieuses. Bien sûr, entre les signatures sur papier et la mise en œuvre dans la réalité, il y a un grand pas, qui, comme l’a démontré le président Macky Sall, n’est pas sur le point d’être franchi. Au Sénégal, le Code pénal punit tout acte sexuel entre deux individus de même sexe d’une peine emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 100.000 à 1.000.000 F CFA.


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Illustration : Jeune Afrique - lien ci-dessous.

Le cas du Sénégal est loin d’être unique, l’homosexualité étant criminalisée dans la plupart des pays en Afrique, à l’exception de l’Afrique du Sud, seul pays du continent à autoriser le mariage pour les couples de même sexe. Par ailleurs, la Francophonie semble piétiner quelque peu en matière de droits et libertés pour les homosexuels. En effet, sur les 18 pays qui ont légalisé le mariage, seuls la Belgique, le Canada, et maintenant la France, sont attachés à la Francophonie institutionnelle. Les pays scandinaves sont certes à l’avant-plan de ce côté, mais aussi plusieurs pays hispanophones, notamment en Amérique du Sud, ainsi que plusieurs états du Commonwealth.

Ainsi, j’ai dû remettre mes pendules culturelles à l’heure : l’homosexualité n’est pas une valeur universelle. J’ai dû accepter que tous les pays n’étaient pas au même point en terme de légalisation de l’homosexualité. J’ai appris à respecter les croyances de chacun. Mais je n’ai pas abandonné ma position pour autant. Je ne vais pas arrêter de militer pour les droits des homosexuels chez moi au Québec, puisque ma province et mon pays ont décidé qu’ils avaient leur place. Et je n’aurai jamais peur de dire que je suis pour le mariage entre personnes de même sexe.

P.-S.

Notes :

(1) - http://www.lapresse.ca/actualites/n...

(2) - http://www.rcinet.ca/fr/2013/08/09/...

(3) - http://oeildafrique.com/macky-sall-...


Pour en lire plus : La carte du mariage homosexuel dans le monde - http://www.lemonde.fr/international...

À Dakar, choc des cultures entre Barack Obama et Macky Sall sur l’homosexualité - http://www.lemonde.fr/afrique/artic...

La conférence de presse de Barack Obama et Macky Sall -http://www.jeuneafrique.com/Article...

Discrimination : le (triste) état des lieux de l’homosexualité en Afrique - http://www.jeuneafrique.com/Article...

 

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