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« ZIGZAG en TUNISIE - Hichem Krir, libre-penseur ! »

De Mandela à Che Guevara ?

le 12 novembre 2013, par Arnaud Galy

Dans le silence d’un jour d’Aïd, une rencontre qui met en lumière le tourbillon difficilement contrôlable où se trouvent les amoureux d’une certaine Tunisie. Chaud et froid.

Les rues de Tunis sont vides. Le fourmillement habituel s’est évaporé. On peut aisément imaginer que l’ensemble du pays est soumis au même régime sec. De Tunis à Douz. Même la révoltée Sidi Bouzid est sans doute déserte. C’est le désert dû à l’Aïd ! Fête religieuse clef pour tout musulman même si le prix du mouton à sacrifier peut faire reculer le plus pieux des chefs de famille. Cela dit, mouton ou pas, la semaine de l’Aïd est synonyme de portes closes pour les commerçants et de départ dans la famille pour la plupart des Tunisois. Quelques taxis osent braver le manque de clients, un café par-ci par-là fait de même. Seuls les policiers et les porteurs d’uniformes sont fidèles au poste, gardant les ambassades, les ministères et les sites dits sensibles. Des montagnes de rouleaux de fils de fer barbelés s’amoncellent sur les boulevards sans âmes qui vivent. Dans l’après-midi, plus un mouton bêle dans les ruelles de la médina. Le sang a coulé, la découpe a commencé, la fête peut continuer. À l’entrée de l’avenue Bourguiba, un grand hôtel et son café-terrasse font mine de ne pas s’occuper de l’Aïd et tentent de vivre une journée classique. Pourtant, les livraisons n’ont pas eu lieu et les rares serveurs ne peuvent proposer que du café, de l’eau et une part de gâteau dont la fraîcheur n’est pas la première qualité. Mais l’Africa est ouvert, vaille que vaille ! Sur l’esplanade plantée d’arbres qui sépare la voie montante et la voie descendante, des milliers d’oiseaux piaillent, voltigent comme s’ils jouaient à chat perché ! Assourdissant. Comment une ville déserte peut-elle être aussi bruyante, vivante !? Merci les piafs !


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Jour d’Aïd, le désert avance jusqu’à Tunis !
Ph : Arnaud Galy

Hichem Krir s’installe à la table ronde. Bientôt la cinquantaine, il semble mal à l’aise : Ma femme ne voulait pas que je vienne, elle craignait que notre rendez-vous soit un piège. Étonnement. Vous savez, j’ai quitté Tozeur sous la menace. On a menacé de brûler ma maison et j’ai été muté ici à Tunis où je vis caché. Personne ne sait où j’habite. Pourquoi ? Je suis un libre-penseur, agnostique, antireligieux et je le clame haut et fort. Je suis de culture arabomusulmane, mais je ne suis ni arabe ni musulman. Être musulman n’est pas héréditaire et j’ai choisi de ne pas l’être ! Électron libre ? Oui, j’aime ce mot. Je suis de formation scientifique. J’ai étudié les mathématiques, la physique et la chimie avant de me tourner vers la littérature que j’enseigne aujourd’hui. Hugo, Voltaire, Rabelais, Rousseau... Hugo surtout. Les écrivains du vingtième siècle aussi. Hichem Krir est aussi énergique que réfléchi. Parfois, il s’emballe, sous la pression de l’émotion. L’homme a la conviction à fleur de peau. Ses yeux rougissent un instant, il fait une pause, se reprend et poursuit sa démonstration qu’il veut cohérente.


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« La liberté guidant le peuple » peint par Delacroix en 1830, réinterprété par Hichem Krir sur sa page Facebook !

J’étais déjà opposant sous Ben Ali. J’écrivais, je parlais... aujourd’hui, je suis une proie facile. Je m’exprime à visage découvert et je dis clairement que ce gouvernement doit quitter le pays. Les islamistes doivent retourner en Afghanistan. Ils nous imposent une idéologie dont nous ne voulons pas. Nous devons résister à la religion et à son prophète qui n’est qu’un criminel. Le Tunisien appartient depuis des siècles au monde occidental, nous nous sentons chez nous en France ou en Italie, mais nous ne le sommes pas en Arabie Saoudite. Pour les islamistes, la Tunisie n’est pas un pays, ce n’est qu’une petite partie d’un grand espace musulman. Je donnerai ma vie pour que cette vision soit expulsée de ma Tunisie. Nostalgique d’un temps révolu ? Bourguiba a construit un beau pays, il a éduqué son peuple bien plus que ne l’ont fait l’Algérie ou le Maroc. La Tunisie a formé beaucoup d’intellectuels, elle a donné le même statut aux hommes et aux femmes. Les salaires sont égaux entre les deux sexes et la polygamie est interdite. C’est exceptionnel pour un pays africain et musulman. Je suis fier de cette Tunisie-là, même si Bourguiba a failli sur la fin de son règne. Il est resté 10 ans de trop au pouvoir... Hichem Krir a les yeux dans le vague. A-t-il envie de dire que Bourguiba a produit Ben Ali, c’est probable. Aujourd’hui, que faire ? Travailler, résister et attendre l’étincelle ! Aucun système ne marche, il faut donc compter sur l’intelligence, mais l’Islam empêche l’être humain de penser et donc d’être libre. Le Coran est sexiste, machisme, violent. Il ne peut servir de base politique. Il est sacré ! Si le texte est sacré, on ne doit rien changer, on prend tout, intégralement. Ceux qui prennent la vie par cet angle-là deviennent des fous de Dieu ! Comme Ben Ali a négligé le système éducatif, il a ouvert les portes aux islamistes qui aujourd’hui entrent facilement dans la tête des gens mal instruits. En plus, la télévision est remplie de chaines religieuses dirigées par le Hezbolla ou diffusées depuis l’Arabie Saoudite et malheureusement c’est la télévision qui éduque notre jeunesse. Aujourd’hui, que faire ? (Nouvelle tentative !) C’est la bourgeoisie aisée qui manifeste, jamais ces gens ne passeront à la l’action armée. C’est pourtant la seule solution pour éviter que la Tunisie tombe aux mains de l’obscurantisme religieux soutenu par les Occidentaux et les Américains qui jouent à un jeu dangereux. Les États-Unis favorisent l’Islamisme, car ils pensent que les scorpions se dévoreront un jour entre eux. C’est un jeu dangereux. Ici, il faut mobiliser le peuple, dire la vérité sur l’islamisme et faire en sorte que la fibre patriotique gagne. Les islamistes ne reconnaissent pas le drapeau tunisien, il ne reconnaissent que le drapeau noir, celui de l’obscurantisme. Nous devons les renvoyer en Afghanistan ou en Arabie Saoudite sinon c’est eux qui nous obligeront à quitter la Tunisie comme les Algériens ont obligé les Juifs à quitter l’Algérie en 1962. Mais quitter mon pays est impensable. Optimiste ? Au nom d’Allah, ils ont fait hiberner le peuple, mais c’est récupérable si tous les opposants s’allient, tous du même côté, si chacun oublie son égocentrisme. C’est aux femmes de mener la révolution, elles ont tout à perdre si l’obscurantisme l’emporte. Mais si les islamistes gagnent les prochaines élections... la Tunisie sera foutue. Ils ne partiront plus. Jamais. Aucun pays musulman dans le monde ne laisse de place aux minorités. Toutes les grandes sociétés ou civilisations se sont perdues quand l’Islam s’est imposé à elles. Regardez le Liban, l’Irak, la Syrie... L’Islam a toujours pris toute la place. La violence, une option sérieuse ? Je n’ai pas de doutes sur l’utilisation de la violence. Elle est légitime pour tuer les islamistes, eux ils n’hésiteront pas à l’utiliser. J’ai illustré ma page Facebook avec des photos de l’abbé Pierre, de Nelson Mandela et du Che Guevara. Pour le moment nous sommes comme Mandela, mais il nous faudra devenir des Che Guevara !

La nuit est tombée sur la terrasse de l’Africa. Nuit noire. Les oiseaux se sont tus. Un vent chaud, oppressant, s’est levé. Hichem Krir rentre chez lui, Dieu seul sait où. En un éclair, il traverse l’avenue Bourguiba, protégé par l’obscurité. Il n’a pas peur de mourir pour sa Tunisie. Celle de la tolérance et de l’intelligence, héritée des Italiens, des Français, des Maltais, des Juifs et même des Arabes ! La nuit l’a englouti. Le jour de l’Aïd touche à sa fin, demain une légère activité reprendra. Hichem, lui, poursuivra sa lutte par les mots, sur Facebook, devant ses élèves, dans la rue. Ira-t-il plus loin que les mots ?

 

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