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« Amadou Hampâté Bâ  »

Oui mon commandant (publié en 1991).

le 15 octobre 2009, par La rédaction de ZigZag

Extraits

Je quittai Mopti à l’aube avec le porteur qui m’avait été affecté. Nous avions soixante-dix kilomètres à faire à pied avant d’atteindre Bandiagara. Il nous fallut déjà presque trois heures pour franchir la longue digue de douze kilomètres qui relie Mopti à la terre ferme pendant la période des hautes eaux qui inondent toute la région.

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Mali - Mopti
Le pêcheur à l’épervier

Cette digue, véritable travail de titan, était l’oeuvre d’Alfa Maki Tall, fils du roi Aguibou Tall et chef de Bandiagara après la mort de son père, celui-là même qui avait donné son petit garçon pour remplacer mon frère le jour où nous avions été réquisitionnés d’office pour l’école française. Alfa Maki Tall, qui avait des dons innés pour les travaux de construction, avait trouvé là l’occasion d’exercer son talent. Certes, cette digue a subi depuis des réparations et des améliorations, mais elle est toujours là et sert de support à une route très fréquentée. Ente Sévaré et Waylirdé, nous fûmes rejoints par un superbe cavalier. Il chevauchait un cheval sahélien au ventre avalé comme celui d’un lévrier, la robe alezandoré, les pieds lavés et le front étoilé. Le harnachement était celui d’un prince. Quant au cavalier, il tenait à la main en travers de sa monture un long bâton sculpté en bois d’ébène. Arrivé à ma hauteur, estimant sans doute à ma tenue que j’étais un agent de l’autorité, il me salua et me demanda mon nom. Je le lui dit. Alors, fichant son bâton en terre sans descendre de selle, il fit danser et caracoler son cheval sur un rayon de cinq mètres, lui faisant accomplir presque tous les mouvements équestres classiques, tout en déclamant en langue peule un poème de sa composition en l’honneur du Prophète Mohammad. Pour clore son chant, il fit faire une grande courbette à son cheval et déclara : « Amadou, fils de Hampâté, petit-fils des Bâ et des Hamsalah du Macina, je me nomme Sandji Amadou, et je suis un troubadour de l’Envoyé de Dieu. » Très ému, je lui demandai de me faire crédit de ce que j’aurais dû lui donner pour une telle rencontre. « Je m’en acquitterai plus tard », lui dis-je. Il releva sa monture, rangea son bâton et sourit : « On ne doit pas dire à un pêcheur « donne-moi un poisson » avant qu’il ne soit allé à la pêche. » Et il ajouta : « Le talon et le serpent se meuvent tous deux à même le sol ; leur rencontre n’est donc pas impossible » - ou, comme on dit en français : « Il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas. » Il nous salua, et poursuivant son chemin il s’éloigna au petit trot.

Amadou Hampâté Bâ

Oui mon commandant !

Pages 61 et 62 ; Editions J’ai lu – mai 2003

 

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